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CHAPITRE VIII

Relation du siège de Lérida : Histoire de l'aumdnier Poussatin

« Sire, dit-il, M. le Prince assiégeait Lérida*. Li place n’élaii rien ; mais don Grégorio Brice était quelque chose. C’était un de ces Espagnols de la vieille roche, vaillant comme le Cid, fier comme tous les Gusman ensemble, et plus galant que tous les Abencerrages de Grenade. Il nous laissa faire les premières approches de sa place sans donner aucun signe de vie. Le maréchal de Gramonl *, dont la maxime était qu’un gouverneur qui fait grand tintamarre d’abord, et qui brûle ses faubourgs pour faire une belle défense, la fait d’ordinaire assez mauvaise, n’augura pas bien

* Ce fut en 1647. » On l’accuse (Condé), dans quelques livres, de fanfaronnade, pour avoir ouvert la tranchée avec des violons : on ne sa vait pas que c’était l’usage en Espagne.» (Voltaire, Siècle de Louis XIV, cil. ni.]

* Antoine, maréchal de France, retiré du service ar. 1672, et mon «n 1678.

pour nous de la politesse de Gregorio Brice. Mais M. le Prince, couvert de gloire, et fier des campagnes de Rocroi, de Norlingueet de Fribourg, pour insulter la place et le gouverneur, fit monter la première tranchée en plein jour par son régiment, à la tête duquel marchaient vingt-quatre violons, comme si c’eût été potir une noce.

« La nuit venue, nous voilà tous à goguenarder, nos violons à jouer des airs tendres, et grande chère partout. Dieu sait les brocards qu’on jetait au pauvre gouverneur et à sa fraise, que nous nous promettions de prendre l’un et l’autre dans les vingt-quatre heures. Cela se passait à la tranchée, d’où nous entendîmes un cri de mauvais augure, et qui répéta deux ou trois fois : « Alerte à la muraille! » Ce cri fut suivi d'une salve de canon et de mousqueterie, et cette salve d’une vigoureuse sortie, qui, après avoir culbuté la tranchée, nous mena battant jusqu’à notre grand’garde.

« Le lendemain, Gregorio Brice envoya par un trompette des présents de glaces et de fruits à M. le Prince, priant bien humblement Son Altesse de l’excuser s’il n’avait point de violons pour répondre à b sérénade qu’il avait eu la bonté de lui donner ; mais que, s’il avait pour agréable la musique de la nuit précédente, il tâcherait de la faire durer tant qu’il lui

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ferait l’honneur de rester devant sa place. Le bourreau nous tint parole ; et dès que nous entendions : « Alerte à la muraille I » nous n’avions qu’à compter sur une sortie qui nettoyait la tranchée, comblait nos travaux, et qui tuait ce que nous avions de meilleur en soldats et en officiers. M. le Prince en fut si piqué, qu’il s'opiniâtra, malgré le sentiment des officiers généraux, à commuer un siège qui pensa ruiner son armée, et qu’il fut encore obligé de lever assez brusquement.

« Comme nos troupes se retiraient, don Gregorio, bien loin de se donner de ces airs que prennent les gouverneurs en pareille occasion, ne fit de sortie que pour envoyer faire un compliment plein de respect à M. le Prince. Le seigneur Brice partit quelque temps après pour rendre compte à Madrid de sa conduite, et |iour en recevoir la récompense. Votre Majesté sera peut-être bien aise de savoir le traitement qu’on fit au petit Brice après la plus brillante action que les Espagnols eussent faite de toute la guerre . On le mit à l’inquisition.

« — Quoi ! dit la reine mère, à l’inquisition pour ses services 1 — Pas tout à fait pour ses services, dit-il ; mais, sans égard à ses services, on le traita comme je viens de dire pour un petit trait de galanterie que ja conterai tantôt au roi.

a La campagne de Catalogne finie de celle manière, continua le chevalier de Gramont, nous revenions médiocrement couverts de lauriers. Mais comme M. le Prince en avait fait provision en d’autres rencontres, et qu'il avait de grands desseins en tête, il eut bientôt oublié cette petite disgrâce. Nous ne faisions que goguenarder pendant le voyage. M. le Prince était le premier à nous mettre en train sur son siège. Nous fîmes quelques couplets sur ces Lmda, qui ont tant couru, afin qu’on n’en fît pas de plus mauvais. Nous n’y gagnâmes rien; nous eûmes beau nous traiter cavalièrement dans nos chansons, on en fit à Pai is où l’on nous traitait encore plus mal.

