‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 77 sur 268 · LE MARÉCHAL HARMONT AU MAJOR GÉNÉRAI · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL HARMONT AU MAJOR GÉNÉRAI

« Salamanque, le 14 mai 1811.

« J’ai reçu seulement le 10 l’ordre de Sa Majesté, qui me confie le commandement de son armée de Portugal; j’ai déjà pris une connaissance générale de la situation des choses, et, malgré le désordre de l’armée, sa fatigue extrême et l’état de désorganisation où elle est, je trouverais la tâche défensive, que l’Emperêur m’a donnée, facile à remplir si l’armée n’était en totalité dépourvue de moyens de transport pour l’artillerie et pour les vivres, et dans un pays où la longue station de l’armée et les sièges de Rodrigo et d’Almeida ont détruit tous les bestiaux. Cependant Sa Majesté peut être assurée que tout ce qu’il sera humainement possible de faire sera mis à exécution, et que les intérêts de son service, dans cette circonstance importante, mes devoirs envers sa personne, le besoin de justifier l’honorable choix dont je suis l’objet, me sont beaucoup plus chers que la vie; mais

Votre Altesse me permettra d'exposer ici mes besoins, fondés sur la situation des choses, et de réclamer les secours qui sont éminemment nécessaires. De quatre mille deux cents chevaux qui composaient l'équipage de l’artillerie de l’armée il y a un an, quatorze cents restent aujourd'hui, et, de ce nombre, quatre cents seulement peuvent être attelés, quatre ou cinq cents pourront l'être dans quelque temps, le reste n’existera plus dans quinze jours. A’otre Altesse jugera quel est mon embarras pour rendre l’armée mobile, car enfin il faut des canons et des cartouches à sa suite. Le duc d’Istrie m’a donné cent chevaux de l’artillerie de la garde, et j’apprécie ce secours; mais j’ose supplier Sa Majesté de m’en faire accorder un plus grand nombre. Les chevaux de l’artillerie de la garde sont très-près d’ici et pourraient nous être donnés, tandis que d’autres, venant de France, les remplaceraient.

« L’équipage de l’artillerie de l’armée, pour une bonne défensive, devrait être porté à deux mille chevaux ou mulets.

« 11 est impossible, de môme, de se mouvoir dans un pays que la guerre a dévasté, que de nombreuses bandes parcourent sans cesse, où les réquisitions des moyens de transport sont, par cette raison, extrêmement difficiles à effectuer, enfin sans moyen de transports réguliers. Y renoncer serait rendre toujours plus grands des désordres qui peuvent avoir

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