‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 75 sur 94 · MAT · texte numérisé non relu

MAT

1 aux prières de M"" de Carignan. M"" l'abbesse deCaen est H sœur aînée de l'abbesse de l'abbaye aux Bois, qui vient ~ de mourir; ou doute fort qu'elle accepte l'aljbaye aux

IBois, Outre que l'abbaye de Saint-Étienne de Caen est beaucoup plus belle et plus considérable, on peut juger par la peine exlrôme qu'elle eut de quitter une maison très-petite et très-vilaino qu'elle avoit à Vienne enDauphiné, qu'il sera très-difficile de la délerminer à ce nouveau cbangement; mais M"" de Carignan Ta demandé sans la consulter.

Le travail de M. de Mirepoix avec le Roi est le dernier

^ qu'il doit faire avant le départ de Sa Majesté. Le Roi ne

lui dit [xas un mot du départ de M. le Dauphin pour l'ar-

■ mée; d'ailleurs il le traita fort bien. M. de Mirepoix lui demanda s'il auroil l'honneur de lui écrire toutes les semainessurles affaires qui regardent les bénéfices, comme il fit l'année dernière; le Roi lui dit qu'il le Irouvoit très-bon .

B Malgré ces bons traitements, le public est persuadé que

^ le Roi <»t (orL occupé du désïf dti ne mellre que de lions sujets dans Les hé- Délires. M. de Mi;re[)oix me contoit encore ce qui lui arriva par rapporl à M. de Meuse,

.M. J«Meuse,co[i]tnejeraidéju marqué, e«l le courtisan duBoileptus assidu et le |ilus intime; le Roi l'airaeel 1« lr»ile toujours trè^-bien. M. de MeuRC a lin (ils qoi i^'nppeloit le chevalier de Meuse et qui s'est marié , comme je l'ai marqué dans It: temps. Ce (As comme chevalier de Malle avoil un bi'nélice de 9 ou 6,000 livres de rente. Lorsqu'il se maria , M. de Meuse demanda ce bénêfiM pour un de ses oc*euï {M. Tablit! Meunier); le lloi en parla à M. de Mirepoix, qui lui répondit qu'il s'informeroit du sujet. Li' Roi lui dit qu'il ferait bien» el que si le «ujet ne convenoit pats, qu'il ne lui eu jiarlàt jamais; il faillit qinnie jours ou trois semaines pour avoir les réponses. Au bout de ce temps, M. lie AIii'ei)oi!( arriva chez te Roi pour le Iruvai!, lui dil qu'il s'étoit in- Ibrmé du ncxca de M- de Meu.<>e et (ira eu nifme temps les lettres; qu'il avoit reçues; le Hut rougit et parut embarra.'ijié , comptant que M. tie Mirepoix alloit litj prouver que le t^ujet n'ëtoit pa» convciiable , et aussilill qu'il lui eut tait voir que ks lémoignzi^es étoient f^ivorables, le visage du Roi changea; il parut à son aise-, et dnniia le bônélice. [Seconde note .du duc de Laynes, datée du 0 mai. )

ie Roi a résolu d'ôter la feuille des bénéfices à M. de Mirepoixj et Ton dit que cela sera public le lendemain du départ du Roi.

On apprit hier la mort de M. le marquis d'Auxi, père de M"" la duchesse de Fleury; il est mort dans ses terres.

L'officier qui vint ici il y a quelques jours apporter la nouvelle de la retraite de M. de S^gtir s'appelle Vidreshem; il est major du régiment Royal-Allemand; il a eu un brevet de colonel; il est venu ici avec un capitaine du régiment colonel -général-drag-ons (ju'on appelle Loblagne. Cet officier, qui est voisin des Pyrénées, a demandé à M. d'Argenson de lui obtenir du Roi la permission de lever un régiment de 600 miquelets; il demandoit que le Roi lui donnât pour tout 100 francs par homme et d'être employé dans la guerre d'Italie, et promettoit qu'en trois mois de temps , par l'usage qu'il feroit de celle troupe, elle vaudroit plus au Roi que la dépense qu'elle lui auroit coulé. M. d'Argenson lui a répondu que M. le contrôleur général ne vouloil point donner de nouveaux fonds.

