J ET IXSPECTELKS EN TITRE
ment au quartier général, et dispense de leur service de brigadier pendant la campagne. Telle fut la fondation de ces emplois, qui blessa extrêmement les officiers généraux de la cavalerie et des dragons.
Le comte d'Auvergne, nourri de couleuvres sur sa charge depuis longtemps, avala encore celle-ci en silence. Rosen, étranger et soldat de fortune jusqu'à avoir tiré au billet pour maraude, quoique de bonne noblesse de Poméranie, devenu lieutenant général et mestre de camp général de la cavalerie, étoit un matois rusé qui n'avoit garde de se blesser, et qui loua au contraire cet établissement. Villars, lieutenant général et commissaire général de la cavalerie, «îbloui de sa fortune et de celle de son père, se fit moquer des deux autres, à qui il proposa de s'opposer à une nouveauté si préjudiciable à leurs charges, et encore plus du Uoi, à qui il osa en parler. Huxelles pour l'infanterie, et du Bourg pour la cavalerie, eurent la direction du Rhin ; ils se retrouveront ailleurs : le premier lieutenant général et chevalier de Tordre, l'autre maréchal de camp. Ghamalandc et Vaudray, deux honmies distingués par leur valeur, par leur application et par leur mérite : Vaudray étoit d'une naissance fort distinguée, du comté de Bour- Kogue, singulièrement bien fait, mais cadet et pauvre. De • hanoine de Besançon, il prit un mousquet, devint capitaine de grenadiers, et reçut trente-deux blessures, dont plusieurs presque mortelles, à l'attaque de la contrescarpe de Conni, sans vouloir quitter prise, et y fut laissé pour mort. Cette action le fit connoître, et lui valut peu après le régiment de la Sarre. Chamarandc avoit été premier valet de chambre du Roi, en survivance de son père, qui l'avoit achetée de Beringhen, et en avoit conservé toutes les entrées. Le père étoit de ces sages que tout le monde révéroit pour sa probité à toute épreuve et pour sa modestie. Il avoit vendu sa charge, et le Roi,quiraimoitetle considéroit fort au-dessus de son état, l'avoit fait premier maître d'hôtel de Madame la Dauphine lors du mariage de Monseigneur. •I fit cette charge au gré de toute la cour, et eut toujours
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la meilleure compagnie à sa table. Son fils eut encore î-a survivance. Ayant perdu sa charge avec sa maîtresse, il demeura à la cour, et y eut toujours chez lui la plus illustre compagnie, quoiqu'il n'eût plus de table, qu'il fût perclus de goutte, et qu'on ne vît jamais de restes * chez lui. l^e Roi envoyoit quelquefois savoir de ses nouvelles, car il ne pouvoit plus marcher, et lui faire des amitiés; et je me souviens qu'il étoit en telle estime que, lorsque mon pèrr me présenta au Roi et ensuite à ce qu'il y avoit de plus principal à la cour, il me mena voir Ghamarande. Son fils étoit fort joliment fait, discret, sage, respectueux, et fort au gré des dames du meilleur air. 11 eut par degrés le régiment de la Reine, et se distingua fort à la guerre. Monsieur le Duc, M. le prince de Gonti, MM. de la Rocheguyon et de Liancourt,* MM. de Luxembourg père et fils, et quantité d'autres des plus distingués l'aimoient fort, et vivoient avec lui en confiance et en société. Monseigneur le traitoit fort bien et avec distinction^ quoique la dificulté de manger avec lui l'empêchât d'être de ses parties et de ses voyages. Mais le rare avec cela est qu'ayant épousé M"* d'Anglure. fille du comte de Bourlaymont, unique et riche, et femme d'un vrai mérite, sa naissance, aidée de ce mérite, et de l'amitié du Roi pour le bonhomme Ghamarande, la fit entrer enfin dans les carrosses de Madame la Dauphine.
