Lettre de M. de Pdysieux
A Stadt-Am-IIof, 6 novembre 1742.
L'armée arriva hier ici. Trois brigades d'infanterie et dix escadrons de dragons aux ordres de M. de Balincourt partiront dans doux ou trois jours pour se porter par la rive droite du Danube à Braunau sur la rivière d'Inu, où M. de Seckendorf , maître du reste de la Bavière, s'est retranché pour être en état d'y tenir ou de se défendre contre M. de Bernklau, retranché aussi à Scharding et dont le corps d'armée se fortifie journellement. L'on dit que l'armée du Roi suivra ce détachement aussitôt que nos ponts, qui sont à lngolstadt, seront descendus; et en attendant on en fait construire un de radeaux à Donaustauf pour y faire passer les troupes de M. de Balincourt, M. de Seckendorf demandant ce secours avec beaucoup d'empressement pour attaquer Scharding, ce qui pourra réussir si M. le prince Charles , dont l'armée
étoit avant-hier à Cham, et qui a poussé une tête à Werth, ne trouve pas le moyen de passer le Danube entre Deckendorf et Passau; car dans ce cas ils arriveront sur l'Inn avec M. de Balincourt, ce qui lui sera cependant d'autant plus difficile que les ponts de ce prince sont à Passau et que les troupes impériales occupent sur le Danube les postes de Straubing, Deckendorf, Winzer, Osterhofen, Vilshofen et autres. Tous ces postes, excepté Straubing, ne tiendront pas s'ils sont attaqués ; mais ils retarderont les opérations de l'ennemi et nous feront gagner du temps.
L'on attend dans peu de jours l'arrivée du maréchal de Broglie(l). Le maréchal de Belle-Isle, reprenant par son absence le commandement de l'armée de Bohême, va prendre de justes mesures pour remonter la cavalerie, et la Cour doit, dit-on, envoyer 30,000 hommes de milices pour recruter toutes les troupes que le Roi a en Allemagne. Elles en auroient d'autant plus de besoin qu'elles seront incessamment réduites à la moitié. L'on est persuadé que M. le prince Charles prendra le parti de regagner Passau et de défendre les bords de la rivière d'Inn, qui seront pour nous (à ce que l'on croit) le non plus ultra. Quoi qu'il en soit, il semble que nos affaires prennent une face plus riante ; mais la saison est bien avancée et les troupes bien fatiguées.
64 Lbttbb de M. de Puysibux.
A Stadt-Am-Hof, le 12 novembre 1742.
M. de Balincourt (ainsi qu'on l'a mandé la semaine dernière ) a passé le Danube à Donaustauf,surun pont volant, avec environ 10,000 hommes pour se porter en diligence à Braunau et mettre M. de Seckendorf en état de s'y soutenir et même d'agir si les circonstances le lui permettent. Depuis ce temps-là M. le prince de Conty a suivi ce corps, à deux jours de marche, avec 8 escadrons de dragons, 16 de cavalerie et ln brigade de Marsan. Hier, M. de la Mothe passa le Danube audit Donaustauf avec deux brigades d'infanterie et deux de cavalerie. Aujourd'hui M. de Maillebois a marché sur la même route avec la gendarmerie, deux brigades de cavalerie, deux de dragons et deux d'infanterie. Demain il passera encore quelques brigades , et dans deux jours )e reste de l'armée suivra. De cette façon, toutes ces différentes divisions seront à portée de se donner la main et subsisteront plus aisément. Il y a lieu de croire que celle de M. de Balincourt joindra M. de Secken-
(1 ) Le maréchal de Maillebois fat remplacé à l'armée de Bavière par le maréchal deBroglie.
dorf sans être inquiétée, n'ayant point appris jusqn'à présent que M. le prince Charles, qui a repris les postes de Deckeudorf, Nieder-Altaich, Winzcr et Ilenkerspcrg, ait fait remonter sou pout de Passau. Il paroîtroit au contraire que ce prince ( dont malheureusement nous ignorons presque toujours les mouvements et les véritables forces, ce qui fait que nous n'allons jamais qu'eu tâtonnant ) voudroit se borner à couvrir Y Autriche en gardant Schardîng et Passau, et tenant toujours cependant un pied dans la Bavière, à la rive gauche du Danube. Quant à nous, notre objet paroît être d'aller prendre des quartiers dans la basse Bavière, en portant notre droite à Braunau sur l'Inn, et notre gauche à Landau et à Landrot sur l'Iser. Il faut voir présentement si, par les manœuvres de l'ennemi , nous lui donnerons la loi ; il serait triste et dangereux de la recevoir de lui.
Par les dernières lettres de Prague, il paroissoit que M. le maréchal de Belle-Isle étoit encore fort resserré, ce qui prouveroit que M. le prince Charles, étant encore en force de ce côté-là , ne le seroit pas de celui-ci.
On fortifie ce faubourg (1) pour y établir des fours. Comme nous vivons au jour le jour, et que rien n'est préparé d'assez loin , nous sortîmes à la veille de manquer de pain ; et cela retiendra peut-être ici le reste des troupes quelques jours de plus.
L'on attend à chaque instant M. le maréchal de Broglie. Le comte de Saxe est toujours avec sa réserve à Kirn proche de Regenstauf.