‹ Mémoires du comte Reynier, général de divisionChapitre 12 sur 43 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

événemens Politiques.

La note que Kléber avait préparée pour accompagner le renvoi de la lettre de Morier, secrétaire de lord Elgin, n'était pas encore partie; le général Menouen adoucit quelques expressions, et l'expédia le 2 messidor, telle qu'elle a été imprimée dans les journaux.

Le 9 du même mois, M. Wright, lieutenant du Tigre, arriva en parlementaire par le désert, avçc des dépêches àu visir et de Sidney-Smith. Il annonçait que l'Angleterre avait délivré les passeports nécessaires pour l'exécution du traité d'El- A'rych. Il s'était déjà présenté à Alexandrie ; mais, refusé d'après les ordres de Kléber, il avait passé par la Syrie. M. Wright avait appris en route l'assassinat de Kléber , et avait tenu à Salêhiëh divers propos pour engager les soldats à se révolter contre les généraux qui refuseraient de les ramener en France. Ses discours n'avaient produit d'autre effet que l'indignation. D'après sa conduite, on aurait pu l'arrêter comme espion; il fat renvoyé.

De nouvelles lettres du visir arrivèrent le 1 5; elles étaient relatives à la note envoyée à Morier ; il lui y fut répondu de s'adresser à Paris. Le i3 fructidor il fit passer encore une dépêche ; il essayait toujours

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d'entamer quelques négociations et craignait d'être prévenu par le capi tan-pacha. Ces deux premières autorités de la Porte rivalisaient d'activité pour renouer avec l'armée française et s'en faire un mérite à Constantinople.

Le capitan-pacha était venu à Jaffa, avec Sidney- Smith , au commencement de messidor, pour concerter avec le visir un plan d'opérations militaires ou de négociations. Ils n'avaient pas de forces qui leur permissent de rien entreprendre ; aussi la conférence entre le chef suprême de toutes les forces ottomanes, alors sans armée, dont le crédit à sa cour avait beaucoup baissé depuis la bataille d'Héliopolis, et le capitan-pacha, son subordonné mais favori du sultan, se passa sans rien décider, à s'observer mutuellement ; puis ils se séparèrent , déterminés à négocier chacun de son côté.

Le capitan-pacha reçut à son bord, à Jaffa, l'aidcde-camp Baudot, enlevé par surprise à Héliopolis, et retenu pour servir à l'échange de Moustapha-Pacha, que Kléber avait gardé comme otage : ce pacha étant mort subitement à la nouvelle de l'assassinat de Kléber, cet événement prolongea la captivité de Baudot , qui ne fut rendu à Damiette qu'à la fin de thermidor. Le capitan-pacha avait eu pour lui des égards qui contrastaient avec les mauvais traitemens du visir.

Avec quelque adresse , oh aurait pu se servir de l'intérêt personnel de ces deux chefs de l'empire ottoman, pour renouer des négociations tendant

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non à leur céder FÉgy pte , mais à paralyser leurs efforts , à les éloigner des Anglais , et peut-être même à les disposer à la neutralité pendant la guerre (i) mais le général Menou répondit à toutes leurs propositions, qu'il fallait s'adresser à Paris pour les arrangemens relatifs à l'Égypte : les Turcs, qui sont accoutumés à voir les gouverneurs de province se rendre itidépendans, regardèrent cette réponse comme une défaite, et se persuadèrent que toute négociation devenait inutile.

Baudot, d'après les entretiens qu'il avait eus avec le capitan-pacha, pensait qu'en lui insinuant que les négociations sont ordinairement entamées par des commissaires pour l'échange des prisonniers, et qu'après la conduite des Anglais, et l'intention qu'ils avaient manifestée de s'emparer des ports , si le traité d'El-A'rycb avait eu son exécution, on éprouverait de leur part des obstacles à tout rapprochement de la France avec la Porte qui viendrait à leur connaissance, il aurait consenti à l'envoi d'un agent français à Constantinople, qui, sous le prétexte de Téchange des prisonniers, aurait traité directement des affaires relatives à l'Egypte.

Le capitan-pacha alla faire de l'eau en Chypre : lorsqu'il reparut en vendémiaire, le général Menou chargea le général Baudot de lui conduire Endjeah-

(1) Le général MenèU 'réeut alors des lettres adressées à Kléber par le gouvernement; elles annonçaient que les Turc* n'étaient pas éloignés dè consentir à cette

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Bey, fait prisonnier sur un Vaisseau qui avait échoué vers Aboulir, et de tacher de faire un traité pour réchange des prisonniers. Il écrivit au capitan-pacha qu'il fallait d'abord s'en occuper, et qu'il pouvait s'adresser ensuite à Paris pour le reste. Le capi tan -pacha ne s'arrêta pas long -temps devant Alexandrie , il retourna \ Rhodes ; Baudot ne put remplir sa mission, et Endjeah-Bey fat, peu de temps après , renvoyé sur un bâtiment grec.

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