‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 59 sur 94 · MT^MOIRES DU DUC DE LUYNES · texte numérisé non relu

MT^MOIRES DU DUC DE LUYNES

divertissement a paru trop long et trop uniforme. M. de Richelieu avoit proposé au Roi de le faire exécuter le lendemain encore; il lui en parla trois fois sans que le Roi lui répondit rien. On avoit cru que ce pourroit être pour aujourd'hui qu'on répéteroit ce ballet, mais c'est le dernier jour des spectacles à Paris, et celui destiné pour la capitation des acteurs de l'Opéra. D'ailleurs le succès de mercredi a fait juger qu'une seconde représentation de ce hallet ne réussiroit pas. La curiosité avoit attiré un monde prodigieux ici, et à peine pouvoit-on trouver place dans la salle.

Le lendemain jeudi il y eut comédie italienne ici à l'ancienne salle. Le Roi y étoit dans une petite loge . grillée au-dessous de celle de la Reine,

Ou continue toujours â tenir des propos sur M™^ d'Étioles ; on remarqua que ce joui'-là elle étoit dans une loge près du théâlre, fort en vue de celle du Roi, et par conséquent de celle de la Reine; elle étoit fort bien mise et fort jolie.

Ce même jour le Roi avoit été courre le cerf. Au retour de la chasse ceux qui avoient eu Thonneur de le suivre se préseutèrent à l'ordinaire pour le souper, mais aucun n'y fut admis, pas même M. de Richelieu. Il n'y eut que M. d'Ayen, M. de Coigny le fils, et à ce que l'on croit, M. le prince de Conty. »

Hier le Roi lit la revue des gardes francoises et suisses à l'ordinaire dans la plaine des Sablons. Il partit à trois heures, et ne fut point au sermon. M. le cardinal de Rohan étant toujours à Paris, à cause de l'état de M"^ de Soubise, le prédicateur crut que la Reine iroit aussi à la revue, et vint lui demander ses ordres au sortir de la messe. La Reine fut au sermon toute seule; M. le Dauphin, M™^ la Dauphine et Mesdames étoient k la revue. La Reine joua à l'ordinaire à six heures ; le Roi soupa au grand couvert avec ses enfants ; M. le Dauphin n'y soupe point, il fait encore gras.

AVRIL 17IÎS.

M™* la Dauphine fut A la

dans

evue clans ses carrosses. M"" de Brancas avoit fait un mémoire pour denjander au Roi si M'""^ la Dauphine devoit mener cinq dames dans son carrosse ou quatre seulement, c'est-à-dire s'il se mettroit quelqu'un à côté de M"' la Dauphine, n'y ayant point de princesse du sang. Dans le mémoire il y avoit plusieurs exemples de cités : de M"' la duchesse du Lude^ qui avoit eu l'honneur d'ûtre à côté de M"" ta duchesse de Bourgogne, et même des dames titrées^ qui avoient eu l'honneur d'être à côté de la reine Marie-Thérèse. Le Roi ne jugea pas à propos de décider cette question, qu'il trouva trop difficile. M"' de Brancas prit le parti de s'en tenir à ce qui a été pratiqué pendant le voyage, et M""" la Dauphine ne mena que quatre dames. Il avoit été décidé pour le Toyage que personne ne se mettroit à côté de M™ la Dauphine, hors dans des cas où ÏP" la Dauphine vou droit mener dans son carrosse M""' de Castel-dos-Rios; alors M""* de Brancas se seroit mise à côté de M""^ la Dauphine, mais ce ne devoit point être lorsqu'elle passeroit dans quelque grande ville. Le cas n'est point arrivé; il n'y a eu personne auprès de M""^ la Dauphine pendant tout le voyage. *

Hier, il y eut une difficulté assez vive entre M"" de Brancas et M. de Rubempré; M. de Rubempré demandoi l'ordre à M"* la Dauphine pour les dames qu'elle mèneroit dans son carrosse. 11 étoit question de savoir ce que je viens de marquer, savoir si ce seroit quatre ou cinq dans son carrosse à elle. M""' de Brancas interrompit cette conversation, et dit h M. de Rubempré qu'elle avoit des raisons particulières pour entrer dans ce détail, qui d'ailleurs la regardoit. M. de Rubempré soutint que c'étoit le droit du premier écuyer, et que celui de la dame d'honneur ne s'étendoit point au delà de l'appartement. M, de Rubempré se fondoit sur ce qu'il a entendu dire à M""^" de Tessé que c'étoit toujours M. de Tessé qui appeloit les dames pour monter dans le carrosse. Le fait est vrai, mais

