LIVRE XII
ment et matière à combinaisons. Je fixe à ce nombre les conditions du commandement proprement dit, et je classerais ainsi les différentes fonctions d’un général suivant le nombre des soldats qu’il a sous ses ordres. Avec douze mille hommes, on se bat; avec trente mille, on commande; et avec les grandes armées on dirige. Quand les armées dépassent certaines bornes, le général en chef n’est plus qu’une providence qui intervient pour parer à un grand accident; son action se fait sentir seulement d’une manière générale; elle ne devient immédiate que dans une circonstance décisive, imprévue et irréparable, où il doit changer de rôle et redevenir soldat.
Davoust avait la police de l’île de Lobau; son caractère se montra, dans cette circonstance, avec toute sa sévérité sauvage. Il avait défendu aux habitants du pays, sous peine d’être pendus, de pénétrer dans nos camps, et souvent cet ordre a été exécuté à la rigueur. Un de mes domestiques ragusais, resté au pont avec ma voiture, lui parut suspect : il aurait été expédié, malgré ses représentations, si un de mes officiers ne s’était pas trouvé là pour le réclamer.
Me voilà donc rendu à la grande famille militaire, au milieu de ce mouvement gigantesque où les destinées du monde se décident, et où l’objet de tous mes vœux était de figurer.
Toutes les troupes étaient réunies dans l'île de Lobau ; elles n’étaient séparées du terrain occupé par renneini que par un bras du fleuve extrêmement étroit. Diverses sinuosités formaient des points de passage plus ou moins favorables. Le meilleur de tous est à la tête de l’ile, au point où elle divise le cours du fleuve. C’était là que le passage, en mai, s’était effectué. De ce côté, les villages de Gross-Aspern et d’Essling, où l’on combattit si vivement les 21 et 22 mai, une fois occupés, donnaient l’avantage de couvrir 1e passage et d’assurer les moyens de déboucher. Cette fois, on en choisit un nouveau et on se contenta de tout préparer pour faire des ponts à l’ancien, afin d’ouvrir cette seconde communication aussitôt après avoir exécuté le passage de vive force et dès que l’ennemi aurait été éloigné.
En se rapprochant du Danube, et à l’endroit où il va rentrer dans le lit principal, le même bras présente un autre point de passage assez facile. En occupant les points saillants par des batteries de gros calibre, en occupant aussi une ou deux autres petites îles inférieures, on prenait des revers sur toute la campagne et, par conséquent, on pouvait donner une protection efficace aux troupes qui passeraient les premières. On choisit cet endroit, et on établit de fortes batteries à embrasures sur tous les points avantageux.