‹ Mémoires du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 10 sur 58 · CHAPITRE l' Il KM U: Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE l' Il KM U: Il

La joie d'avoir une compa^niie ù moi, le plaisir ilallcr au régiment, de ne plus avoir des maîtres, de ne plus dépendre enfin me fit oublier facilement les amusements que j'avais à Liméville. J'atlcndais avec la plus vive impatience le momeut fixé j)()ur aller à Vaucouleurs, où le régiment de lierchenv était en garnison.

Jus(ju"alors, je n y avais fait que de rares apparition, une fois pour me faire recevoir officier, et une fois au cauip de lliciicmont, près de Metz. Ces voyages uTavaicnt inspiré le goût le plus vif pour mon métier, et pouvoir m"y livrer uniquement était l'objet de mes vœux les plus ardents. Enfin, le jour du départ tant désiré arriva et je ne regrettai pas de ne pas me trouver à la noce du comte de Bercheny avec Mlle de Baye, qui devait se faire après Pâques. Je ne songeais qu'au pliiisir de monter à cheval, de manœuvrer, d'exercer mes recrues, enfin de me livrer aux devoirs de mou état, afin de pouvoir ine distinguer à la guerre.

Je me trouvais très heureux détre capitaine à dixsept ans, mais je sentais que ce ne devait être qu'un acheminement à de nouveaux grades, et comme à cette époque tout s'achetait dans le militaire et que je n'avais rien, je me disais qu'il fallait ou me faire tuer ou me faire assez remarquer pour qu'on s'écartât de la règle pour m'avancer, et qu'en attendant d'avoir de l'expérience je devais y suppléer par beaucoup d'acti\ ité, et être toujours le j)i'euiier j)artout.

Ce principe, dont je me suis départi le moins possible dans ma vie, a été un des g^rands moyens de fortune que j'ai eus. Je vous recommande, mes enfants, Tactivité comme la qualité qui convient le mieux à la jeunesse, la seule qui supplée à l'expérience et qui la fait plus tôt acquérir, enfin celle qui inspire le moins de jalousie, parce qu il dépend de chacun de l'avoir, et celle qui excite le plus souvent des louanges, parce qu'elle semble avoir moins de mérite.

Nous partîmes de Lunéville au commencement d'avril, et nous allâmes à Commercy, dont le comte de Bercheny était gouverneur. Nous y passâmes deux jours, qui me parurent bien longs, et enfin nous arrivâmes à Vaucouleurs, où le régiment était réuni pour choisir le détachement qui devait partir pour l'armée à la fin du mois.

Le lendemain de notre arrivée, le major de Wiett me reçut capitaine en présence du comte de Bercheny le père. Le fils, mon colonel, était arrivé à Paris pour son mariage. Je me plaçai à la tête de ma compagnie, et quand tous les officiers furent réunis autour de leur général, il leur demanda pour moi leur amitié^ en m exhortant à suivre leurs avis, à me laisser conduire par leur exj)érience , à imiter leur bravoure et à tâcher d acquérir leurs talents militaires.

Il retourna coucher à Commercy, et moi je conduisis ma compagnie à Rigny-la-Salle, où était mon

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f[uartier. Dès le lendemain, je nie livrai tout entier à mon métier. Je passais mes matinées aux écuries, et le reste de la journée à monter les jeunes chevaux, à faire faire 1 exercice aux recrues, à connaître tous mes hussards par leur nom. Le soir je me retirais de honne heure, pour être le matin le premier à tout. Ce j'^enre de vie si différent de celui que j'avais mené jusqu'alors, au lieu de me paraître insipide et monotone, avait pour moi tout 1 attrait du piquant de la nouveauté.

Enfin, au mois de mai, nous reçûmes l'ordre de partir pour l'armée du Bas-llhin. Ce me fut une .«jrande joie. J allai à Lunéville prendre congre des dames. Le comte de Bercheny était déjà parti pour 1 armée, où son fils aîné avait pris le commandement de la partie du ré^jiment qui y était, et le comte de Hegenet de Weitt et son fils étaient ses aides de camp. L'abbé Leconte était à la fois aumônier des pères et gouverneur des fils.

Revenu à Yaucouleurs, je me disposai à partir. .Marcher avec un rég^iment était encore pour moi une chose toute nouvelle; mon activité se plaisait à tous les détails minutieux de la marche, de l'étape, du fourrag^e. Les vieux officiers avaient bonne idée d'un jeune homme qui n'était pas paresseux et qui se charf^eSLit avec plaisir de leurs corvées.

Le détachement dont je faisais partie avait été formé au choix, de sorte que nous n'avions avec nous

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que des ofdclors de fortune, qui venaient d'être tirés de l'état de maréchal de lo{jis, et nous n'étions que deux capitaines, des quatre que nous devions être. L'un était le comte de Bercheny et l'autre le comte de Fort, absent par congre et employé avec son père en Turquie. Gomme j'ai écrit quelque part les détails de mes campag^ncs (1), je vous y renvoie, mes enfants, et me bornerai à vous en marquer les résultats dans les chapitres suivants.

(1) On verra plus loin que le comte Esterhazy exprime le regret d'avoir perdu ces récits.

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