‹ Mémoires du comte Gaspard de ChavagnacChapitre 6 sur 88 · A MES NEVEUX XIII · texte numérisé non relu

A MES NEVEUX XIII

moins M. le duc de Rohan (1) comme chef de tous les huguenots du Royaume.

M. le cardinal de Richelieu, qui dépeint mon père dans ses mémoires comme un ambitieux d'une grande valeur et d'un esprit capable de grandes entreprises, lui envoya l'évêquc de Mende pour lui oiïrir le bâton de maréchal de France s'il voulait livrer au Roy les Cévennes ; mais il n'en voulut rien faire par scrupule de conscience. Il eut lieu dans la suite de s'en repentir, car, ayant changé de religion sur ses vieux jours, il aurait mis cette marque d'honneur dans notre famille, qui ne saurait assez remercier le Seigneur de la grâce qu'il lui lit, en nous mettant en état de faire notre salut. Plusieurs de nos aïeux sont morts dans l'hérésie ; ai vous ne regardiez les choses qu'au point de vue du monde, vous verriez qu'ayant abandonné Dieu, Dieu les abandonna. Ce maudit enlèvement de la religieuse de Montgon en est une preuve, puisque c'est la source de tous nos malheurs. Je vous en ai déjà fait connaître les suites, qui furent d'autant plus fâcheuses que tout le bien de mon père fut confisqué et quatre de ses maisons rasées, Laborie, Chavagnac (2), le Bousquet et Ondredieu-en-Quercy.

(f) Henri de Rohan, déclar<^, en 1620, protecteur des Eglises réformées^ lit, avec son frère Henjarain de Soubise, général de Varmée de mer, aux armées de Louis XIII une guerre acharnée, qui se termina, en 1625, par TÉdit de grâce d'Alais. Rohan racheta ses fautes contre la Pairie en chassant, en 1635, les Impériaux de la Valleline ot il mourut, en 1638, des blessures reçues devant Rheinfelden.

(2) Arrondissement de Saint-Flour, canton de Massiac (Cantal;.

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Pour comble d'infortune, mon frère étant engagé dans le service du prince de Condé, qui l'avait fait gouverneur en Périgord, fut trahi par le régiment du comte de Marsin et fait prisonnier. Sa femme, Charlotte d'Ëstning, fut tuée entre ses bras, et tout ce qu'il avait tant de vaisselle d'argent que de meubles ou de chevaux fut perdu, au moins pour la valeur de vingt-cinq mille écus.

Voilà, mes chers Neveux, ce qui arrive quand on n'a pas la crainte de Dieu. Profitez-en et, par la narration que je vais faire de ce qui m'est arrivé durant ma vie, tâchez d'éviter les fautes que j'ai faites ; elles vous toucheront sans doute plus que mes discours. J'aurais pu me dispenser de raconter toutes les aventures qui me sont arrivées avec les femmes; mais j'ai cru ne devoir vous rien cacher, ne prétendant pas que ces mémoires sortent de la famille. J'attribue, en partie, au commerce que j'ai eu avec elles, l'origine de tous mes malheurs particuliers ; c'est ce qui m'oblige à vous laisser voir au naturel l'image de ma jeunesse dans le libertinage, et de ma faiblesse quand j'ai été dans un âge plus avancé. L'exemple des accidents où j'ai failli succomber vous excitera, sans doute, à les prévenir par une sage conduite, car il est certain que toutes les amourettes ne font que plonger les jeunes gens dans des désordres dont ils ont mille peines à se corriger, à les éloigner de la véritable affection que l'on doit avoir pour celle à qui le Ciel nous a destinés et que l'on doit honorer ainsi que le Seigneur l'ordonne.

C'est à quoi, mes chers Neveux, je vous exhorte de

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tout mon cœur ; trop heureux si je puis vous inspirer les sentiments que doit avoir un bon chrétien envers son Dieu et un fidèle serviteur envers son Maître.

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