Lettbe de m. de PuYsrEtJx
A D«kenilort, 3 septembre ^H•2.
Il est des entreprises dont le succès dépend uniquement du secret. Celle que M. de Seckendorf devoît faire sur le pont île Landau étant parvenue à ta connoissance de M. de Kevenlitiller par nos déserteurs, il a jugé à propos de la remettre à uu autre temps, et le détachemeid \ que M. le duc d'Uarcourt lui mena hier au soir pour faciliter cette ( e\péditlon vient de rentrer sans avoir rien fait.
Les hussards de Farmée de M. le prince Charles tombèrent avanthier sur la queue des gros équipages de notre armée de Bohême, qui étoient du côté de Nuremberg et en enlevèrent quelques chariots ; le reste a eu le temps de se sauver ; quelques effets de la même armée , que Ton avoit retirés dans la petite ville de Furth, ont été livrés ( dit-on ) aux hussards par les particuliers chez qui ils étoient ; preuve éclatante et non suspecte de la fidélité des Cercles et de ce que nous devons en attendre.
Chaque jour semble apporter de la difficulté à la jonction de nos armées; et pour peu qu'elles se multiplient, les choses pourront tourner de 'telle façon que ce seroit peut-être un bien que Prague fût obligé de capituler avant que nous fussions plus avancés.
M. le prince Charles et M. de KevenhuUer vont sans doute s'emparer des passages de la Bohême et en dévaster tous les environs, afin que, retardant notre marche, ils puissent nous faire tomber dans quelque besoin essentiel.
M. de Lobkowitz est actuellement à Mies avec un corps de 11,000 hommes; M. de KevenhuUer a déjà commencé à en pousser un entre Amberg et la Regen, que l'on peut regarder comme son avant-garde, dès que nous nous porterons de ce côté-là pour joindre l^année du maréchal de Maillebois.
Bien des gens pensent, et peut-être avec assez de raison, qu'il eût été plus efficace pour dégager M. de Broglie d'agir offensivement sur le Danube que de nous porter à Prague ; mais cela auroit dû être commencé plus tôt, et la saison est bi^ avancée , surtout si le Roi veut faire rentrer ses troupes dans le royaume avant le fort de l'hiver.
$8. LeTTEE ÉCBITE PAB UN OFFICIEB DE L'AEMÉE DU MABÉC0AI< DE MaILLEBOIS â m. le DUC DE CHAEOST.
Da camp deEibereo, 4 êeçienabre 1742.
Nous arrivâmes le 22 à Scfawalbach ; nous y eûmes séjour le 23 ; ce camp n'étant éloigné que de deux lieues ou environ de Francfort , Fempereur fit l'honneur aux troupes du Roi qui composent la première coloone de l'armée de la venir vonr et de les passer en revue , accompagné de Fimpératrice, de toute la maison impériale, de toute sa Cour et de tous les ministres étrangers qui se trouvait auprès de lui. Quoique k temps d*nne marche n'en soit pas un propre à faire une revue de parade , S. M. impériale et toute sa Cour parurent extrêmement contents de la beauté des troupes du Roi. Après la revue , 31. le Maréchal conduisit Fempereur, Fimpératriee et toute leur suite sous des tentes qu'A avoît fait dresser à portée du camp, oùfit il servir
XPfKNiJiCK
1III mai^iiiliqiii:' auibigii. Lvn lroU|i«s délilcrcut devuut LL MM. Impériales; et après qu'elles fitrent rentrées dans leur carap tous les commnDdatils dfs corps, suivis de tous lus officiers qui les composent^ eurent l'hoUD^iir de leur faire la rëvéreDce, et LL. MM. les reçurent awcune extrême bonté.
Tous les officiers qui ont été à Francfort ont êtêenchantés de la bonté avec laquelle l'empereur a bien voulu leur parler et de la façon dont ils ont été reçus à fa Cour ; il n'y a pas uu de ceux qui lui ont été nommés a qui il n'ait dît quelque chose d'obligeant en particulier et en général sur le corps dontilsétoient. On seroit trop loDgEionvouloit détailler toutes le.s louanges fines et délicates que ce prince a donnée à la nation , et en particulier aux troupes que le Roi envoie à saa secours.
