‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 100 sur 352 · NOVION, PREMIER PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

NOVION, PREMIER PRÉSIDENT

avoit conclu en plein contre M. de Luxembourg. Ce fut aussi où il arrêta son affaire, eut son érection nouvelle, et attendit sa belle. Il crut Tavoir trouvée quelques années après : Novion, premier président, étoit Potier comme le duc de Gesvres; Tifitérôt de son cousin, qu'on a vu dans la généalogie ci-dessus, Tavoit mis dans celui de M. de Luxembourg ; Ils crurent pouvoir profiter de Fétat, prêt à être jugé, où le procès en étoit demeuré, et résolurent de l'étrangler à Timproviste ; et peut-être en seroient-ils venus à bout sans le plus grand hasard du monde. A une audience ouvrante de sept heures du matin, destinée à rendre une sommaire justice au peuple, aux artisans et aux petites affaires qui n'ont qu'un mot, l'intendant de mon père et celui de M. la Rochefoucauld, qui se trouvèrent là sans penser à rien moins qu'à ce procès de préséance, en entendirent appeler la cause, et tout aussitôt un avocat parler pour M. de Luxembourg. Us s'écrièrent, s'opposèrent, représentèrent l'excès d'une telle surprise, et en arrêtèrent si bien le coup que, manqué par là, et les mesures rompues parce singulier contre-temps, M. de Luxembourg demeura court, et laissa de nouveau dormir son affaire jusqu'au temps dont il s'agit ici.

Ce M. de Novion fut surpris en quantité d'iniquités criantes et souvent à prononcer à l'audience, à l'étonnement des deux côtés. Chacun croyoit que l'autre avoit fait î'arrôt, et ne le pouvoit comprendre, tant qu'à la fin ils se parlèrent au sortir de l'audience, et découvrirent que ces arrêts étoient du seul premier président. Il en fit tant que le Roi résolut enfin de le chasser. Novion tint ferme, en homme qui a toute honte bue, et qui se prend à la forme, qui rendoit son expulsion difficile; mais on le menaça enfin de tout ce qu'il méritoit ; on lui montra une charge de président à mortier po;ur son petit-fils, car son fils étoit mort de bonne heure, et il prit enfin son parti de se retirer. Harlay, procureur général, lui succéda, et la Briffe, simple maître des requêtes, mais d'une brillante réputation, passa à l'importante charge de procureur général.

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