Lettbe d'un officier de l'abméb du maréchal
de Maillebois.
Au cainpdeFortti, pris Nuremberg, 9 septembre 1743.
Notre première division de M. le maréchal de Maillebois est arrivée hier ici; il séjourne aujourd'hui et demain, et peut-être quelques jours
de plus pour attendre les autres divisions. La seconde arrive demain. Deux brigades de cavalerie et dix compagnies de grenadiers de la dite division sont arrivés aujourd'hui; et notre détachement, de pareil nombre de grenadiers et de 1,400 dragons, qui a déjà marché en avant, est parti ce matin pour prendre la route d'Amberg et assurer nos fourrages. Nous avons outre cela plusieurs détachements sur la droite et la gauche qui fouillent les villages et les bois, et couvrent notre marche. M. le Maréchal a reçu ce matin un courrier de Dresde ; ce qui confirme de plus en plus l'opinion où Ton est que le roi se déclarera en notre faveur. On croit que nous ne passerons pas en Bohême par Égra, et que nous prendrons notre route par Pilsen, y ayant cinq autres passages sur la droite d'Égra. On avoit craint que les ennemis ne s'emparassent d'Amberg ; on y a fait quelques réparations. Les équipages de l'armée de Bohême qui étaient ici et qui se sont repliés sur nous dans notre marche, par l'alarme que lui avoient donnée les hussards, nous suivirent ; il y en avoit eu beaucoup d'égarés, qui ont presque tous rejoint bu ont été ramenés par les paysans après les avoir, volés. Nous ne sommes ici qu'à une bonne lieue de Nuremberg ; cette ville, qui est libre et impériale, parott très-affectionnée pour la maison d'Autriche ; elle a reçu les hussards de la reine de Hongrie, auxquels les habitants ont enseigné les logements de quelques officiers francois de l'armée de Bohême, qui ont été obligés de rester dans leurs logements pour n'être pas insultés par ces coquins ; ils en sont arrivés ce matin et en ont informé M. le Maréchal. Cette ville dans une autre circonstance mériteroit une correction. Hier, sept hussards autrichiens, armés et montés, se rendirent à trois ou quatre dragons sans armes, à un village à portée d'ici et se déclarèrent déserteurs; on les a amenés à M. le Maréchal ; leurs chevaux sont fort maigres, et ils étoient de ceux qui ont donné la chasse aux équipages de l'armée de Bohême.
Depuis ma lettre écrite, j'ai ouï la lecture de celle de M. de Belle- Isle; elle porte une relation des avantages remportés depuis le 22 jusqu'au 29. 11 fait monter la perte des ennemis dans les diférentes sorties à 7 ou 8,000 hommes, 12 pièces de canon emmenées dans la place, un plus grand nombre encloués et 4 mortiers encloués, au point que le princeCharles, qui retire ses équipages, a demandé à entrer en négociation, et pour préliminaire il offre d'évacuer la Bavière en évacuant la Bohême. Sur quoi nos maréchaux lui ont fait réponse que ce n'étoit plus le temps de faire des propositions, qu'elles seraient moins écoutées que jamais, présentement que le maréchal de Maillebois arrive à la tête de 50,000 hommes.
11 est arrivé ce soir un second courrier, qui porte la même nouvelle ; sur quoi M. le Ma/échal en a dépéché un à la Cour.
APPENDICK