LIVRE XVIII. - mis. S
Tarente quitta la position de Hohenkirchen pour repasser la Sprée. Le (î, il était à Gordau, n’ayaiil plus que des avant-postes sur la Sprée. Enfin, le 12, le duc de Tarente se replia sur Bischofswerda, et le huitième corps vint de Neustadt à Stolpen. Le rapprochement de notre armée de Silésie à une petite marche de Dresde, sans avoir livré un seul comoat, opéré en même temps que la perte de la bataille de Dennewitz, favorisait la réunion des trois armées qui nous entouraient. Elles pouvaient alors, à volonté, agir d’une manière simultanée.
Je restai à Dresde jusqu’au 12 inclus. Fendant mon séjour, je vis beaucoup Napoléon. Dans la nuit du 12 au 15, je passai au moins trois heures avec lui à causer de la campagne. Il se livrait volontiers, avec moi, à la discussion de ses projets, et à l’examen des événements écoulés. Il n’était pas tranquille sur son issue, quoiqu’il affectât de la confiance. Il se plaignait de ses lieutenants, et il avait raison; mais pourquoi avait-il séparé ses forces, et disposé son plan de campagne de manière à rendre indispensable de confier de grands commandements à une grande distance de lui, à des hommes incapables de les exercer? Et puis, n’avait-il pas eu d’autres choix à faire? Saint-Cyr, un des premiers généraux de l’Europe, pour la guerre défensive, n’était-il pas merveilleusement propre à comman-
lier l'armée de Silésie, destinée à couvrir, par sa position, les autres armées, et ù garder seulement le terrain qu’elle occupait? Il n'était pas ancien maréchal, il est vrai; mais, puisqu’il avait laissé à Macdonald des corps commandés seulement par des olTiciers généraux, il pouvait en faire autant pour Saint-Cyr, et, dès lors, il n’y avait plus de difficultés. Si les inconvénients du plan de campagne vicieux et les mauvais choix avaient amené tous les maux actuels, quel était le coupable? Je lui exprimai cette pensée avec modération et réserve; mais il n’était pas au bout de ses erreur et au moment de réparer ses fautes. Il me dit que, probablement, la guerre allait changer de théâtre, et serait forcément portée plus en arrière ; que les ennemis tenteraient sans doute le passage de l’Elbe avec les deux armées de Silésie et du Nord réunies; qu’alors il devait manœuvrer de manière à empêcher leur jonction avec la grande armée; qu’il devenait indispensable de nettoyer ces pays des corps qui les parcouraient, et menaçaient nos établissements et nos communications, et que je commencerais le mouvement. Enfin, quand je le quittai, il me dit ces propres paroles : «L’échiquier est bien embrouillé; il n’y a que moi qui puisse s’y reconnaître. » Hélas! c’est lui-même qui s’est perdu dans ce labyrinthe!