CHAPITRE ONZIEMK
tloiina à ma femme un doses aides de eamp pour raccompa.<jner.
A mon arrivée à Saint-Pélcrsboinvj, je trouvai 1 iiripératriee incommodée. Cet affreux événciiieuL I avait extrêmement touchée, quoiqucui dut sv allendrf depuis l'emprisonnement du roi au Temple, laholition de la monarchie et les succès incroyables qu'avaient remportés les armées françaises. A cette époque, Monsieur prit le titre de ré;;ent, et par une seconde déclaration, il nomma son frère le comte d'Artois lieutenant g^énéral du royaume. Le 28 janvier limpératrice le reconnut sous ce titre, accrédita le comte llomantzof près de lui, et j'eus une audience comme son ministre. Malheureusement, cet exemple, malg-ré ses sollicitations, ne fut imité ()araucunc autre cour. Catherine ne s'en tint pas là; elle j)ublia un ukase pour défendre toute communication entre ses sujets et les régicides français, et ordonna que tous ceux de cette nation qui se trouvaient en Russie n'y pourraient rester qu'après avoir prêté serment au lég'itime successeur de 1 infortuné Louis XVL
M. le comte d'Artois, n'ayant pas reçu ma lettre, se décida à venir en Russie; il demanda d'y g^arder l'iucog^nito. Mais de toutes ses autres démarches, ce fut la seule à laquelle l'impératrice se refusa; elle me chargea de lui mander que dans toute autre circonstance elle se serait rendue à ses désirs, mais que dans celle-ci elle le recevrait avec le même cérémo-
350 mémoihes du C^"^ valentin esterhazy
niai qui avait eu lieu lors de la visite du prince Henri de Prusse. Dès qu'elle le sut en route, elle envoya le comte Serg^e Romantzof au-devant de lui, avec des voitures de la cour, nomma un chambellan, deux gentilshommes de la chambre pour le servir, et lui monta une maison pendant le séjour qu'il devait faire à Saint-Pétersbourg. Elle voulut aussi que je fisse savoir au prince qu'il devait être tranquille sur les présents à faire, qu'elle se chargeait de tout.
Le 20 mars, ayant appris l'arrivée de Monseigneur à Riga, je partis pour aller au-devant de lui. J'étais chargé de retarder son arrivée, parce que l'impératrice avait fait une chute sur l'escalier de son bain. Je le joignis le 21 à Neva, et il ne vint à Pétersbourg que le 23. Il fut reçu en grande cérémonie dans la maison qu'on lui avait destinée. Le comte Zoubof vint le complimenter de la part de l'impératrice et M. de ISarichkin de celle du grand-duc. Le 2 4, il alla à la cour en grande cérémonie. L'impératrice, après l'avoir vu un moment dans son intérieur, sortit avec lui et il lui présenta les personnages de sa suite : l'évêque d'Arras, le comte François d'Escarsson capitaine des gardes, le baron de RoU et le comte Roger de Damas. Nous fûmes de là chez le grand-duc, la grandeduchesse, les jeunes grands-ducs, etc., etdîner chez le grand-duc, la santé de l'impératrice ne lui ayant pas permis de nous donner à dîner.
Les compliments une fois finis, on s'occupa d'af-
r.llAPITl'.E ONZIKMl'. ;i5 1
falrcs. Apii'8 j)Iusieiirs conférences ciilrc Monsei'-nciir et le conilc Zoubof, il fnt arrêté (|ii(' limpératrice offrirait à l'An^jleterre d'enNONcr (|iiiiiz(' nulle Rnsses sur les côtes de Normandie on de Hre(a;|ne ponr s'y joindre à ce qne le prince pourrait réninr d émigrés, et que pour cela Tinipératrice demandait un subside pour la quotité ducpiel on pourrait né^jocier. Elle écrivit en conséquence au roi d'Angleterre une lon^ruc leltre de sa main, dont elU' confiait les détails au comte Voronzof, son ministre à Londres. De j)lus, elle lit équiper une frégate et une corvette pour transporter Monseig^neur à llull, d'où il devait écrire au souverain anglais pour lui demander 1 autorisation de venir à Londres. Elle nomma le j'|énéral Korzakof (l) pour Taccompag^ner, et s'occuper, dans le cas où ses propositions seraient acceptées , de l'achat des vivres nécessaires pour l'armée russe, et i]c^ moyens de la faire passer en France.
L'impératrice fit des présents à la suite du prince et me charg^ea de lui porter une cassette pleine de bijoux qui devaient être donnés en son nom aux personnes en place et à ceux (pii lui avaient été attachés pendant son séjour à Saint-Pétersbourg. Il eut pour sa part une épée d or, bénie j)ar le métropolite grec, avec un gros diamant en haut de la poignée, dix mille
(tl 11 devint lieiilcnaiit général sous Paul l". Chargé fin coniuiauflc- ~ nient (les troupes russes sons les ordres de Souvarof, dans la seconde
eoalition, il perdit contre Masséna la bataille de Zurieii.
ducats, une collection de médailles en or, un service de campagfne en argent, et un crédit de trois cent mille roubles.
