FIN
LES FAMILLES DUFORT, POYREL DE GRANDVAL, PONCHER, DUPUIS, SOULLET, LE TESSIER DE MONTARSY, FÉLIX, ETC. (1).
Ma famille est originaire de la principauté de Turenne, où, depuis Tan treize cent sept de l'ère chrétienne, elle possédait la terre de la Gorse (2) et suivait le parti des armes. Les trois premiers titres et contrats de mariage (3) nous donnent le nom de Durfort; les autres ne portent que celui de Dufort. J'ignore si Ton contesta à mes ancêtres la communauté d'origine avec une famille illustre, ou s'ils aimèrent mieux, quoique dans ces temps-là la bâtardise fût en honneur, n'avoir aucune affinité avec une maison qui pourrait le leur reprocher un jour.
Au commencement du siècle dernier, la famille, établie à la Gorse, près la ville de Turenne, se composait de deux garçons (4). Le cadet se rendit utile au duc de Bouillon, qui se
(1) Ainsi qu'on l'a dit au chapitre premier (t. I, p. 3, note), on a cru devoir rejeter ici des détails que l'auteur avait placés au commencement des Mémoires sur sa famille et quelques familles alliées.
(2) Arrondissement de Figeac (Lot), commune de la Tronquière. C'est du moins la localité de ce nom qui me semble la plus rapprochée de Turenne.
(3) Une suite de contrats de mariage conservés par la famille des Méloizes, issue du fils aîné de l'auteur, établit la filiation d'une façon authentique à partir de Jean Durlort, écuyer, onzième aïeul du comte Dufort de Cheverny, J'ai eu aussi sous les^eux un arbre généalogique fort complet où figurent la plupart des familles alliées aux Dufort. L'article de La Chenaye a été rédigé sur les titres originaux.
(4) L'aîné, Jean Dufort, écuyer, seigneur de la Gorse, marié en 1642 à Françoise de Mergue, était'le bisaïeul de l'auteur; le cadet, Pierre, chevalier, conseiller du Roi, épousa Catherine Poyrel de Grandval; il fut maître des comptes en 1680 et mourut en 1692,
chargea de sa fortune et l'emmena à Paris. Dans le temps des derniers troubles, j'ai été obligé de brûler un volume de lettres du duc de Bouillon, régnant alors, et du maréchal de Turenne (1), qui toutes constataient une confiance sans réserve et la plus grande considération et reconnaissance pour les services qu'il leur rendait journellement comme confident intime. Après une suite de services de guerre, il se décida à acheter une charge de maître des comptes. Il fut alors obligé de rapporter les preuves de son origine, pour éviter les difficultés d'opposition dans une compagnie qui, dans ces temps, voulait faire faire des preuves. Il servit de son mieux ses protecteurs en qualité de rapporteur à la Chambre des comptes de Paris, dans l'échange que cette maison fut obligée de faire (2). Il paraît que leur reconnaissance fut réelle. Un buste antique de Solon, en marbre, placé dans le second repos de l'escalier de Cheverny, est la seule preuve qui en reste. Je recommande à mes enfants de le conserver, ainsi qu'un tableau de Largillière, représentant le maréchal de Turenne (3).
Dès que Pierre Dufort fut établi à Paris, il ne tarda pas à former un mariage; il épousa mademoiselle de Grandval, sœur du fermier général. Je vais faire pour moi une petite digression sur cette famille, l'origine de notre fortune, et à laquelle nous devons notre existence à Paris et à Versailles.
Poyrel de Grandval (4), huissier du cabinet de la reine Marie de Médicis, eut part à sa confiance et fut employé à différentes négociations secrètes. Il épousa une Poncher, seule descendante de la famille Poncher, illustre par un évêque de Paris (5),
(1) Henri de la Tour-dAuvergne vicomte de Turenne, maréchal de France (1611-1675». était le second fils de Henri, duc de Bouillon, et d Elisabeth d'Orange. Ce fut son fils aîné, Frédéric-Maurice, qui céda au Roi la principauté de Sedan en 1651. La cession du vicomte de Turenne eut lieu en 1738.
(2) Il doit y avoir une erreur. La cession de la principauté de Sedan avait eu lieu près de trente ans avant que Pierre Dufort fût maître des comptes.
(3) (( Le tableau est resté à Cheverny; le buste m'a suivi à Blois. » (.\o/e de Vauieur datée de 1800.)
(4) Nicolas de Poyrel, écuyer, sieur de Grandval, huissier du cabinet de la Reine en 1634: gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi en 1645; commissaire d'artillerie en 1647; grand maître des eaux et forêts d'Alsace en 1649; secrétaire interprète en 1650; mort en 1654. Il avait épousé, en 1633. Denise de Poncher.
