MEMOIRE
De ce qui s* est passé au voyage que f ai fait vers monsieur le duc de Savoie , de la part de messieurs de Béthune et de Modène , ambassadeurs extraordinaires de S. M, Louis XIII , roi de France , en Italie.
Salmatori est parti^ le vi** de mars i6i 8 ^ de Milan ^ avec une instruction signée de mesdits sieurs , contenant plusieurs articles^ et particulièrement pour donner avis à monsieur le duc de Savoie ^Charles-Emmanuel^ comme don Pedro de Tolède^ gouverneur de Milan y avait accepté la foi du Roi pour le désarmement j duquel il avait donné reçu^ et promettait d accomplir les ordres de son Roi, Philippe III, roi d'Espagne. Je présentai donc à Son Altesse une lettre de créance de mesdits sieurs les ambassadeurs, et lu! fis plainte de ce que les Lansquenets n étaient encore hors du pays de Chablais , et que cela était cause que don Pedro n'avait commencé de faire sortir les canons et munitions de guerre qui étaient dans Verceil \ que je le suppliais, au riomde mesdits sieurs ambassadeurs, de congédier le ^omte de Mansfeld et ses troupes, comme il avait promis , afin que la foi du Roi ne reçut rien de contraire à la pure vérité.
 quoi Son Altesse me répondit que le comte de Mansfeld était véritablement encore dans ses États
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et que aussi dans le Chablais étaient encore environ quinze cens Lansquenets , lesquels étaient néanmoins désarmés ; et que les raisons pourquoi ils n'étaient tout à fait sortis de ses États ; la première était une grosse somme d'argent qu'il leur devait j à laquelle il espérait dans un jour donner ordre , et que même messieurs de Venise baillaient quarante mille ducatons sur quatrevingt-dix qu'illeur en devait; la seconde, et celle qui le fesait aller un peu lentement, était qu'il n'était assuré de ce que ferait le duc de Mantoue (Ferdinand de Gonzague) avec don Pedro pour les Lansquenets du comte de Saulce^ lesquels ledit don Pedro voulait qu'il prit pour mettre dans le Moniferrat; que cela ne pouvait être sans lui apporter une grande jalousie; mais que puisque je lui assurais que mesdits sieurs les ambassa* deurs avaient empêché ce coup la , que son désarmement serait entièrement effectué.
Je lai donnai les assurances portées par mon instruction, et le suppliai très-humblement, conformément an traité dé Pavie , de faire les restitutions des places qu'il tient dans l'État du duché de Milan , comme aussi dans le Montferrat et principauté de Masseran , l'assurant de la part de mesdits sieurs les ambassadeurs , qu'incontinent qu'il aurait satisfait au traité et rendu les places , que mesdits sieurs les ambassadeurs assuraient Son Altesse que don Pedro rendrait, sans délai, Verceil, Saint-Germain et Oneilla,et que le jour de la restitution avait été arrêté le 14® ou i5® du présent mois de mars; que pour la satisfaction de sadite Altesse^ elle pouvait, en fesant les restitutions, requérir des actes par main de notaire , du jour qu'elle restituerait, et que aussi j'avais charge de mesdits sieurs les ambassadeurs d'y assister en leur nom en compa-
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gnie de monsieur Marîni , pour loi en donner un certificat.
A cela Son Altesse répond : comme les Espagnols Font par plosieors fois trompé , qaVlle n*a ancnne assurance qu'après aroir rendn les places qu'elle lient, de ravoir Yerceil ei les autres places; qu'elle croit don Pedro résolu de ne rendre de scm côte quel commandement qu'il ail do Roi son maître, et qu'assurément il (don Pedro) n effectuera ce qaiï promet auxdiis sieors ambassadeurs ; que connaissant très-bien fes cramperies des Espagnob y il déàrait premacrement Toir si j'arais ckai^ par écrit de mesdits sieurs les andhaandeurs , de lui dire de faire les restitutions des places ; et que de plus il désire deux choses : Tune que mesdils sieurs ambassadeurs lui écrirent une lettre et lui mandent, au nom de Sa Majesté, de restituer, et lui prometienr, an nom de sadite Majesté ^ qn^'incontinent qnH aura rmdu les places qn^'il tient sur le diidiif de SEIan et Montfenral , que ledit don Pédro« sans dâai, rendra ce qnll occupe audit duc.
Je demandai a sadite Altesse une lettre adressanie à mesdits siems les ambassadeurs^ par laquelle il leur mandenil comme en loi de Prince il avait cntimnBent désarme, ce qu il m^accordau
Et de plus je le suppliai de me dfjMiPr un mrmuire ^%né deceqiL^ildésiied"e«aL;et avifccda jjemTcmTais trouver OKHaùeur Maxiai, auquel favai» cbai^ de comwMirnrpier et ptendce se» avs^ It me ciWMiiHii de mTen letotccwer en C%ea«i^ à Vihm^ p#«r yêjetex toutes cImmcs et que raudkifisadeur de V resmutiam de b paà; et anosà f#<ar (bm wuKtt funradr» à merfte wua^ lig^ TJIirimT-whuii> les
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difficultés qui étaient pour le prince de Masseran , Aliart et le comte Rucary, d'une part^ le comte Guid®, comte de Verrue et marquis de Calus/de Taotre, de façon que le samedi (i), 11^ dudit mois y sur le soir , je pars de Turin pour Milan.