Pendant son séjour à Pétersbourg^, nous apprîmes d'abord Favanta^je remporté sur Dumouriez par M. de Gobourg, la retraite des Français jusque derrière l'Escaut, et enfin la défection de Dumouriez et l'emprisonnement des commissaires qui avaient été envoyés pour Tarrètcr. Le prince partit le 26 avril pour Reval, où il devait s'embarquer. Je raccompagnai jusqu'à ce port, où nous arrivâmes le 29. Le 30, il alla coucher à bord. Mais le vent étant contraire, il ne put mettre à la voile que le 2 mai, et je retournai aussitôt à Saint-Pétersbourg. On venait d'y recevoir la nouvelle de la défaite du général de Dampierre (1), républicain. Il avait été battu le V mai à Famars; on disait que le roi de Prusse allait commencer le siège de Mayence, et les Autrichiens celui de Valenciennes.
Peu de temps après, nous sûmes que M. le comte d'Artois était arrivé à HuU. Mais les choses avaient tourné d une manière bien différente de ce dont nous nous étions flattés. Sous prétexte de ses dettes, on ne lui avait pas permis de descendre en Angleterre, et après
(1) Le marquis de Dampierre, général resté au service de la République après l'abolition de la monarchie, reçut le commandement en chef après la trahison de Dumouriez, et fut blessé mortellement le 8 mai 1793, près de Valenciennes.
CIIAIMTUK ONZir.MK 3:;i
beaiicoiij) de ponrjjjirlcrs, il fui rv idciil (jiic les Aiij-I.un s'étaiit eiij'j-ajTés à ne pas se iiirici- du ;;()iivciiiciM(Mit Intérieur de la France, ne voulaient se |)reter à rien qui put tendre au rétablissement de la nn)nareliie. L'idée de subsides à la Russie fut rejetée sans nu'inc donner lieu à une néj'^ociation. Aj)rès avoir attendu plusieurs jours à I lui!, le prince, convaincu (pi il n'obtiendrait rien, alla rejoindre son frère à llauini.
Au commencement de I "!>(>. je crus le niomenl favorable pour me retirer. Je demandai au roi Louis XYIII un cong^é pour conduire ma famille dans les terres que m'avait données l'impératrice et je vendis ma maison de Saint-Pétersbourg^, sans renoncer à l'espoir d'y retourner comme particulier ténioi^'nor ma reconnaissance à 1 impératrice. J'obtins du roi que le marquis de la Ferlé (l) restât cbargé de ses affaires pendant mon absence, d'autant qu'elles ne pouvaient être bien intéressantes dans l'état des choses. Après un Ion."- voya^'^e, j'arri\ai à Luka, et peu aj)rès j y appris la mort de rimpératrlce. Cette douloureuse nouvelle fut suivie d'une lettre du comte Bezborodko. qui me mandait de la part de l'empereur Paul I", de ne pas revenir à Saint-Pétersbourj<;, et qu'il traiterait lui-même les affaires de France dont j étais cbar.'jé. Il ajoutait que Sa Majesté Impériale supposait que je devais savoir la cause de cette défense. Je répondis
(1) Le marquis de la Fcrt('-.Meiin éiiiij;i-i' en l'ussic où il fui cmplové par les Bourbons.
354 MÉMOIRES DU C^= VALENTIN ESTEUllAZY
avec vérité que je l'ignorais. Je me consolais déjà davoir perdu une place devenue bien désagréable malgré les bontés de l'impératrice, vu la quantité de demandes qu'on me chargeait de lui présenter et la conduite imprudentede beaucoup de Français, lorsque je fus informé que l'empereur avait rendu aux anciens propriétaires les villages de Luka, de Mayanoff et de Wittava, confisqués du temps de l'impératrice et qu'elle m'avait donnés . Cette nouvelle étant bien fâcheuse pour moi au milieu de l'hiver, n'ayant aucun asile, très peu d'argent, ma femme grosse et mon fils Georges très malade. En outre, la perte de ces villages supposait l'idée de disgrâce, surtout après la défense d'aller à Saint-Pétersbourg, et refroidit bien vite ceux de qui j'avais auparavant reçu tant de politesses et d'offres de services. Mais, la comtesse Branicka, que j'avais vue beaucoup à Saint-Pétersbourg, sans être cependant fort lié avec elle, me vint généreusement en aide. Non seulement, elle m'offrit encore de passer l'hiver chez elle à Bialovskieff avec toute ma famille, mais elle m'y engagea formellement, et je m'y installai dans les premiers jours de 1707.
Ma femme v accoucha de Ladislas; j'y perdis mon fils Georges et j'y appris le dédommagement que l'empereur m'avait donné des villages deGrodek, Cyrnolf et Kneazoffka en dédommagement de ceux de Luka. Au printemps, j'allai prendre possession de ces villages et vins rejoindre ma famille. A l'automne nous quit-
CIIAPITHK ONZIKMK 3-5
tûmes Bialovskieff j>„„r C.yudck. pleins dv rcn,n„aissance et d'amitié pour la inanu'.v tendre et généreuse dont nous y avions été reçus et j;ardés, et je e.,i,se,verai ces sentiments jus(}u'à mon dernier s....,.i,. espérant que mes enfants les conserveront après n..„
TABLE DKS MVTIIRES
IsmODUCTlOX.
CM AlMTI'. K l'I'.K.MIKIi