LIVRE XV. - CORRESPONDANCE
faire marcher le corps du comte d’Krlon sur Miravete si lord Wellington rappelle le général Hill à lui. Le comte d’Erlon pourra vraisemblablement passer le Tage au pont de l’Arzobispo. Ce passage est difficile pour l’artillerie; mais je ne le crois pas impraticable. Si le corps du comte d’Erlon arrive sur la rive droite du Tage, il sera destiné à couvrir Madrid et à se porter sur le flanc de l’armée anglaise, suivant les circonstances. Jusqu’à l’arrivée de ce corps, le roi ne peut pas vous donner la cavalerie que vous demandez, puisque cette cavalerie, qui consiste en huit cents chevaux, est destinée, avec trois bataillons, à garder la vallée du Tage. Ce sont les seules troupes que le roi ait disponibles, et il ne peut pas les éloigner sans s’exposer à avoir sa capitale insultée. Le roi prescrit au général Treillard, qui commande les troupes de l’armée du Centre dans la vallée du Tage, de tâcher de correspondre avec le comte d’Erlon. 11 désire que le général Foy corresponde avec ce général aussi longtemps que le permettra la position de sa division. »
LE ROI JOSEPH AU MARÉCHAL MAR.MONT
« Madrid, le 3 juin 1812.
« Monsieur le maréchal, vous avez déjà été instruit, par M. le prince de Neufchàtel, que l’Einpe-
reur avait jugé à propos de me confier le commandement de ses armées dans la Péninsule. M. le prince de Neufchâtel, en partant pour le nord de l’Europe, me prévient, le 4 mai, que le ministre do la guerre est chargé de recevoir à Paris la correspondance des armées d’Espagne et de Portugal.
« L’Empereur est parti de Paris le 9. Au moment de son départ, Sa Majesté a chargé son ministre de la guerre de me faire connaître ses intentions.
« M. le duc de Fcltre m’écrit que l’Empereur n’avait pas cru devoir me lier par des instructions impératives; qu’en général conserver les conquêtes faites, s’occuper particulièrement du Nord, afin de maintenir les communications avec la France; attendre, dans cette attitude imposante, le moment de prendre l’offensive contre les Anglais, étaient les vues de l’Empereur et le but qu’on devait se proposer dans la conduite de la guerre en Espagne. J’ai besoin que vous mettiez autant d’empressement à me seconder que je mettrai de zèle à remplir la tâche qui m’est imposée.
« Vous devez, monsieur le duc, multiplier vos rapports avec moi, établir vos communications avec Madrid, pour qu’ils puissent me parvenir promptement, et que je puisse également vous transmettre mes ordres. 11 faut que je connaisse toujours la situation de l’armée que vous commandez, l’empla-
cernent de vos troupes, les forces et les mouvements de l’ennemi que vous avez devant vous et l’état politique des provinces que vous occupez.
« Je recevrai avec plaisir votre opinion sur ce que vous croirez convenable de faire; je la provoque même dans la persuasion où je suis que votre expérience peut m’être utile; mais, quand vous recevrez un ordre de moi, vous devrez l’exécuter sur-le-champ, sans quoi vous resterez responsable des événements.
« Vous donnerez l’ordre aux intendances de me rendre compte de l’administration des provinces, comprises dans l’étendue de votre commandement. Vous prescrirez aussi à l’ordonnateur en chef de l’armée de me rendre également compte de l’administration militaire. Ils m’adresseront d’abord un rapport sur la situation de l’administration, et ensuite ils m’enverront les mêmes rapports qu’ils font passer au ministre de la guerre à Paris.
« Veuillez, monsieur le maréchal, faire annoncer à l’armée que vous commandez, par la voie de l’ordre du jour, que l’Empereur m’a confié le com- . mandement de ses armées dans la Péninsule, et nommé le maréchal de l’Empire Jourdan chef de l’état-major général. Vous ordonnerez aux gouverneurs et commandants des provinces, places et arrondissements, d’adresser à mon état-major les rapports qu’ils étaient dans l’usage d’adresser au prince
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de Neufchâtel, et à votre chef d’état-major d’y faire passer copie de tons les ordres du jour. »