« Nous arrivâmes enfin à Perpignan un jour de fête. Une troupe de Catalans qui dansaient au milieu de la rue vint danser sous les fenêtres de M. le Prince pour lui faire honneur. M. Poussatin, couvert d’un petit casaquin noir, dansait au milieu de cette troupe comme un vrai possédé. Je reconnus d’abord la danse de notre pays aux sauts et aux bonds qu’il faisait. M. le Prince fut charmé de sa disposition et de sa légèreté.

« Je le fis venir après la danse, et lui ayant demandé ce qu’il était : « Prêtre indigne, à votre service, monseigneur, me dit-il. h m’appelle Poussatin, et suis

de Béarn. J’allais en Catalogne pour servir d’autn^ nier dans l’infanterie ; car, Dieu merci, je vais bien du pied ; mais puisque la guerre est heureusement finie, s’il plaisait à Votre Grandeur de me prendre à son service, je la suivrais partout et la servirais fidèlement. — Monsieur Poussatin, lui dis-je, Ma Grandeur n’a pas besoin autrement d’aumônier ; mais puisque vous êtes de si bonne volonté, je veux bien vous prendre à mon service. »

«M. le Prince, présenté toute cette conversation, fut ravi de me voir un aumônier. Comme le pauvre Poussatin était fort délabré, je n’eus pasletemps de le mettre en équipage à Perpignan ; mais, lui ayant fait donner le justaucorps d’un des laquais du maréchal de Gramont, qui restait avec l’équipage, je le fis monter derrière le carrosse de M. le Prince, qui mourait de rire toutes les fois qu’il voyait la mine peu orthodoxe que le petit Poussatin avait en livrée jaune.

« Dès que nous fûmes à Paris, on en fit le conte à la reine, qui d’abord en fut un peu surprise. Cela n’empêcha pas qu’elle ne voulût voir danser mon aumônier : car en Espagne il n’est pas tout à fait si rare de voir danser les ecclésiastiques que de les voir en livrée.

« Poussatin fit des merveilles devant la reine :

mais, comme sa danse était un peu vive, elle ne put supporter l’odeur que son agitation violente répandit dans son cabinet. Les dames lui demandèrent quartier. Il y avait de quoi vaincre tous les parfums et toutes les essences dont elles étaient munies. Poussatin ne laissa pas d’en rapporter beaucoup de louanges et quelques louis,

« J’obtins, au bout de quelque temps, un petit bénéfice de campagne pour mon aumônier, et j’ai su depuis que Poussatin prêchait avec la même légèreté dans son village qu’il dansait aux noces de ses paroissiennes. »

Le conte de Poussatin divertit fort le roi. La reine ne trouva plus si mauvais qu’on l’eût mis en livrée. Le traitement de Gregorio Brice la scandalisa bien davantage; et comme je voulais justifier la cour d’Espagne sur un procédé qui paraissait si dur : « Chevalier de Gramont, dit-elle, quelle hérésie dans l’État voulait introduire ce gouverneur dont vous venez de parler? De quel attentat contre la religion était-il accusé pour qu’on le mît à l’inquisition? — Madame, dit-il, l’histoire n’en est pas trop bonne à conter devant Votre Majesté. C'était une petite gentillesse d’amour, à la vérité mal placée. Le pauvre Brice n’avait aucune mauvaise intention, ^on crime

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n’aurait pas mérité le fouet dans le plus sérieux collège de France, puisque ce n’était que pour donner une preuve de tendresse à certaine petite Espagnolette qui avait les yeux sur lui dans une occasion solennelle. »

Le roi voulut un détail précis de l’aventure , et le chevalier de Gramont satisfit sa curiosité, dès que la teine et le reste de la cour ne furent plus à portée de l’entendre. Il faisait bon l’écouter quand il faisait quelque récit; mais Une faisait pas bon se trouver en son chemin par la concurrence ou le ridicule. Il est vrai qu’il n’y avait que peu de gens à la cour d’Angleterre qui eussent alors mérité son indignation. Le seul Russell était de temps en temps l'objet de ses railleries; encore le traitait-il bien doucement en comparaison de ce qu’il avait coutume de faire à l’égard d’un rival.