Le Roi courut hier le daim ; il a tenu aujourdliui conseil de dépêches et de finances en même temps, et a réglé que ce même conseil se tiendroit tous les samedis à Paris chez M. le chancelier. Il a cependant permis que de temps en temps l'on donnât deux conseils dans une semaine, afin de donner plus de teaips libre à ceux qui composent ce conseil.

Bit mercredi 3, Versailles. — Le départ du Roi a attiré beaucoup de monde ici. 11 y a quelques jours qu'il se trouva au souper treize dames assises, dont dix avoient les grandes entrées ou les entrées de la chambre. On prétend que l'usage autrefois étoit que les dames titrées arrivoient au souper du Roi quoi(ju'il fiU commencé, et môme bien avancé, et qu'elles s'y asseyoient. M"' la maréchale de Noailles, qui se porle encore fort bien, et qui étoit dame du palais de la Reine Marie -Thérèse, dit

quelle n'en usoil jamais autrement, ^larce qu'elle trouvoil le souper trop long. J'ai vu plusieurs fois le souper du feu Roi, et je n'ai jamais vu aucuue daine titrée y arriver quand il était commencé. Les dames, debout, se trouvoient au commencement du souper, y deraeuroreni quelque temps, et ne s'en alloienl pas comme elles font aujourd'hui ; elles alloient s'asseoir dans la pièce qu'on appelle roeil-de-bœuf, revenoient à la tin du souper, et suivoicntlo Roi dans sa chambre, où elles lui faisoient la révérence. L'usage étoit alors que les dames titrées prcnoient leur tabouret au souper; elles se niettoien tau prés du siège qui leur étoit destiné, et se tenoient debout jusqu'à ce que le Koi dit : « Madame, asseyez-vous. » M""" la duchesse d'Antin (Montmorency), qui n'a été mariée que longtemps après la mort du feu Roi, m'a dit aujourd'hui que lorsqu'elle prit son tabouret, e'étoit au grand couvert dans la pièce avant l'œil-de-bœuf, et que le Roi lui dit: «Madame, asseyez-vous. » Cet usage ne s'observe plus; les tabourets se prennent dai.s le cabinet du Roi. M™* d'Antin m'a dit encore que la Reine soupant dans sa chambre au petit couvert avec le Roi, elle n'avoit osé entrer parce que le souper étoit commencé, et que la Reine lui a voit dit qu'elle avoit tort. Je ne sais pas si l'usage étoit que les dames titrées entrassent le souper commencé ; mais en tous cas ii ne subsiste plus.

M™* la Dauphine a envoyé aujourd'hui à cinq heures Bavoir si elle pouvoit voir le Roi chez lui- Le Roi a envoyé aussitôt avertir M. de Béthune de se rendre chez lui avec quelques ofiiciers des gardes. Il est sorti pour aller chez W"" la Dauphine; il est entré dans son cabinet avec M. le Dauphin et M'""^ la Dauphine, et y est resté environ cinq quarts d'heure.

Du jeudi Qf Versailles, — Le Roi soupa hier au grand couvert, et passa dans la chambre de la Reine après le souper, comme à son ordinaire. L'ambassadeur d'Espagne lui demanda ses ordres sur quelque affaice; et' ayant ii

