‹ Memoires du Duc de RovigoChapitre 47 sur 61 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

Lettre de M. de TaUeyrand à M. de Dalberg.

Pari», le 20 novembre 1823.

Je viens de recevoir vo- ,

tre lettre du 1 3 novembre, mon cher Duc ; elle est

excellente. Je l’ai lue à Voilà qui est vite déciplusieurs personnes de der la question. On dit différentes opinions : on que quand Satan fut deest d’accord. On la trouve venu vieux , il se fit ersansréplique. J’ai été tenté mite pour absoudre ses de la fai réimprimer; mais confrères : reste à savoir plus de réflexions m’ont si l’absolution fut efficace, conduit à penser qu’il y aurait peut-être une autre marche à suivre. 11 ne faut pas mettre trop d’importance à l’attaque du duc

de Rovigo. Le public en Le public , dites-vous ? a fait justice, et justice Quel public? C’est sans complète; vous verrez que doute celui de certains tout le monde a été indi- salons , car le véritable gné de toute la bassesse public , celui qui est à que renferment les atroces l’abri des intrigues et des calomnies du duc de Ro- coteries , dont , par cela vigo. Le jugement est même, le jugement est porté ; on ne veut plus de sans appel , pense qu’il y cette affaire. a de la bassesse à trafiquer

de l’indépendance de son pays , mais qu’il n’y en a jamais à démasquer un

traître ou à déchirer le voile de l’hypocrisie.

Je n’ai , quant à moi , rien à publier, et je ne

publierai rien. J’ai écrit Je le crois. Que pourau roi une lettre ; c’est riez-vous dire qui ne vous tout ce qu’il y a eu et tout accusât plus encore que ce qu’il y aura de moi dans ne le fait votre silence? cetteinfàmeafl’aire. Adieu. Vous vous plaignez; êtes- J’espère vous revoir sous vous fondé à le faire ? peu de jours. Mille ami- Après avoir suscité tous tiés. les grands désordres de

l’état, causé la dévastation de la fortune publique, vous en êtes réduit à accuser votre propre ouvrage , pour tâcher de conserver quelque crédit près de vos Anciens amis; mais ce crédit-là même passera , et il ne vous restera que la prétention de fixer le ridicule et de mettre le vice en crédit.

/V. B. Je demanderai au lecteur si cette lettre ne fait pas soupçonner que celle du duc de Dalberg a été concertée entre les deux correspondans.

J’ai été tenté de la faire imprimer, ditM. deTalleyrand , et vite M. do Palberg imprime. Celte manoeuvre, de faire agir un autre et d e tout avance p

sous son nom , sans paraître, afin de conserver ses manœuvres indépendantes ; la confiance où il parait être qu’il a réussi à faire disparaître toutes les pièces de cette affaire, sécurité qui pourrait bien être troublée , tout cela est conforme au caractère connu de M. de Talleyrand , et toul-à-fait d’accord avec ses antécédens.

Frapper dans l’ombre, et se tenir à l’écart; mettre les autres en avant, et se conserver la facilité de recueillir le fruit de leurs menées, ou de les désavouer, selon la circonstance , c’est ce que bien des gens ont appelé du talent , sans réfléchir que l’histoire pourrait bien un jour le qualifier autrement.

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