Ce Russell était un des fiers danseurs d’Angleterre; je veux dire pour les contredanses. Il en avait un recueil de deux ou trois cents en tablature, qu’il dansait toutes à livre ouvert, et pour prouver qu’il n’était pas vieux, il dansait quelquefois jusqu’à extinction. Sa danse ressemblait assez à ses habits : il y avait vingt ans que la mode en était passée.

Le chevalier de Gramont voyait bien qu’il était

HISTOIIIE DE L’AUMONIER POUSSATIN.

fort amoureux, et quoiqu’il vît bien aussi qu il n en était que plus ridicule, il ne laissa pas de s alarmer du dessein qu’il apprit qu’il avait de faire demander mademoiselle d’Hamilton; mais il fut bientôt délivré de cette inquiétude.

Russell, sur le point de faire un voyage, crut qu’il était dans l’ordre d’informer sa maîtresse de ses desseins avant son départ. Le chevalier de Gramont était un grand obstacle aux audiences qu’on souhaitait d’elle : mais un jour qu’on vint le chercher pour jouer chez madame de Castelmaine, Russell prit son temps, et s’adressant à mademoiselle d’Hamilton d un air moins embarrassé qu’on n’a d’ordinaire dans ces occasions, il lui fit sa déclaration de cette manière : « Je suis frère du comte de Bedford ; je commande le régiment des gardes ; j’ai trois mille jacobus de rente, et quinze mille en argent comptant. Je viens, mademoiselle, vous les offrir avec ma personne. L un des présents ne vaut pas grand’chose sans l’autre, ■’en conviens; c’est pourquoi je les mets ensemble. On m’a conseillé d’aller aux eaux pour un tout petit asthme, qui vraisemblablement ne durera pas longtemps, car il y a plus de vingt ans que je l’ai. Si vous me jugez digne du bonheur d être à vous, je ferai la proposition à monsieur votre père, à qui je n’ai pas

cru devoir m adresser avant que de savoir vos senliments. Mon neveu Guillaume* ne sait encore rien de mon dessein ; mais je crois qu’il n’en sera pas fâché, quoiqu il se voie par là frustré d’un bien assez considérable ; car il a beaucoup d’égards pour moi, outre qu il s attache volontiers auprès de vous depuis qu’il s aperçoit que je vous aime. Je suis fort aise qu’il me fasse sa cour par ses assiduités ici , car il ne faisait que dépenser son argent auprès de cette coquine de Middleton, au lieu qu’il ne lui en coûte rien à présent 'dans la meilleure compagnie d’Angleterre. »

Mademoiselle d Hamilton avait eu quelque peine à S empêcher de rire pendant cette harangue. Cependant elle lui témoigna qu’elle était fort honorée de ses intentions pour elle; encore plus obligée de ce qu il avait bien voulu la consulter avant que de les déclarer à ses parents. « Il sera, lui dit-elle, assez temps de leur en parler à votre retour des eaux; car je ne vois pas beaucoup d’apparence qu’ils disposent de moi, que vous ne soyez revenu. En tout cas, si l’on me pressait beaucoup, votre neveu Guillaume aura soin de vous en avertir. Ainsi vous n’avez qu’à partir

* Fils d’Édouard, cadet de François, comte de Bedford et frère aîné du comte d’Orford

quand il vous plaira; mais gardez-vous bien de négliger votre santé pour précipiter votre retour.

