‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 89 sur 268 · LIVRE XV. — CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — CORRESPONDANCE

« Je suis d’aulant plus sensible à la démarche que vous avez faite, qu’elle est la première communication directe que j’aie eue de l’armée de Portugal depuis qu’elle existe, et que j’y reconnais la détermination prononcée de concourir, avec tous les moyens dont vous pouvez disposer, aux succès des armes de Sa Majesté l’Empereur, quel que soit le théâtre. Ainsi je ne crains pas de trop hasarder en vous proposant de ne laisser qu’une garnison suffisante à Ciudad-Rodrigoet démarcher avec toute votre année sur la Guadiana, dans la direction de Merida ou de Badajoz. Dans les premiers jours de juin, je me porterai moi-même sur Merida, où je compte rallier les troupes que le général Drouet conduit à l’armée du Midi, avoir des nouvelles de votre marche, et opérer notre jonction. Lorsque nous serons réunis, nous conviendrons des mouvements ultérieurs qui devront être faits, dont l’objet sera de livrer bataille aux ennemis et de sauver Badajoz. Il n’y a pas un instant à perdre pour obtenir ce dernier résultat.

« Je ne pense pas que vous puissiez rien compromettre en laissant pendant quelque temps Ciudad- Rodrigo livré à ses propres forces, d’autant plus que M. le maréchal duc d’Istrie sera sans doute disposé à former un corps pour contenir les détachements que le général ennemi pourra engager dans cette direction, et que, d’ailleurs, il est vraisemblable

qu’aussitûl que les ennemis auront connaissance de votre mouvement ils s’empresseront de porter leurs forces vers le Midi; mais vous pouvez les prévenir parla rapidité de votre marche, et la place de Badajoz peut être dégagée par la seule impulsion de votre mouvement avant que lord Wellington ait pu joindre, sur la rive gauche de la Guadiana, le général Beresford. Alors les succès de la campagne sont assurés, quelles que soient les dispositions et les forces des ennemis.

« J’ai envoyé ordre au général Drouet de presser sa marche et de se diriger sur Medellin dans le cas où il ne pourrait pas arriver à Merida (ce qui ne me parait pas vraisemblable). Si, par événement, ce général se trouvait encore en arrière, je vous serai très-obligé, monsieur le maréchal, de lui enjoindre de la manière la plus formelle de se conformer aux dispositions que je viens d’énoncer.

Le 16 de ce mois, j’ai livré bataille aux ennemis à la Albuhera. Cette affaire serait pour nous d’un grand avantage; nous pourrions même la considérer comme une victoire signalée 1 si Badajoz, qui en était le but, eût été dégagé; mais je n’ai pu y

1 Excellente plaisanterie, que de représenter comme une vic toire signalée une bataille offensive dont le but, celui de bloquer une place, n'a pu être atteint ! Sublime inspiration qui s’est renouvelée depuis, quand le maréchal duc de Dalmatie a essayé de faire passer aussi pour une victoire la bataille défensive de Toulouse, où il a été chassé d'une position qui semblait et aurait dù être inexpugnable!

( Le dcc de Ragdse.)

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