Romainville et Montgommery furent les deux inspecteurs pour la cavalerie. De Romainville, j'en ai déjà parlé, vieil officier extrêmement aimé et estimé, et qui méritoil de l'être. Le nom de l'autre annonce sa haute naissance: mais sa pauvreté profonde l'avoit réduit aux plus étranges extrémités en ses premières années, d'autant plus cruelles à supporter qu'il sentoit le poids de son nom et étoit pétri d'honneur et de vertu. Parvenu à grand'peine à une compagnie de cavalerie, il se distingua tellement en un petit combat contre le général Massiette, qui étoit dehors . avec un fort gros parti, que Massiette, qui l'avoit pris, le renvoya sur sa parole comblé d'éloge. Le Roi, qui coni-
l. Ce mot, très-difficile h lire au manuscrit, nous laisse des doutes.
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mandoit son armée, le loua extrêmement, lui «dboima une épée et un des plus beaux chovaux de ceux qu'il montoit, et lui fît rhonneur de le faire manger avec lui, qia'aiBavi capitaine de cavalerie n'avoit eu avant lui. Un mois ayrès il vaqua un régiment de ^cavalerie, qu'il eut arec gruMie distinction, et servit depuis avec application, et soutint la réputation qu'il avoit acquise. Il auroit été plue aiizié «i la* capacité lui avoit permis d'être moins inquiet, et si i'humeur n'avoit pas été un nuage qu'on ne se soucie pas toujours de percer pour trouver la vertu qu*il ciMÉte. Le» maréchaux de Duras et de Lorges, ses parents, le pit>tégeoient fort, et encore plus M. de la FeuiUade, tant quii vécut, attaché au char de M"* de Quintin, chez qui Mont* gommery logeoit à Paris, tous deux enfants des deux frères. Il s'étoit de nouveau signalé à la bataille deStaffiarde* où il eut une main estropiée. Il ne laissa pas d'avoir la double douleur de voir du Bourg, son cadet, marédial de camp et directeur, et lui d'être brigadier et inspecteur sous lui. On cria fort et de la préférence et de cette es^ièce d'affectation, et Montgommery, bien qu'outré, n'osa refuser, et se conduisit avec beaucoup de sagesse.
Bezons, qui n'étoit que brigadier de cavalerie, et Ârtagnan, major du régiment des gardes françoises, eurent les deux directions de Flandres (je parlerai d'eux aîBeurs); Coigny, beau-frère de MM. de Matignon, et le vieux Genli&, directeurs en Catalogne, avec Nanclas et le marquis du ^^anibout sous eux; et en Italie, Larré et Saint-Silwestre, et Villepion Ghartaigne et le comte de Chamilly sous eux.
Avant de quitter la guerre de cette année, il la fant fiair par un étrange incident. M. de Noailles et M. de Barberaeiirx étoient fort mal ensemble : tous deux bien avec te Roi, tous deux hauts, tous deux gâtés. M. de Noailles avoit soutenu et obtenu quantité de choses dans son gouvermemeKt de Roussillon, qui l'y rendoient fort maître et fort indépendant du secrétaire d'État de la guerre. M'**' de Maii&te* non, ennemie de M. de Louvois, l'y avoit aidé, et le fila, encore moins autorisé que le père, n'avoit pu y rien ci
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ger. Il n'ainioit point M. de Luxembourg, très-lié à M. de Noailles ; et de tout cela naîssoit un groupe de chaque côté qui se regardoît fort de travers.