Le chevalier de Gramont apprit le détail de cette conversation, et s’en divertit le mieux qu’il put; car il y avait de certaines circonstances de la déclaration qui ne laissaient pas de l’alarmer, malgré le ridicule des autres. Enfin il ne fut pas fâché de son départ. 11 en reprit un ton plaisant, et fut conter au roi la grâce que Dieu lui faisait de lui ôter un rival si dangereux,

« Il est donc parti, chevalier? lui dit le roi... — Sûrement, sire, dit-il. J’ai eu l’honneur de le voir s’embarquer dans un cocheman avec son asthme et son équipage de campagne, la perruque à calotte proprement renouée avec un ruban feuille-morte, et le chapeau ambigu, couvert d’un étui de toile cirée, qui lui sied à merveille. Ainsi je n’aurai plus affaire qu’à Guillaume Russell, qu’il laisse résident auprès de mademoiselle d Hamillon ; et, pour lui, je ne le crains ni sur son compte, ni sur celui de son oncle. Il est trop amoureux lui-même pour appuyer les intérêts d’un autre; et, comme il n’a qu’une méthode de faire valoir les siens, savoir, de sacrifier le portrait ou quelques lettres de la Middleton, j’ai, ma foi, de quoi faire paroli de ces sortes de faveurs J’avoue qu’il m’en coûte un peu.

MÉMOIRES DE GRAMON’T.

— Puisque vos affaires vont si bien du côté de,- Russell, lui dit le roi, je veux bien vous apprendre que vous êtes délivré d’un autre rival beaucoup plus à craindre pour vous, s’il n’était déjà marié. Mon frère est nouvellement amoureux de madame de Chesterfield. — Que de bénédictions à la fois ! s’écria le chevalier de Gramont ; je lui sais si bon gré de cette inconstance, que je le servirais de bon coeur auprès de sa nouvelle maîtresse, s’il n’avait Hamilton pour rival. Votre Majesté ne saurait trouver mauvais que je serve le frère de ma maîtresse contre le vôtre. — Hamilton n’a pourtant pas si besoin de secours dans une affaire comme celle-ci que le duc d’York, lui dit le roi; mais de l’humeur dont je connais mylord Ghftsterlield, H ne souffrira pas si patiemment que le bon Shrewsbury qu’on se batte oour sa femme. Il mérite pourtant assez la même destinée. »

Voici ce que c’était qiy' ce mylord Ches.terney ‘ Il avait le visage fort agréable, tête assez belle, peu de taille et moins d’air. 11 ne manquait pas d’esprit. Un long séjour en Italie lui avait communiqué la cérémonie dans le commerce des hommes, et la

* Philippe Stanhope, deuxième comte de Chesterfield, chambellan de la reine, et colonel d’un régiment des gardes, mort le 28 janvier 1713, igé de plus de quatre-vingts ans.

défiance dans celui des femmes. Il avait été fort hai du roi, parce qu’il avait été fort aimé de la Castelmaine. Le bruit commun était qu’il avait eu ses bonnes grâces avant qu’elle fût mariee ; et, comme ni l’un ni l’autre ne s’en défendait, on le croyait assez volontiers.

Il avait recherché la fille aînée du duc d Ormond ‘ dans le temps qu’il avait l’esprit encore rempli de sa première passion. Celle du roi pour la Casteimaine, et l’établissement qu’il espérait par cette alliance, firent qu’il pressa ce mariage avec autant d’ardeur que s’il eût été passionnément amoureux. Il avait donc épousé madame de Chesterfield sans 1 aimer, et il vécut quelque temps avec elle d’une froideur à ne lui pas permettre de douter de son indifférence. Elle était fine et délicate sur le mépris; elle en fut affligée d’abord, indignée par la suite; et, dans le temps que son époux commençait à lui faire voir qu’il l’aimait, elle eut le plaisir de lui faire voir qu’elle ne l’aimait

plus.