Le prince royal est dune assez jolie figure, ni trop grand, ni trop petit pour son i^t; il a les plus beaux cheveux du monde; il parotf; avoir de l'esprit, et il a été d'une politesse et d'une attention extrém% pourtous les François, aussi bien que les princt^^sses ses sœurs. Elicfls^ sont toutes deux extrêmement aimables par leur caractère ; la cadett9 est d'une beaucoup plus jolie figure que l'ainée.
M. le comte de Montijo , ambassadeur extraordinaire du roi d'Es* pagne, etquivitavec une splendeur et une magnificence au-dessus da tout ce qu'on en peut dire, a reçu chez lui tous les officiers frsnçois avec une politesse et une attention extrême.
tii. te comte de Torring arriva leSB de l'armée de Bavière à Francfort: il avoit un air fort assuré., et en entrant chei Tcmpereuril dit tout haut à ceux qui s'approchèrent de lui pour lui faire la révérence : « Messieurs, je viens de faire un métier auquel je ne suis pas heureux. »
M°'°lamarécb3lede Belle-Isle, à qui tout le monde a été rendre ses devoirs avec grand empressement, a fait à sou ordinaire des merveilles ' pendant tout le temps du passage des troupes du Roi près de Francfort; on a été enchanté de sa politesse et de son attention à nommer à l'empereur les priucipaux officiers et à ne rien oublier de ce qui pouvoit leur attirer quelque marque de bonté ou quelque politesse de la patt de Sa Majesté.
Le 34, l'armée vint camper à Bergeu, le 2â à Kahl , le 21) à AschaffenliDurg, le 27 séjour, le 2S à Wurtii, le 39 à Mitlenberg, le 30 à Walthurm, le .11 séjour, le I" septembre à Bischofheim, le 2 à Mariendal(l), le 3 à Riberen, et le 4 séjour.
Nous apprîmes à Walthurm .qu'il avoît paru du côté de Bamberg et
\ L'AÎNINÉE 174i. 348
de Nuremberg un corps de 6^000 hussards que les ennemis envoyoiçnt pour nous harceler pendant notre marche et brûler les magasins qui ont été faits sur notre route. M. le Maréchal, qui étoit resté à Francfort, pour certaines dispositions nécessaires, nous rejoignit à Mariendai. On a fait trois détachements en avant : le premier de 600 dragons et de huit compagnies de grenadiers, commandés par M. de Frémur, brigadi^, et M. le duc de Lauraguais, colonel d'infanterie ; le second de 800 dragons au\ ordres de M. de Coigny ; et le troisième de la brigade entière de Rosen- Cavalerie aux ordres de M. de Balincourt, lieutenant général. Il y a apparence que les deux premiers détachements se réuniront à ce troisième, ce qui formera une tête que les hussards et pandours n'oseront sûrement attaquer,* couvrira la marche de Tarmée et sera en état de protéger nos magasins et dépôts.
Tous les équipages de Tarmée de Bohême, et les troupes qui les gardoient, qui étoient auprès de INuremberg, se sont repliés sur nous avec assez de précipitation, à la nouvelle de l'approche des hussards ; et dans cette retraite il y a eu une perte considérable de chevaux et de bagages dont les paysans ont pillé une grande partie. Nous les avons néanmoins trouvés campés en bon ordre près d'un village voisin de ce lieu de Riberen. Nous voici à plus de moitié de notre route ; l'armée en très-bon état , fort peu de malades et de désertion , et une trèsgrande volonté dans le soldat ; aussi sont-ils mieux qu'ils n'ont jamais été dans aucune autre marche , par les soins de M. le Maréchal , et de MM. de la Grandville et de Brou. Rien n'est plus honorable à M. le Maréchal et à M. de la Grandville que le bien-être où nous nous trouvons. On trouve qu'il tient un peu du miracle quand on songe que toutes les dispositions étoient faites pour le retour de l'armée en France, que les ordres pour marcher en Bohême arrivèrent le 29 de juillet, et que le 9 d'août toute l'armée s'est mise en mouvement et a continué sa marche avec autant de facilité et des subsistances aussi abondantes que si elle avoit marché dans le cœur du royaume.