Le jour auparavant , je donnai avis à mesdits sieurs ambassadeurs de la réponse de Son Altesse ; et comme mondit sieur Marini trouvait bon que je les allasse trouver pour leur mieux représenter toutes choses de bouche que par écrit, et que je partirais le lendemain.
Et avec la lettre de ladite Altesse et son mémoire , je pars pour Milan le susdit jour 1 1^ , et étant arrivé à Novare, là je rencontrai, le dimanche 12® (2) ,' un Courier qui m'apportait lettres de mesdits sieurs les ambassadeurs , et commandaient de m'en retourner en toute diligence trouver sadite Altesse , lui rendre la lettre qu'il désirait pour sa sûreté ^ laquelle le priait de ne différer davantage à restituer, et Tassurer que don Pedro avait des ordres si exprès du Roi son maître ^ qu'il n'oserait y manquer. Je reviens donc à Turin , rends la lettre à sadite Altesse , et la presse de restituer et de ne donner sujet à toute la Chrétienté de dire qu'il tient à elle que la paix ne s'achève , et la supplie de s'assurer en la bonne volonté du Roi , et non pas à désirer une promesse de don Pedro , que ses sûretés étaient en la promesse du Roi , et que pourtant mesdits sieurs ambassadeurs attendaient l'effet de ses promesses.
(1) Lises le samedi x , comme le proayera la note suivante. ' ()) C'est le XI mars qui éuit un dimanche en 161 8, la leltie domibicale de cette année étant G : il y a donc ici une erreur; elle est d'autant plus certaine que plus bas Salmaiori place le mercredi anxiT mars, comme cela doit être, et comme cela ne serait pas si dimanche était le xii*
es lELAnOX DE SAlJf ATOII.
Sadite Altesse me répond qail aurait grandnneiil désiré que don Pedro eût promis par écril <|all restitoerail incondneot que sadite Altesse aurait restitué, tontefins qu'elle assemblerait son Conseil, et que j'aurais réponse.
Sadite Altesse aTait enToyé HT. Carrosi, son aecrétaire, Ters mesdils sieurs les ambassadeurs pour les presser k demander la susdite promesse à don Pedro, et ainsi que je sollicitais la réponse pour en donner mwîa k mesdits sieurs les ambassadeurs, on me dit que Son Altesse attend des nouTdles de son secrétaire pour saToir ce C|ull aura fiit, et qu'après on me parlera !
Le mercredi au soir , xan^ dudit mois , le courier dudit Carrosi • enrojé à Son Altesse, arriré à Turin , on ne me baille mes lettres que le jeudi au matin, dans lesquelles je troure une lettre pour sadite Altc^iw, que mesdits sieurs ambassadeurs lui écriraient, laquelle assure que don Pedro rendra Verceil et les antres places, incontinent que sadite Altesse aura restitué, laquelle ils snppUent de ne délayer et d'accomplir, suiTant les traités.
Je présente ladite lettre, le jeudi ^iS mais) aptes son diner , lui remontrant le tort qu^dle fierait an Roi si elle contrcTenait à ce qn^dle aTait promis a mesdits sieurs les ambassadeurs , comme incontinent que don Pedro aurait accepté la loi de Sa Majesté pour k désarmement, et C|ull en aurait aTis> qut'il ne fierait aucnsDie dîjfSculté de rendre les places. De plus je lui
Sa Majesté, que Son AhesBe counidérât leur prqndîce particnKcr en cas qu^ lufismt obEgés dTéerire anticmcnt; que Sa Majesté amail frand sujet At se plaindie» ym qnll lenakàsndiieAlteaeqne la
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paix ne se terminât. Sur cela elle me répond qu'elle en communiquera à son Conseil. Sur le soir, j'apprend» que sadite Altesse veut dépêcher un courier k Milan. Je me présentai à elle et la suppliai de me dire ce que je dois écrire à mesdits sieurs les ambassadeurs ? Elle me dit que bientôt elle me le dirait. Alors je lui dis que lesdits sieurs ne pouvaient plus demeurer en ces Ion-gueurs ; et que si elle lui fesait prendre mauvaise opinion de leur séjour , qu'ils se retireraient. Sur quoi elle me dit que le duc deFéria^ qui devait venir à Milan au lieu et place de don Pedro ^ ne venait point; qu'il avait supplié son Roi (Philippe III , roi d'Espagne), en cas qu'il ne voulût faire la guerre avec le duc de Savoie , de lui envoyer un autre , et de l'employer lui en autre part; et qu'à ce Prince là il lui avait quelque espèce d'obligation , et là-dessus Son Altesse assure que les Espagnols tromperont.
