‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 67 sur 166 · LIVRE XVII. - i8!î · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. - i8!î

le premier ennemi qui serait à sa portée. Une fois le premier succès obtenu, les autres seraient faciles. En plaint ses troupes aussi rapprochées les unes des autres, Napoléon se trouvait pour ainsi dire partout à la fois et pouvait facilement, presque sous ses yeux, combiner leurs mouvements;

2' Se décider à une offensive en Bohême immédiatement. Les troupes placées sur le Bober et celles en avant de Torgau auraient couvert son mouvement en partant de Dresde et débouchant par Peterswald. Ces troupes se seraient rapprochées de lui en se tenant sur la défensive, et ensuite auraient fini par le rejoindre, celles du Bober en entrant en Bohême par Zittau; et les autres, après avoir laissé trente mille hommes pour la défense de l’Elbe, auraient probablement pu suivre cette offensive. Alors, continuant son mouvement, il aurait traversé la Bohême, porté la guerre en Moravie et marché sur Vienne. U couvrait ainsi la confédération du Rhin et s’assurait de sa fidélité. 11 ralliait l’armée bavaroise, prenait sa ligne d’opération sur Strasbourg, et, plus tard, il faisait sa jonction à Vienne avec l’armée d’Italie, dont le point de départ était les bords de la Save, et se trouvait ainsi très-rapproché.

Au lieu de cela, l’Empereur organisa la masse de ses troupes en trois armées véritables. La passion

le portait à agir le plus promptement sur la Prusse, n voulait que les premiers coups de canon fussent tirés sur Berlin, et qu’une vengeance éclatante et terrible suivit immédiatement le renouvellement des hostilités. Alors il fallait une armée qui marchât sur Berlin, et une autre en Silésie pour couvrir la première. 11 fallait enfin une troisième armée en avant de Dresde, pour empêcher la grande armée ennemie de déboucher de la Bohême. Par ce système, l’offensive était donnée aux corps qui, dans mon opinion, auraient dû rester sur la défensive, et la défensive était réservée à ceux dont le rôle aurait dû être offensif. La question me paraissait ainsi renversée. Après avoir combattu ce projet par tous les raisonnements les plus propres pour ramener l'Kmpereur à mon opinion, je terminais par cette phrase :

« Par la division de ses forces, par la création de trois armées distinctes et séparées par de grandes distances. Votre Majesté renonce encore aux avantages que sa présence sur le champ de bataille lui assure, et je crains bien que, le jour où elle aura remporté une victoire et cru gagner une bataille décisive, elle n’apprenne qu’elle en a perdu deux. »

Je fus malheureusement prophète. Ce fut précisément ce qui arriva. Pendant la victoire de Dresde, nous étions battus à la fois en Silésie, sur la Katz-

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