LIVRE XV. — CORRESPONDANCE
ral Dorsenne lui a donné l’ordre de rester sur la communication de Valladolid à Bayonne.
« Sa Majesté pense que je ne dois en rien m’occuper du Nord, et que les Anglais ne pourraient venir jusqu’à Valladolid que pour leur perte. La vérité de cette opinion est facile à apprécier, et je n'ai jamais éprouvé la crainte qu’ils y allassent. Ce serait déjà beaucoup qu’ils osassent venir jusqu’à Salamanque; mais ce que je redoute pour le Nord, c’est la prise de Rodrigo; car, il ne faut pas se faire illusion, Rodrigo est une place des plus mauvaises de l’Europe, et qui ne doit pas tenir quinze jours si elle est attaquée avec des moyens convenables. On ne doit rien conclure de la défense qu’elle a * faite, attendu qu’il est impossible d’attaquer une place plus mal que nous ne l’avons fait, et que les Espagnols avec cinq mille hommes qui, garnissant les faubourgs, en avaient fait une seconde place. Ainsi, si Rodrigo était assiégé, il n’y aurait pas un instant à perdre pour aller à son secours, et il faut y avoir l’œil.
« J’ai fait repasser le Tage à la division du général Foy, qui était à Truxillo, attendu qu’elle ne pouvait pas rester isolée pendant le mouvement que je vais faire au col de Banos. D’ailleurs, le pays entre le Tage et la Guadiana est si malsain, que le tiers de cette division a été a l’hôpital. Le reste y serait entré de même si elle y eût passé le mois de
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septembre, et il me parait qu’avant tout, en Espagne, il faut conserver ses soldats et ses moyens. J’ai fait placer les malades et les convalescents dans les montagnes, où, par le simple changement d’air, ils se rétablissent à vue d’œil. Indépendamment de ces considérations, il est impossible à une division de vivre à Truxillo. Il faudrait au moins quinze cents chevaux pour occuper le pays et assurer la rentrée de ses subsistances, et, comme je n’ai pas deux mille cinq oents hommes à mettre en campagne, il est impossible de lui en donner quinze cents; car il faut conserver quelques hommes pour combattre. Dans tous les pays, la cavalerie a besoin d’être ménagée: mais ici, soit que cela tienne aux chaleurs, à la nourriture, ou à l’espèce de chevaux, ou à la nécessité absolue où l’on est de les charger de beaucoup de subsistances, il est impossible de se faire une idée exacte de la rapidité avec laquelle la cavalerie se fond quand elle est en mouvement. Four pouvoir tenir quinze cents chevaux sur la rive gauche du Tage, il faudrait que j’en eusse cinq à six mille et les faire relever fréquemment.
«La division Foy étant affaiblie par les maladies, un corps de troupes étant indispensable pour couvrir la vallée du Tage sur la rive droite, mes dépôts et mes malades, et conserver nia communication, elle restera à Flacencia, poussant des partis sur le col de Feralès, pendant qu’avec cinq autres divi-
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