^(5) Il y eut deux évêques de Paris de ce nom. Etienne Poncher (1446- 1524), conseiller clerc au Parlement, évêque en 1503, garde des sceaux en 1512; ambassadeur en Espagne en 1517, et l'année suivante en Angleterre. Il mourut archevêque de Sens. François Poncher, son neveu,
plusieurs maréchaux de France et hommes de guerre dont il est fait mention dans l'histoire (1), et un otage du roi Jean; la seule tige qui en est restée a été fondue dans notre famille et dans une autre dont je ferai mention après ce détail. Il fut revêtu de la place de grand maître des eaux et forêts, et de son mariage il sortit un fils, qui fut fermier général (2).
Cet homme vertueux et de premier mérite, extraordinairement religieux, fonda des bancs dans l'église des Quinze-Vingts pour lui, sa famille et ses descendants. Ces donations et la jouissance en ont été conservées jusqu'en 1750. Il fonda aussi la prière de sept heures dans la paroisse de Saint-Roch, où notre sépulture, derrière l'autel, a servi jusqu'à la dissolution des cultes et la dévastation de l'asile des morts.
Pierre Dufort, beau-frère de ce M. de Grandval, engagea son frère, vivant à la Gorse, à lui envoyer son fils unique (3), le fît pourvoir d'une charge de maître des comptes, et le maria dans l'année avec mademoiselle de Grandval, fille aînée du fermier général, et sa nièce.
C'est de ce mariage qu'est sorti mon père, Joseph-Pierre Dufort (4). Je suis arrivé dans le monde quatre ans après la mort du dernier Grandval. J'ai vu encore les traces de leur opulence et de leur modestie; j'ai vu l'appartement d'honneur de madame de Grandval, fille Poncher, femme qui paraissait fort attachée à sa naissance, et l'estrade antique sur laquelle était son lit de parade.
La seconde fille de M. de Grandval (5) épousa M. Dupuis, fils du trésorier, dont est sorti M. Dupuis, président au grand conseil (6), qui se maria à mademoiselle du Tronchot et eut deux fils et deux filles, avec qui j'ai été élevé.
curé d'Issy, devint évèque de Paris en 1519. Accusé de haute trahison, il mourut en 1532, au donjon de Vincennes.
(Ij D'après La Chenaye, Jean-Omer de Poncher fut maréchal de France en 1218.
(2j Charles de Poyrel, écuyer, sieur de Grandval, huissier du cabinet de la Reine en 1654, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi en 1659, grand maître des eaux et forêts d'Alsace en 1661. Il avait épousé en 1664. Marguerite Lecourt, et mourut en 1716. On trouve aux Pièces originales (verbo Du Fort) un acte relatif au remboursement fait à sa famille des fonds versés par lui dans la caisse des fermes.
(3) Jean Dufort, maître des comptes en 1692, marié en 1694 à Elisabeth Poyrel de Grandval, mort en 1743. Voir t. I, p. 3.
(4) Voir t. I, p. 4.
(ô) Marie-Anne-Thérèse Poyrel de Grandval, mariée à Jean Dupuis, trésorier de la maison du Roi, mort en 1724. Elle mourut en 1734. (Mercure de février 1734, et Pièces originales, acte cité.)
(6) Pierre Dupuis de Valière (1689-1758), marié à Marie-Anne-Charlotte Ruau du Tronchot.
L'aîné (1), conseiller au Parlement, est mort sans enfants.
Le second (2), Dupuis de Marcé, d'abord officier aux gardes, ensuite conseiller de grand'chambre, a péri à la Révolution sur réchafaud, au grand regret de tous les honnêtes gens. Il jouissait d'une réputation sans tache, malgré le rôle qu'il a été obligé de jouer comme rapporteur dans l'affaire du cardinal de Rohan.
La fille aînée épousa (3)...
La fille cadette épousa (4) M. le comte de Beaujeu, dont sortirent M. le comte de Bouthillier, qui a été obligé de s'expatrier à la Révolution, et deux sœurs, dont l'une (5) épousa M. le comte de Blangy; fautre, M. le marquis de Cordouan (6).
Il paraît (7) que les Soullet avaient été jadis des marchands de drap en gros, établis à Paris dans le quinzième siècle. Une fortune économisée détermina le père de tous à acheter une charge de secrétaire du Roi (8). Il eut deux fils. L'un fut conseiller au Parlement; le second, nommé Soullet de Saint- Germain, officier de mérite, est mort âgé, avec tous les honneurs de la guerre, à Bar-sur-Aube, lieutenant-colonel au régiment de Condé. Une sœur de mon aïeul (9) avait épousé un M. Le Boullanger, conseiller au Parlement. M. Soullet, le conseiller au Parlement (10), épousa mademoiselle de Montarsy, fille d'un des chefs de la Compagnie des Indes et du Sud (11). Ce M. de Montarsy avait trois filles qui toutes annonçaient
(1) Conseiller à la 5* chambre des enquêtes de 1745.
