‹ Mémoires du comte Reynier, général de divisionChapitre 6 sur 43 · DE L EGYPTE · texte numérisé non relu

DE L EGYPTE

Âpres avoir établi ces postes , qui donnaient les moyens de nourrir l'armée sur tous les points, les routes pour faciliter dans toutes les saisons ses marches étaient l'objet dont il était le plus nécessaire de s'occuper.

Les communications par eau furent organisées sur le Nil, et protégées par des barques armées. Bonaparte ordonna des reconnaissances pour celles de terre ; elles furent continuées par ses successeurs. Si les marches étaient faciles pendant la sécheresse, on ne pouvait que par de grands travaux les rendre praticables pendant le reste de l'année : cela était cependant d'une importance majeure pour le temps où la retraite des eaux permettant d'agir sur la lisière du désert et sur une partie de la côte, des corps de troupes éprouvaient encore des difficultés pour traverser la Basse-Egypte.

Les routes qu'il importait particulièrement d'organiser étaient d'abord celle d'Alexandrie à Daraiette en suivant la côte (elle le fut par l'établissement de barques pour le passage des bouches); celles deRahmaniëh à Damiette, de Ramaniëh à Salêhiéh,

de Damiette à Salêhiëh , du Caire à Damiette , du Caire par Rahmaniè'h k Alexandrie et Rosette.

Pour que ces routes fussent praticables pendant l'inondation, elles devaient être élevées au-dessus du niveau des eaux ; on pouvait proGter de plusieurs digues et ponts qui existaient déjà. Les nouvelles levées et les ponts qu'on aurait dû faire, devaient se rattacher au système général d'irrigation de la Basse-Égypte ; il était nécèssaire de le bien étudier avant de commencer un travail qui pouvait avoir tant d'influence sur les cultures et l'état physique de l'Égypte. On devait chercher à perfectionner la distribution des eaux en traçant ces routes : ainsi les reconnaissances ne pouvaient qu'être fort lentes; et, elles n'étaient pas terminées lorsqu'on dut abandonner le pays. Il aurait fallu construire un grand nombre de ponts et faire des levées fort étendues; mais ce travail, indispensable pour perfectionner le système de défense , demandait plusieurs années. Si on n'a pas eu le temps d'exécuter ces routes , les reconnaissances qu'elles ont occasionnées ont du moins procuré au génie militaire, aux ingénieurs des ponts et chaussées et aux ingénieurs géographes, des matériaux très précieux pour la connaissance parfaite de l'Egypte.

DU GÉNÉRAL REYNIBR. 33

CONSIDÉRATIONS SUR LA CIVILISATION DES DIFFÉRENTES CLASSES d'hABITANS DE l'ÉGYPTE.

La population de l'Égypte est composée de plusieurs races , qui ont toutes dans le caractère des traits communs, mais qui sontcependant distinguées par leur genre de vie, leurs mœurs, leur existence politique et leur religion. L'islamisme, qui est celle de la plus grande partie des habitans, exclut les individus des autres cultes de toute influence politique; tolérés par la loi, ils sont réduits à une entière dépendance, et sans cesse exposés au mépris de l'orgueilleux Musulman.

On observe, en Égypte, presque toutes les nuances de la civilisation, depuis l'état pastoral jusqu'à l'homme changé , dépravé même par le pouvoir et par le luxe; mais on n'y peut apercevoir celle de l'homme perfectionné par les arts et l'étude des sciences. On y trouve aussi des traces d'un système féodal, qui parait inhérent aux premiers degrés de la civilisation.

Ces nuances seront plus frappantes si on examine séparément les habitans du désert, ceux des campagnes et ceux des villes.

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