Les succès de M. de Noailles, cette année, en Catalogne, avoient outré Barbezieux. Il en craignoit de nouveau comme des avant-coureurs de sa perte, par le crédit augmenté de •ses ennemis. Tout ce qui avoit été exécuté en Catalogne aplanissoit les voies du siège de Barcelone, et cette conquête mettoit le sceau à celle de toute cette principauté, et mettoit le Roi en état d'attaquer avec succès, à la fin de l'hiver, le cœur de l'Espagne. Il avoit toujours eu ce but, et M. de Noailles, qui savoit par le Roi même l'affection qu'il avoit à ce projet, et qui en vit enfin les moyens si • avancés, n'en souhaitoit pas moins l'exécution, et avec d'autant plus d'ardeur qu'elle assuroit solidement la vice royauté qu'il avoit obtenue, augmenteroit son éclat et sa faveur, et le rendoit nécessairement le général de l'amiée qui attaqueroit l'année suivante l'Espagne, par les endroits les plus sensibles et les plus aisés à pénétrer, et à la forcer à demander la paix, dont il auroit toute la gloire. Il pressa donc le Roi de donner ses ordres à temps pour le mettre en état d'entreprendre ce siège avec sûreté, et M. de Barbezieux, qu'il mettoit au désespoir, n'osoit manquer à ce qui lui étoit prescrit, et qui ètpit éclairé par le double intérêt de M. de Noailles de ne manquer de rien à temps, et de ne le pas ménager s'il n'avoit toutes choses à point.
Une flotte de cinquante-deux vaisseaux partit le 3 octobre de Toulon, chargée de cinq mille deux cents hommes de troupes prises en Provence de celles de M. de Vendôme ; et rien ne manquoit plus qu'à mettre la main à l'œuvre, lorsque M. de Noailles voulut rendre au Roi un compte particulier de tout, et recevoir directement ses ordres, et le tout à l'insu de M. de Barbezieux. Pour une commission si importante pour lui, il choisit Genlis, qui. étant sans bien et sans fortune, s'étoit donné à lui, et qu'il ne faut point confondre avec le vieux Genlis dont j'ai parlé plus haut, et à qui il ne cédoit point. Ce Genlis gagna
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Taniitié de M. de Noailles jusqu'à faire la jalousie de toute sa petite armée. M. de Noailles lui procura un régiment, et le poussa fort brusquen^ent à la brigade, puis à être fait maréchal de camp. Il avoit de Fesprit et du manège, et n avoit d'autre connoissance ni d'autre protection que celle dont il avoit tout reçu. M. de Noailles crut donc ne pouvoir mieux faire que de le charger d'une simple lettre de créance pour le Roi, et de le lui annoncer comme une lettre vivante, qui répondroit à tout sur-le-champ^ et qui, sans l'importuner d'une longue dépêche, lui en diroit plus en une demi-heure qu'il ne pourroit lui en écrire en plusieurs jours. Les paroles volent, l'écriture demeure; un courrier peut être volé, peut tomber malade et envoyer ses dépêches : cet expédient obvioit à tous ces inconvénients, et laissoit M. de Barbezieux dans l'ignorance et dans l'angoisse de tout ce qui se passeroit ainsi par Genlis.
Barbezieux, qui avoit d'autant plus d'espions, et de meilleurs, en Catalogne, que c'étoit pour lui l'endroit le plus dangereux, fut averti de l'envoi de Genlis et du jour de son départ; et il sut de plus qu'il de voit arriver droit au Roi, et que surtout il avoit défense de le voir en tout. Là-dessus il prit un parti hardi : il fit attendre Genlis aux approches de Paris, et se le fit amener chez lui à Versailles sans le perdre un moment de vue. Quand il le tint, il le cajola tant, et sut si bien lui faire sentir la différence pour sa lortune de l'amitié de M. de Noailles, quelque accrédité qu'il fût, d'avec celle du secrétaire d'État de la guerre, et de sa sorte et de son âge, qu'il le gagna au point de l'embarquer dans la plus noire perfidie, de ne voirie Roi qu'en sa présence, et de lui dire tout le contraire de sa commission. Barbezieux lui prescrivit donc tout ce qu'il voulut, après avoir tiré de lui tout ce dont il étoit chargé, et en fut pleinement obéi. Par ce moyen le projet du siège de Barcelone fut entièrement rompu, sur le point de son exécution , et avec toutes les plus raisonnables apparences d'un succès certain, et sans crainte d'aucun secours, dans l'état des forces d'Espagne sur cette frontière comme