(2) Charles-Jean-Pierre Dupuis de Marcé, conseiller en 1748, guillotiné le 20 avril 1794.
(3j Anne-Marie-Jeanne Dupuis, mariée à Louis-Alexandre de Savary, chevaher, conseiller du Roi en ses conseils, grand maître des eaux et forêts de Normandie.
(4) Elisabeth-Marie, mariée en 1742 à Louis-Léon BouthilHer, comte de Beaujeu. Leur fils, Charles-Léon, né en 1743, épousa une demoiselle Maréchal de Saincy.
(5) Anne-Marie-Perette de'Bouthillier épousa en 1765 Pierre-Constantin Le Vicomte, comte de Blangy, colonel du régiment de la Couronne.
(6) Bernard de Montebise^'CJean-Philippe), marquis de Cordouan, marié à Adrienne-Charlotte de BouthiUier.
(7j Celte digression était placée, dans le manuscrit, à la suite du mariage de Joseph-Pierre Dufort (t. I, p. A).
(8j Nicolas Soullet. secrétaire du Roi en 1680. Il avait épousé Agnès Gaillard, et mourut en 1720, âgé de quatre-vingts ans.
(9j Marie-Agnès Soullet, mariée en 1695 à Jean Le Boullanger. L'arbre généalogique de la famille Dufort le qualifie maître des comptes.
(10 Nicolas Soullet. Voir t. I, p. 4, note 3.
(IL Pierre Le Tessier de \fontarsy, marié à Anne Minot de Mérille. Il fut orfèvre du Roi de 1676 à 1714; son père, Laurent, avait été joaillier ordinaire et garde des pierreries de la Couronne. Tous les deux
être des partis de quinze cent mille livres, chose monstrueuse dans ces temps-là; l'aînée épousa M. Soullet. Mais il paraît que les événements de la Compagnie du Sud ruinèrent toutes les espérances de la famille Montarsy, et madame Soullet n'a jamais eu qu'environ les cent mille écus de sa dot.
La seconde épousa M. Félix (1), contrôleur de la maison du Roi, frère de Félix, évêque d'Autun (2); ils étaient tous petitsfils de Félix (3), le premier chirurgien de Louis XIV, qui lui fit l'opération de la fistule.
La troisième épousa M. Quentin de Champlost, que j'ai connu, homme d'une figure superbe, premier valet de garderobe (4),
LETTRES DE CONFIRMATION ET D ERECTION, EN TANT QUE DE BESOIW, DU COMTÉ DE CHEVERNY (5).
(Août 1764.)
(Archives nationales, O^ 108.)
Louis, etc.
Les vertus civiles ne méritent pas moins notre attention et lotre bienveillance que les vertus militaires, surtout lors-
icquirent une grande réputation par le caractère artistique de leurs ouvrages. (J.\l, et Maze-Sencier : le Livre des collectionneurs, p. 63.)
(1) Charles-Louis Félix, marié en 1699 à Anne Le Tessier de Montarsy.
(2) Henri-Félix de Tassy, aumônier, conseiller du Roi, trésorier, de a Saint-Chapelle, puis évêque de Digne de 1675 à 1677, de Châlons-sur- Baône de 1677 à 1711. (Jal, et Gams : Séries episcoporum.) C'est par îrreur qu'il est désigné ici comme évêque d'Autun.
(3j Charles-François Tassy, dit Félix, anobli en 1690.
(4) Voir t. I, p. 5.
(5) Ihid., p. 318. Ces lettres patentes du mois d'août 1764 ont été mregistrées à la Chambre des comptes de Paris le 18 mars 1756, nsinuées à Bracieux le 30 juillet de la même année, enregistrées à a Chambre des comptes de Blois le 31 du même mois, au Parlement e 27 août de la même année, et au greffe du bureau des finances de la généralité d'Orléans le 17 mars 1767. Une copie sur parchemin est ointe au manuscrit des Mémoires; l'original se trouve aux Archives lationales (secrétariat de la maison du Roi, année 1764, p. 415, 0^ 108).