il ne diminue, rien des droits de la dame d'honneur. La Reine, avant que de partir pour un voyage ou une promenade, dit à k"' de Luynes, ou en son absence à M"" de Villars, les dames qu'elle veut mener dans son carrosse; et lorsqu'elle est montée j elle dit à sa dame d'honneur ou à sa dame d'atours celles qu'elle veut faire monter dans le carrosse où elle est; les dames qui la suivent attendent ses ordres à quelque dislance du carrosse, même surl'escalier. Le premier écayer, qui donne la main à la Reine et qui reste à la portière, répète le nom des dames et les fait avancer pour que la Reine n'attende point; mais le nom des dames est répété de même par les pages et même par les valets de pied, et ce n'est point le premier écuyer qui reçoit l'ordre de la Reine. M*"'" de Luynes a dit aujourd'hui cet usage de chez la Reine à M. de Ruhempré, qui vraisemblablement ne soutiendra pas ses prétentions.

J'ai marqué ci-dessus que le Roi avoit réglé que les princesses du sang auroient leurs pliants à côté des filles de France. On peut voir par les Mémoires de M. de Dangeau, que Louis. XIV pensoit différemment sur cet article. Ce que m'a conté M. le duc de Brancas (t) en est encore une preuve, j'en ai déjà parlé dans ces Mémoires, mais je ne crois pas l'avoir marqué aussi en détail qu'il vient de me lo redire. M. de Brancas étoit élevé à Versailles, et faisoit souvent sa cour à M. le duc de Bourgogne et aux princes. M. le duc de Bourgogne n'étant point d'âge à manger avec le Roi, S. M. soupoitau grand couvert avec Monseigneur, Monsieur et Madame ; M™" la Princesse et la grande Mademoiselle venoient souvent au souper, y demeuroient assises pendant tout le temps du souper^ ainsi que les dames titrées, au-dessus desquelles elles étoienl placées, comme de raison, mais elles avoient

(f) Mari de Id dame d'honneur de M"<« la Daii[)bme. (IVote du dite de Luynes. )

le soin de tirer leurs pliants de manière qu'ils ne fussent pas du même sens que ceux des dames titrées. M, de Brancas, que l'on menoit comme un enfant au souper du Roi, se souvient qu'on l'avoit fait ranger parce qu'il éloit devant M"'' la Princesse. Monsieur et Madame étant allés faire un voya°;e assez long à Saint-Gloud, le Roi se trouvoit seul au grand couvert avec Monseigneur; il prit le parti de faire manger avec lui ses filles légitimées, mais il les envoyoit avertir à chaque fois; c'est ainsi que M'"' la princesse de Confy, M"" la duchesse du Maine et m™'' la Duchesse y ont mange plusieurs fois. M""* la Duchesse, comme Ton sait, étoit belle-fdie de M°" la Princesse; M"" la Princesse trouva insoutenable d'élre pendant le souper du Roi assise derrière sa belle-fille, qui é toit à table. Elle en parla au Roi, et le pria de trouver bon qu'elle n'allât plus au souper et qu'elle allùt l'attendre dans son cabinet, où il passoit toujours après avoir reçu m révérences des dames dans sa chambre. C'est de ce temps-là que les princesses du sang ont cessé d'aller au souper.

Aujourd'hui elles ont pris un ton fort différent de leur ancien usage. M"' de Brancas disoit aujourd'hui qu'aucune des princesses du sang n'a encore été chez M"*^' la Dauphine. Madame y a été et lui a donné sa chemise, je l'ai marqué, maison n'y a point vu les princesses du sang.

Da dimanche k, Versailles. — J'ai toujours oublié de marquer que le Roi a fait donner 10,000 livres de gratification à chacun des intendants qui ont été obligés de faire des dépenses considérables au sujet du passage

Idu Roi, de la Reine et de M""^ la Dauphine. La Reine ne voulut jamais aller à la revue vendredi dernier. M"" de Luynes prit la liberté de lui représenter plusieurs fois qu'il lui paroissoit convenable qu'elle ne s'éloiguât pas des occasions de représentation. M. le maréchal de Noailles en parla aussi à la Reine, mais rien ne la put faire changer de résolution.

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