‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 134 sur 352 · Moucher , aller et venir comme des mouches · texte numérisé non relu

Moucher , aller et venir comme des mouches

Saint-Simon i. 12

178 MADAME CORNTJEL. [1694]

le prince de Rohan ne Favoit pas épargnée , et souvent et publiquement chantées. Elle avoit voulu épouser le chevalier de Bouillon, qu'elle trouvoit fort à son gré, et lui le desiroii, fort, pour les grands biens qu'elle avoit déjà, et d'autres immenses qui la regardoient. M. ni M™* de Ventadour ne vouloient pas ouïr parler d'un cadet fort peu accommodé. M. et M"* de Bouillon ne s'y opposoient pas moins, parce qu'ils desiroient la remarier au duc d'Albret, devenu leur aîné, duquel elle ne vouloit en aucune sorte, telleipent que, par concert de famille, le Roi fut supplié d'envoyer le chevalier de Bouillon refroidir ses amours à Turenne, où ils le tinrent jusqu'à ce qu'il n'en fût plus question; mais elle tint aussi bon à refuser l'aîné. M. de Soubise regarda ce grand mariage comme la plus solide base de sa branche. Il avoit de bonnes raisons pour n'être pas difficile au choix : la beauté de sa femne l'avoit fait prince et gouverneur de province, avec espérance de plus encore. La richesse d'une belle-fiUe, de quelque réputation qu'elle fût, lui parut mériter le mépris du qu'en-dira-t-on. En deux mots, le mariage se fit.

11 y avoit une vieille bourgeoise au Marais chez qui son esprit et la mode avoient toujours attiré la meilleure compagnie de la cour et de la ville : elle s'appeloit M"" Cornuel, et M. de Soubise étoit de ses amis. Il alla donc lui apprendre le mariage qu'il venoit de conclure, tout eogoué de la grande naissance et des grands biens qui s'y trouvoient joints. « Ho I Monsieur, lui répondit la bonne femme^ qui se mouroit, et qui mourut deux jours aprè^ que voilà un grand et bon mariage pour dans soixante ou quatrevingts ans d'ici I »

Le duc de Montfort, fils aîné du duc de Ghevreuse. épousa en même temps la fille unique de Dangeau, chevalier de l'ordre, et de sa première femme, fille de Morin dit le juif, sœur de la maréchale d'Estrées. Elle passe pour très-riche, mais aussi pour ne pas retenir ses vents, dont ,on fit force plaisanteries.

Le duc de Villeroy, en même temps, épousa la seconde

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