les prendre encore aujourd'hui, il lui demanda à quelle hetire il partiroit. Le Roi lui dit que ce seroil à six heures, sept heures ou huit heures. Après un pelit quart d'heure de conversation générale, le Roi s^en alla sans dire adieu à la Reine, et de même que les autres j ou r-s. La Reine a été ce matin chez lui comme à lordinaire, et n'y est restée qu^un moment. M"" la Dauphine avoit averti ses dames pour aujourd'hui cinq heures du matin ; elle s'est trouvée ce matin dans une si t^rande affliction qu'elle n'a jamais pu aller chez le Roi. Ses dames sont allées à la messe du Roi, et elle est restée dans son appartement. Mesdames ont été au lever du Roi ; elles éloient aussi dans une fjrande afllictiou , comme on peut le juger. La Reine a attendu M, le Dauphin ; lorsqu'il a passé pour aller chez le Roi, elle étoit à la porte du petit passage qui va chez elle ; elle Ta rappelé, elle Ta embrassé vingl fois, fondant en larmes (1), Le Roi a été à la messe un peu avant sept heures (2), est rentré chez lui, où il n'a été qu'un moment, et est parti à sept heures un quart. Dans son carrosse étoit, comme je l'ai déjà dit^ >L le Dauphin, M\ d-Ayen et M. le Premier ; dans le second carrosse, M, de Meuse, M. de Richelieu, M. de Saint-Herem et M. de Montaigu. Il y a vingt-deux gardes qui courent avec le Roi et M. le Dauphin et trois officiers. Il n'y a que le Roi qui va avec des relais jusqu'à Compiègne; toute sa suite prend la poste ; de li\ il ira en poste . Les trois officiers no vont à clieval qu e jusqu'à Louvres, où ils sont relayés par trois autres, ils montent en chaise àLouvres, et vont cou-

(I) 1,1 Reine dit à M. le Daopliin en l'embrassant ; •> Dans quatre jloiira vous ne songerez pJus à moi. " M. le Daupliin Lui répondit avec amilie : « Maman, serois-jc dans Vatllktion oii vous me voyez de vous quitter, rî j'étois cajjable de tous oublier? >• J'ai entendu conter par la Reine cette réponse de M. le Daupliin. {Noie du duc de Lvynes.)

(ï) l^e Roi ne s'est conclié telle nuit <iu'à trois lienreset demie. Il avoiU'air fort si'îijeux ra malin; il a dit un mot torl court à M. d'Argftnson l'aîné , mais hwa. iiela )1 n'a pa» dit un mot à personne , ni à ses miiiislres , ni à aucun di-â coitrtiRaiis. (Noie du duc de Lvtjnu.)

er tl moitié chemin de Compi^gne à Douay. Ceux qui ont mené le Roi à Corapii''gue mèneront encore demain jjusqu*à moitié chemin de Douay. Le Roi a fait lui-même t arrangement, pour la commodité des officiers de ses gaxdes.

Le Roi travailla hier avec M. de Saint-Florentin , et 4onna dans ce travail le gouvernement du pays du Maine à M. le duc de Bouteville. Ce gouvernement, qui vaut à ce que Ton dit 12 ou 15,000 livres de rente, étoit vacant par la mort de M. de Fervaques; il y a 200,000 livres de brevet de retenue à payer. Le fils de M, de Bouteville a épousé, comme je Tai marqué, latiile aînée de M. deFervaques. On croit que ce brevet de retenue pourroit bien occasionner un procès entre le père et le fils.

Du samedi 8, Versailles, — Les ministres étrangers qui suivent le Roi cette campagne se rendront à Camhray. Cette ville leur a été donnée pour leur séjour cette année, comme Arras Tannée passée, et M. de Verneuil les en a avertis de la part du Roi. Les ambassadeurs d'Espagne et de Naples demeureront au quartier du Roi. Dans le premier arrangement, où le Roi devoit prendre son quartier à Saint-Maur, où l'on croyoit qu'il seroit obligé de camper, M. de Verneuil les avoit avertis de faire porter des tentes et qu'il leur feroit marquer des places pour les mettre.

Il y a deux maîtres des requêtes qui vont cette année à la suite du Roi; l'un est M. de Beaumont et l'autre M. de Blair de Boismon. On m'a dit que l'usage étoit autrefois que deux maîtres des ' requêtes suivissent partout. Cet usage avoit été interrompu, JL d'Argenson le cadet a proposé de le rétablir cette année, d'autant plus que c'est un moyen de former deux jeunes gens à des détails dont ils peuvent être souvent chargés lorsqu'ils sont nommés à des intendances. M. de Beaumont est neveu de M. de Séchelles, et travaillera sous lui. M. de Blair de Boismon travaillera sous M- d'Argenson.

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