qu'elles sont soutenues d'une bonne extraction, d'alliances honorables et d'un attachement éprouvé à notre Personne. Toutes ces qualités réunies distinguent plusieurs familles de la magistrature de notre royaume, qui nous rendent habituellement, et au public, les services les plus essentiels par leur application à l'étude des lois, soit de celles qui règlent la fortune de nos sujets, soit de celles relatives à l'administration de nos finances et à la comptabilité. De ces familles sortent les auteurs paternels et maternels de notre amé et féal le sieur Jean-Nicolas Dufort, introducteur des ambassadeurs, lieutenant général pour nous dans notre province de Blaisois, Dunois, Vendômois et bailliage d'Amboise; Lequel nous a fait exposer qu'il vient d'acquérir de la maison d'Harcourt la terre de Chiverny dans le Blaisois, que cette terre fut érigée en 1577 en vicomte et sept ans après en comté, en faveur des sieurs Henry et Philippe Hurault, qu'elle a passé ensuite en d'autres mains, mais que, loin d'être diminuée depuis ces premières créations, elle est augmentée en mouvances et produit; C'est pourquoi il nous suppliait de vouloir bien faire revivre en sa faveur et de sa postérité masculine le titre de comté dont elle a été autrefois décorée, et de lui accorder à cet effet nos lettres nécessaires.
A ces causes, désirant traiter favorablement le dit exposant et voulant reconnaître les services qu'il nous a rendus auprès de notre Personne depuis plus de treize ans, en qualité d'introducteur des ambassadeurs, et ceux de ses ancêtres qui ont servi avec distinction et fidélité en nos cours de Parlement el Chambre des comptes de Paris, voulant d'ailleurs nous l'attachei plus particulièrement lui et sa postérité par des distinctions marquées, nous avons de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, confirmé et confirmons par ces présentes signées de notre main l'érection faite par le feu roi Henrj troisième, de glorieuse mémoire, de la dite terre et seigneuri( de Chiverny en comté, et icelle terre, en tant que besoin serait nous érigeons et élevons audit titre, nom, dignité et préémi nence de comté en faveur dudit sieur Dufort, pour en joui: par lui et ses enfants mâles, nés et à naître en légitime ma riage, seigneurs et propriétaires de la dite terre sous le non de comtes de Chiverny; Voulons et nous plaît qu'ils puissen se dire et se qualifier tels en tous actes, tant en jugements qu. dehors, et qu'ils jouissent des honneurs, droits, autorités, pré rogatives, rang, prééminence en fait de guerre, assemblée d'Etat et de noblesse tout ainsi et de même que les autre comtes de notre royaume, encore qu'ils ne soient cy particu
lièrement spécifiés; Voulons pareillement que tous vassaux, arrière-vassaux et autres tenants noblement et en roture dudit comté, les reconnaissent pour comte, leur fassent à l'avenir foi et hommage et rendent leurs aveux et dénombrements et déclarations, le cas y échéant, sous le nom de comte de Chiverny, et que les officiers exerçant la justice du dit comté intitulent leurs sentences et jugements sous le dit nom, sans néanmoins aucune mutation ni changement de ressort et de mouvance, et sans que pour raison de la dite érection le dit sieur Dufort soit tenu envers nous, ou ses vassaux et tenanciers envers lui, à autres et plus grands droits que ceux qu'ils doivent à présent, sans cependant qu'à défaut d'hoirs mâles nés en légitime mariage, nous puissions ou les Rois nos successeurs, prétendre le dit comté de Chiverny, ses circonstances et dépendances, être réuni et incorporé à notre couronne, nonobstant tous édits et ordonnances sur ce intervenus, et notamment l'édit du mois de juillet 1566, ainsi qu'aux déclarations des mois de décembre 1581 et mars 1582 et autres déclarations et règlements. Nous avons dérogé et dérogeons par ces présentes pour ce regard seulement et sans tirer à conséquence, à la charge toutefois qu'à défaut d'hoirs mâles le dit comté de Chiverny retournera aux mêmes et semblables état, titres, qu'il était avant ces présentes^ lesquelles ne pourront rien innover et çiucunement nuire ni préjudicier aux droits et devoirs qui peuvent être dus à d'autres qu'à nous, si aucun y a.
Si donnons en mandement... etc.
INDEX
Adélaïde de France (Madame Marie),
Adine de Villesavin, I, 343*; II,
Affry (comte d'), I, 64*.
AiGuiLLOxX (duc d'), I, 259; II, 25,
AiLLY (Millon d'), I, 455*.
Aimable (l'), chouan, II, 309*.
Albemarle (lord). I, 92*.
Albertas (d'), I, 19*, 57*. 114, 218.
Alègre (d'), I. H, 257*. Alembert (d'), I, 339, 408.
Alencé (d'), ï, 57.
Aligre (d'), I, 212*; I, 483.
AlINCOURT (d'). V. ViLLEROI.
Alville (d'). V. Halwbil.
Amaury, II, 17*.
Amédée (mademoiselle), I, 37.
Amelot (comtesse Justine), I, 425;
Amelot, évêque, II, 4*.
Amelot de Ghaillou (J. J.), I, 22*,
Amelot de Ghaillou (marquis et
marquise A. J.), I, 22*, 229, 349,