DES FINANCES
A l'époque où Kléber fat assassiné , une partie de la contribution en argent , imposée sur les habitans du Caire, et toute celle en marchandises n'étaient pas encore payées. On les perçut pendant le trimestre de messidor, ainsi qu'une partie des contributions territoriales ordinaires ; la solde fut mise au courant , et la majeure partie des dettes fut acquittée. On
assigna des fonds pour les fortifications, et les ingénieurs des ponts et chaussées en reçurent plus qu'il n'était nécessaire pour contiqper les démolitions que la défense du Caire exigeait, et pour quelques embellissemens. Des gratifications, une augmentation de l'indemnité de rations, diverses dépenses inutiles, et la multitude d'employés français et turcs, suite d'une administration trop compliquée , portèrent successivement les dépenses de l'armée à 17 ou 1800,000 francs par mois; cependant tous les changemens avaient eu pour prétexte de substituer des économies à l'administration de Kléber, qui couvrait toutes les dépenses avec i3 ou 1400,000 fr.
Des ordres du jour annonçaient de fortes rentrées, produit des nouvelles impositions; le général Menou y répétait sans cesse l'engagement de tenir 1$ solde au courant, et en vendémiaire presque tout était dépensé. Les droits ne rapportaient pas encore beaucoup; les impositions territoriales ne pouvaient être perçues qu'après l'inondation ; enfin on manqua d'ajgent. On s'adressa aux Cophtes, et on léur ordonna de payer un emprunt forcé, que, d'abord, on leur promit d'hypothéquer sur les contributions arriérées; cette aliénation eût produit davantage, si elle avait été effectuée. Ce premier argent dépensé , on eut de nouveaux besoins, on fit un nouvel emprunt aux Cophtes. Nul doute qu'il ne convînt de leur faire regorger leurs brigandages ; mais le général Kléber les regardait comme une réserve pour les momens critiques , et , en effet , il en tira ,
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pendant le siège dullaire, tous les fonds dont il eut besoin.
Les rapports du citoyen Estève, et des personnes qui ont été chargées de la direction des différentes branches de l'administration, feront connaître avec précision les revenus que l'armée pouvait tirer de l'Egypte pendant l'état de guerre, et les augmentations que la paix et le rétablissement du commerce auraient occasionnées. J'en donnerai seulement ici une estimation approximative, d'après tous les renseignemens que je me suis procurés.
L'impôt territorial , depuis que Mourâd-Bey occupait le Saïd , ne pouvait pis s'élever à plus de 12,000,900, en y comprenant l'impôt impolitique sur les cheiks, qu'on fut ensuite forcé de leur présenter comme un à - éompte sur les droits ordinaires • . 1 2,000,000
Les différentes impositions indirectes furent affermées environ 3,ooo,ooo, mais les fermiers éprouvant des pertes, on aurait dû leur «accorder dans la suite une réduction, à moins que le commerce ne se fut ranimé 3,ooo,ooo
Les droits sur les corporations et corps de nation étaient fixés, par Tordre du jour, à 2,000,000, et auraient dû être réduits ; cependant, au moyen de nombreuses vexations, on pouvait les percevoir 2,000,000
La monnaie du Caire et les droits de
Report ci-devaht. . . . 17,000,000 marque sur les ouvrages d'or et d'argent , produisaient au plus * . . 5oo,ooo
Les douanes pouvaient produire en temps de guerre, si le commerce avec l'Arabie et avec les Grecs était encouragé r, 000,000
(La paix aurait augmenté ce revenu de plusieurs millions. ) Les oussiehs, les domaines nationaux, et l'enregistrement eussent produit i,5oo,ooo
Le miry des propriétaires et le tribut de Mourâd-Bey 1,000,000
Total. ...... 2 1,000,000
Les revenus en nature suffisaient aux besoins de l'artnée et alimentaient les magasins de réserve.
La somme totale des revenus d'Egypte pouvait donc s'élever à environ 21,000,000 de francs par an, ou 1,750,000 fr. par mois; mais leur perception dépendait de la tranquillité intérieure, que différentes causes pouvaient troubler : une attaque ou même l'attitude menaçante d'une armée ennemie, forçant à réunir les troupes, la suspendait entièrement; car dans tout l'Orient, il faut l'appareil militaire pour exiger l'impôt. Il était donc essentiel de mettre la plus grande économie dans lies dépenses, afin que si la source des revenus venait à tarir momentanément, on eût toujours un fonds de réserve disponible pour subvenir aux besoins de l'ar-
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mée. Toutes ces considérations ne purent arrêter le général Bfenou dans le cours de ses innovations, ni empêcher l'augmentation des dépenses. Il se persuadait toujours que rien ne pouvait , en dedans comme en dehors, troubler la tranquillité du pays. On doit cependant lui rendre cette justice, qu'en dissipant les ressources de l'armée , il a toujours montré du désintéressement personnel.