Le vendredi , xvi^ mars , sadite Altesse dépêche un autre courier audit Carrosi, et me dit comme elle répond particulièrement à mesdits sieurs ambassadeurs^ et qu'elle les assure de vouloir restituer les places au retour dudit courier. Il me sembla au discours que sadite Altesse me tint, qu'elle eût envie de terminer cette affaire. J'écrivis à mesdits sieurs ce que sadite Altesse m'avait dit , et leur donnai avis des plaintes que m'avait faites le comte Guid, pour son regard , et de la crainte que j'avais que le comte de Verrue, proche parent dudit comte Guid , ne portât Son Altesse à prolonger à cause de ses intérêts, vu même que ledit comte Guid mWait dit que quand Son Altesse aurait restitué Albe avant qu'il fût assuré de ses biens et de sa personne , que le Roi ne ferait une armée pour le remettre en ses biens.
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Par ladite dépêche que Son Aliesse fait , elle remoD* tre , sans me dire rien, qu'elle aurait désiré que mesdits sieurs lui envoyassent deux gentilshommes pour assister aux restitutions; qu'elle aurait bien désiré, suivant leur intention, que j'y eusse assisté; mais qu'étant né en Piémont, elle craignait que don Pedro. ne trouvât k redire au certificat; et pour cet effet, mesdits sieurs ambassadeurs envoient deux gentilshommes pour contenter sadite Altesse, et pour lui ôter moyen de prolonger cette exécution ; et sur leur arrivée , je fais entendre à sadite Altesse l'ennui et le déplaisir qu'ont mesdits sieurs de se voir si long-tems à Milan sans parachever cette paix. Il promet de leur donner contentement.
Sur même tems y je dis a Son Altesse que j'ai charge de m'en retourner k Milan trouver mesdits sieurs , et le supplie de me donner ses conunandemens. Il me dit d'attendre tout le jour, que sur le soir il me dépêchera. Sur le soir , je me trouve où il m'avait dit, et lors il me dit comme il voulait dépêcher un courier en diligence k mesdits sieurs leur donner avis comme il you— lait commencer les restitutions, et qu'il envoyait toute la nuit ce courier, afin de donner cette bonne nouvelle pour les. tirer de peine , et qu'il était résolu d'obéir aa Roi. Il me commande d'écrire un mot k ces messieurs et lui donner avis de cette résolution , ce que je fis : et me dit sadite Altesse^ que le lendemain^ qui était le xxii^ dudit mois, je partirais.
Le xxii^ je ne manque de me trouver pour avoir permission de m'en aller , et fus en compagnie de monsieur Marini chez Son Altesse , laquelle , après avoir entretenu un quart d'heure ledit sieur Marini , me commande d'entrer , et me dit^ en présence dudit sieur
RELATION DE SAIMATORI^ 'JV
Marini^ comme elle était toute prête de restituer ,ixiais que auparavant elle désirait voir mesdits sieurs , aux« quels elle avait chose très-iniportaiite à leur communiquer pour le service du Roi et le sien particulier, et que , pour faciliter cette entrevue , sadite Altesse ferait,, la moitié du chemin de Milan , et viendrait à une ville appelée Santhia , proche de Verceil , de quatre lieues de France (i) , et me dit qu'il désirait que je partisse en diligence pour aller trouver mesdits sieurs et leur; faire entendre son dessein, et me dit de les prier de s» part à prendre volontiers cette incommodité ^ et qu'elle leur serait agréable lorsqu'il aurait conféré avec eux.
Le XXII®, je pars de Turin sur les six heures du. soir 9 et arrive k Milan le xxiii® à deux heures de nuit (2) , et rends la lettre de sadite Altesse k mesdits sieurs, lesquels se disposent k partir ^our tâcher à terminer cette paix, et croyaut de trouver jiu lieu assigné sadite Altesse 9 ils s'acheminent audit Santhia , où, k cause de la grande incommodité de logement, sadite Altesse ne s'y était rendue. Ils vinrent donc coucher k Çrescentino (3)^ le xxviii® dudii mois, sur le soir^ et un peu après arriva le comte de Verrue, qui leur dit «que le lendemain Son Altesse les attendait à Verrue, proche dudit Çrescentino de demi-lieue, pour dioer, où ils furent.
Ici finit la relation de Salmatori, qui suffit pour faire voir toutes les difficultés qu'eurent à vaincre les ambassadeurs. Charles-Emmanuel ne désarma et ne ren-
(i) Santhia et Verceil sont sur la roate de Turin à Milan, par Terceil.
(a) Cest-à-dire deux heures après la nuit commencée. C'étaikalors ce que nous appelons huit heures après midi»
(5) Sur la roule de Turin à Milan , par Casai.