LIVRE XV. — CORRESPONDANCE
pont. J'établirai mon quartier général aux environs de Navalmoral, et je me trouverai ainsi en mesure de me porter également, soit sur Rodrigo, soit sur Badajoz. Les troupes, cantonnées dans ces pays sains, passeront ainsi l’époque des grandes chaleurs.
« Mon intention est de mettre à profit ce temps de repos pour réorganiser complètement l’armée et la mettre le mieux possible en état d’exécuter les ordres de Sa Majesté, rétablir une bonne discipline, former des magasins sans lesquels il est impossible ici de faire aucune espèce de bonne opération; enfin, tout en faisant reposer les troupes qui en ont un extrême besoin, les faire exercer et les mettre à même de rentrer en campagne avec tous leurs avantages.
« Lorsque l’armée de Portugal aura passé ainsi six semaines ou deux mois, et aura reçu quelques recrues et les chevaux de cavalerie, d’artillerie et d'équipages qui lui manquent, et si son bon esprit est soutenu par quelques récompenses, il n’y a rien que Sa Majesté ne puisse exiger d’elle et qu elle ne puisse exécuter
«Telssont, monseigneur, mes projets, del executiou desquels je vais m’occuper ; mais, pour le faire avec fruit, il est nécessaire que Sa Majesté fasse connaître quelles sont les ressources qu’elle attribue à l’entretien de l’armée de Portugal. Il est in-
dispensable, ou qu’il soit fait des fonds réguliers et fixes pour faire face à toutes les dépenses de l'administration, ou qu’on détermine le territoire dont les produits lui seront affectés et le mode d’après lequel il en sera disposé. Il est impossible de continuer, sans les inconvénients les plus graves, à vivre, comme on l’a fait jusqu'ici, de réquisitions. Ce système, qui laisse un arbitraire immense et qui est.subversif de tout ordre, est tout à fait impraticable à la longue, lorsqu’une armée est stationnaire; car, comme les réquisitions nécessitent toujours l’emploi de la force, elles ne peuvent se faire qu’à une petite distance, et alors la totalité des ressources d’un pays est bientôt épuisée. Il en résulte une impossibilité absolue de vivre, à moins d’une dispersion totale de l’armée, et l’armée n’est plus en étal d’agir. Indépendamment de cela, ce système, faisant naître beaucoup de désordres, entraîne presque toujours une double consommation. C’est par suite de ce système que les provinces de Salamanque et de l’Estramadure sont ravagées et que les deux tiers de ces pays sont incultes. Si, au contraire, on paye tout, on a sans violence et sam l’emploi de la force des moyens de subsistance suffisants, et l’Empereur n’v perd rien puisqu'on peut établir des impôts en conséquence; car, en supposant que la charge fût trop forte, elle serait au moins plus supportable, puisque tout le monde