Ils en étaient dans ces termes, lorsqu’elle s’avisa d’ôter Hamilton, comme elle venait de faire son époux, à tout ce qui lui restait de tendresse pour la Castel-

• Élisabelh Butler.

maine. La chose ne lui fut pas difficile. Le commerce de l’une était désagréable par l’impolitesse de ses manières, ses hauteurs à contre-temps, et ses imaginations et inégalités perpétuelles. La Chesterfîeld, au contraire, savait armer ses attraits de tout ce qu’il y avait de séduisant dans l’esprit d’une femme qui veut plaire. Elle était, outre cela, plus à portée de lui faire des avances qu’à nul autre. Elle logeait chez le duc d Ormond, a White-Hall. Hamilton, comme on a dit, y avait les entrées libres à toute heure.

Son extrême froideur, ou plutôt le dégoût qu’elle témoignait pour les nouveaux empressements de son mari, réveillèrent le penchant naturel qu’il avait aux soupçons. Il se douta qu’elle n’avait pu tout d un coup passer de l’inquiétude à 1 indifférence pour lui sans quelque objet caché d’un nouvel entêtement; et selon la maxime de tous les jaloux, il mit finement en campagne son expérience et son industrie pour la découverte d’une chose qui devait troubler son repos.

Hamilton, qui le connaissait, se mit de son côté sur ses gardes; et plus ses affaires s’avançaient, plus il était attentif à lui ôter jusqu’aux moindres soupçons. 11 lui faisait les confidences les plus belles et les moins sincères du monde sur sa passion pour la Cas-

telmaine, se plaignait de ses emportements, et lui demandait à deux genoux ses conseils pour réussir auprès d’une personne dont lui seul avait véritablement possédé les affections.

Chesterfield, que ces discours flattaient, lui promit sa protection de meilleure foi qu’on ne 1 avait demandée. Hamilton n’était donc plus embarrassé que de la conduite de madame de Chesterfield, de qui les gra* cieusetés se déclaraient un peu trop hautement à son gré. Mais, tandis qu’il était discrètement occupé à régler le penchant qu’elle marquait en sa faveur, et à la conjurer de tenir ses regards en bride, elle donnait audience à ceux du duc d’York, et, qui plus est, leur faisait des réponses assox favorables.^

Il crut s’en apercevoir comme tout le monde, mais il crut que tout le monde s’y trompait comme lui. Le moyen de croire ses yeux sur ce que ceux de la Chesterfield semblaient dire à ce nouveau rival 1 11 ne trouvait pas de vraisemblance à se figurer qu’un esprit comme le sien pût avoir du goût pour des manières dont ils avaient mille fois ri tète à tête : mais ce qu’il jugeait encore moins possible était qu’elle voulût commencer une autre aventure sans avoir mis la dernière main à celle où ses avances l’avaient en-

Cependant il se mit à l’observer de plus près, et toutes les découvertes qu’il fit par ses observations lui firent voir que, si elle ne le trompait, elle en avait bien envie. Il prit la liberté de lui en dire deux mots; mais elle le prit si haut et le traita tellement de visionnaire, qu’il parut confus sans être convaincu. Toute la satisfaction qu’elle lui fit, fut de lui dire fièrement qu’il méritait que des reproches si déraisonnables fussent mieux fondés.

Mylord Gheslerfield avait pris les mêmes alarmes, et ne doutant plus, par les observations qu’il avait faites de son côté, qu’il n’eût trouvé l’heureux amant qui s était emparé du cœur de sa femme, il se le tint pour dit; et sans la fatiguer d’inutiles reproches, il ne chercha plus que de quoi la confondre avant que de prendre son parti.

Gomment, après tout, rendre raison du procédé de madame de Chesterfield, si on ne l’attribue à cette maladie de la plupart des coquettes qui, charmées de 1 éclat, mettent tout en usage pour enlever la conquête d’une autre, et n’épargnent rien pour la retenir?

Mais, avant que de passer au détail de cette aventure, jetons la vue sur les fortunes galantes de Son Altesse avant la déclaration de son mariage; parlons même de ce qui précéda cette déclaration. Il est permis

de s’écarter un peu du fil de son récit, lorsque les faits véritables et peu connus répandent sur la digression une variété qui la rend excusable. Voyons ce qui en arrivera.

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