OPPOSANTS A M. DE LUXEMBOURG
toute rigueur l'expression de renouveler n'emportoit point le rang de l'ancienne érection, puisqu'en effet un ancien duché-pairie, autrefois érigé pour une maison, et depuis érigé pour une autre, n'étoit à l'égard de cette terre qu'un véritable renouvellement. Telles furent les raisons fondamentales de part et d'autre, sur lesquelles on comprend que les avocats trouvèrent de quoi exercer leur éloquence d'une part, leurs subtilités de l'autre ; mais ce qui vient d'être exposé suffit pour expliquer toute la matière en gros sur laquelle roula tout ce procès.
Disons maintenant un mot des opposants, desquels il faut ôter MM. de Chevreuse et de Bouillon, parles raisons qui en ont été rapportées. M. d'Elbœuf ne fit que nombre, et ne se mêla jamais de rien, sinon de demeurer uni aux autres. M. de Ventadour parut quelquefois aux assemblées, fit à peu près ce qu'on désira de lui, mais, au payement près, il ne menoit pas une vie à le mettre en œuvre. M. de Vendôme se présenta, et fit bien, mais à sa manière, et ne pouvant se contraindre à rien. M. de Lesdiguières étoit un enfant, et sa mère une espèce de fée, sur qui son cousin de Villeroy avoit tout crédit : ainsi ce fut beaucoup pour elle que de laisser le nom de son fils, dont elle étoit tutrice , parmi ceux des opposants. M. de Brissac, obscur, ruiné, et d'une vie étrange, ne sortoit glus de son château de Brissac, et ne fit que laisser son nom parmi les autres. MM. de Sully peu assidûment, mais fermement. MM. de Chaulnes, de Richelieu, de la Rochefoucauld et de la Trémoille étoient ceux sur qui tout portoit, auxquels le bonhomme M. de la Force se joignit dignement tant qu'il put, et M. de Rohan aussi; mais M. de Richelieu et lui étoient gens à boutades, qui ne donnèrent pas peu d'aff'aires aux autres. M. de Monaco y étoit ardent, sauf ses parties et sa bourse ; encore payoit-il bien en rognonnant ; mais c'étoit des farces pour tirer le contingent du duc de Rohan.
Les intendants de MM. de la Trémoille et de la Rochefoucauld, nommés Magneux et Aubry, gens d'honneur, capables, laborieux, et infiniment touchés de cette affaire, en Saint-Simon i. 10