LIVRE XIII. - CORRESPONDANCE
famille, et sur lesquels assurément rien n’est oublié, montent à cinq cent quatre-vingt- si.\ florins, et, comme la discipline des troupes que je comtnande est un de mes premiers soins, et qu’elles ont à juste titre laissé partout une belle réputation à cet égard, il est probable que ce dernier désordre n’aurait pas eu lieu si ce régiment n’eût pas été sans solde depuis le commencement de l’année et s’il ne lui eût pas été dû alors plus de cent quatrevingt mille francs pour 1810, malgré mes plaintes continuelles à M. d’.Xuchy, qui pendant cinq mois n’a pas envoyé un sol aux troupes en Dalmatie, tandis qu’il gorgeait d’argent ceux des fournisseurs qui lui faisaient la cour et par de grands titres flattaient sa vanité.
« Votre lettre, monsieur le duc, an nonce des plaintes pour d’autres exactions. Je désirerais les connaître, afin de pouvoir y répondre.
« Tel est l’exposé sincère des faits. Sa Majesté' |K)urra juger si ceux qui portent ces accusations près d’elle ont plus en vue le bien de son service que de me faire perdre ses bonnes grâces; elle pouria ’ , juger avec quelle perfidie on a exagéré des torts qui étaient déjà réprimés, et combien sont mensongères les conséquences qu’on en tire, puisque la malveillance n’a pu découvrir aucun fait impuni. Elle pourra juger enfin si j’ai fait re que j’ai pu pour son service lorsqu’elle saura <jur le peu de
liien qui a été fait ici m’appartient ou par moiiiu'me ou par mes poursuites incessantes auprès de. l'intendant général pour l’obtenir lorsque son cou— ceurs était nécessaire pour atteindre ce but; que c'est moi qui ai rédigé plus des trois quarts des arrêtés qui consacrent ces dispositions; que les routes, qui étaient infestées de plusieurs centaines do brigands, commencent à être sûres, quoique je ii'aie pas de gendarmerie, et qu’elles le seront, dans peu, plus qu’à aucune époque elles ne l’ont été; que. j'ai fait former partout de bons hôpitaux, de bons établissements pour les troupes, où elles sont aussi bien (pie dans les meilleures villes de France; que les dispositions que j’ai prises pour l’assiette des logements dans toute l’Ilhrie, en soulageant les habitants, leur assurent le payement de ce qui leuiest dû; lorsqu’elle se rappellera que j’ai fait rentrer vingt-cinq mille habitants dans la jouissance des biens dont ils avaient été expulsés, et assurer pour toujours le repos de la frontière; que je suis parvenu, par mes soins, à animer du meilleur esprit les Croates militaires, malgré les intrigues des Autrichiens; que j’ai fait garnir toute la côte d’Istrie de batteries, organisé sur cette côte deux mille hommes de gardes nationales habillés, qui rivalisent de zèle et d’instruction avec les troupes de ligne, et les rendront bientôt superflues dans cette partie; que pareil établissement est commencé en
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Dalmatie, à Raguse et à Callaro, et sera couronné des mêmes succès aussitôt que j’aurai des armes à leur donner, etc.
« Quoique je ne me dissimule pas combien il reste à faire, je pourrais cependant encore ajouter le détail de beaucoup de choses utiles faites ou commencées; mais je craindrais de fatiguer Votre Excellence. Cet exposé fera d’ailleurs partie du rapport général que je vous dois.
« Je me bornerai donc à vous assurer que je n’ai négligé aucuns moyens pour faire aimer le gouvernement de l’Empereur, ce que je regarde comme mon premier devoir; que jamais habitant n’a demandé une chose juste, et qui fût en mou pouvoir, qu'il n'ait été satisfait sur-le-champ; et, si je n’ai pas obtenu encore d’aussi grands résultats que je l’aurais désiré, c’est que les circonstances sont difficiles, que le bien vient lentement, et que je n’ai trouvé en M. d’Aueby qu’obstacle et difficulté, loreque j’avais lieu de m’en promettre aide et secoui's; mais certes il^n’y a que les passions les plus aveugles et les plus haineuses qui puissent présenter le tableau qui a été mis sous les yeux de Sa •Majesté.
« L’Empereur aura des serviteurs plus capable.s <|ue moi; il n’en aura jamais qui soient plus fidèles, plus zélés, et qui aient des intentions plus pures; car je n’ai de passions que celle de mes devoirs en-
MÉMOinES DU DUC DE RAGUSE.
UTs lui et du bien public. Mais, j’ose le dire ici, l’alimenl dont ce zèle a besoin, et dont il ne saurait se passer, c’est l’estime de Sa Majesté, l’idée qu’elle apprécie mes efforts, et que les insinuations calomnieuses que l’envie et la haine ont déjà si souvent dirigées contre moi sont sans effet près d'elle. »