BATAILLE DU TER
sergent-major et quelques colonels ont été pris. Le marquis de Noailles, frère du maréchal, qui a apporté cette nouvelle, en fut brigadier avec huit miUe livres de gratification, outre sa course. Palamos fut emporté, le 7 juin, Tépée à la main : on leur y a tué trois cents hommes , et pris six cents. La citadelle se rendit peu après, c'est-à-dire le 10, la garnison de quinze cents hommes prisonnière de guerre. La place est considérable par son port et par elle-même. Cela fit chanter des Te Deum et valut une lettre , de la main du Roi, à la vieille duchesse de Noailles. C'étoit une sainte fort aimable, qui avoit été longtemps dame d'atour de la Reine mère, et bien avec eUeet avec le Roi; toujours vertueuse à la cour, et depuis longtemps retirée à Châlonssur-Marne, dans une grande solitude, et se confessant tous les soirs à l'évêque son fils.
M. de Noailles suivit sa pointe, et jprit Girone en six jours de tranchée ouverte. La place capitula, le 29 juin, et la garnison de trois mille hommes ne servira point jusqu'au 1" novembre. Une si riante campagne valut au duc de Noailles des patentes de vice-roi de Catalogne, dont il prit possession dans la cathédrale de Girone, et n'y oublia rien de toutes les cérémonies et les distinctions qui pouvoient le flatter.
11 prit encore, par la témérité d'un seul homme, le château de Castel-FoUit , sur un pain de sucre de roche, fort haut, qui commande toute la plaine. Il prit envie à un soldat déterminé d'aller voir si le premier retranchement étoit gardé par beaucoup de monde : il le trouva abandonné, et y entra l'épée à la main , faisant de grands cris pour être suivi. Il le fut de cinq ou six autres, qui entrèrent avec lui dans le second. Il étoit, l'on dit, plein de monde, mais qui s'épouvanta tellement de se voir attaqué dans un poste cru inaccessible, qu'ils crurent, aux cris, avoir un assaut à soutenir; et, s'enfuyant, donnèrent une si chaude alarme au château, et furent si vivement poursuivis par ce petit nombre, qui cependant s'étoit fort accru , qu'ils entrèrent tous pêle-mêle, et que
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la place fut emportée avec beaucoup de carnage. Ostalric tomba aussi entre les mains de M. de Noailles, et termina cette heureuse campagne.
L'amiral Russel avoit mouillé, avec force vaisseaux, à Barcelone, où le marquis de Villena s'étoit retiré avec le débris de son armée, et nos forces navales n'étoientpas bastantes* contre celles de Russel. Celles des ennemis avoient visité nos côtes tout Tété, bombardé ce qu'elles avoient pu, et brûlé presque toute la ville de Dieppe. Le chevalier de Lorraine, qui étoit à Forges, y courut avec quelques preneurs d'eaux, et y aida de son mieux le maréchal de Choiseul et M. de Beuvron. Le Roi écrivit au chevalier de Lorraine pour le remercier du zèle qu'il avoit témoigné.
II ne se passa rien en Italie, et tout s'y termina au blocus de Casai. MM. de Vendôme passèrent presque toute la campagne en Provence, où le maréchal Catinat les avoit détachés avec quelques troupes.
En Flandres, on ne fit que s'observer et subsister. Il s'en passa une gracnde partie au camp de Vignamont, où à la fin les fourrages devinrent éloignés et difficiles. Le prince d'Orange fut obligé d'en aller chercher le premier, et prit son temps de décamper le 17, que presque toute l'armée de Monseigneur étoit au fourrage. Néanmoins, le soir même, sa gauche marcha avec les maréchaux de Villeroy et de BouflBiers, lequel avoit joint depuis deux jours, et le lendemain 48, Monseigiieur et M. de Luxembourg suivirent avec le reste de l'armée. Les ennemis avoient deux marches d'avance, et Monseigneur la Sambre et force ruisseaux et défilés à passer, et avoit à gagner 4e camp d'Espierres avant qu'ils s'en fussent saisis. Son armée marcha en plusieurs corps séparés. L'infanterie fut soulagée par un grand nombre de charriots qu'on fit trouver, et la Sambre convoya l'artillerie et les vivres tant qu'on s'en put aider. La marche se fit avec un grand ordre, et une telle diligence, le maréchal de Villeroy toujours en avant, que Monseigneur
i. Suffisantes.