‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 171 sur 352 · DISTRIBUTION DES ARMÉES · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DES ARMÉES

— Situation des armées. — Maréchal de Joyeuse repasse le Rhin.

— Traité de Casai. — Bombardements aux côtes; succès à la mer. — Siège de Namur par le prince d'Orange ; maréchal de Boufflers s'y jette. — Vaudemont et son armée échappés au plus grand danger.

— Maréchal de Villeroy habile et heureux courtisan. — La Vienne, premier valet ^e chambre; sa fortune. — Le Roi, outré d'ailleurs, rompt sa canne à Marly sur un bas valet du serdcau. — Reddition de la ville de Namur. — Deinse et Dixmude pris ; Bruxelles fort bombardé. — Reddition du château de Namur. — Guiscard chevalier de l'ordre. —Maréchal de BoufQers duc vérifié. —Maréchal de Lorgcs, de retour à son armée, tombe en apoplexie.

Les armées et les corps sépares eurent les mêmes généraux que Tannée précédente, excepté que le maréchal de Villeroy succéda au maréchal de Luxembourg, et eut M. le duc de Chartres pour général de la cavalerie, les deux princes du sang et M. du Maine pour lieutenants généraux parmi les autres, et le comte de Toulouse servant à la tête de son régiment.

M. de Noailles, brouillé avec le Roi jusqu'à être presque perdu par l'artifice de Barbezieux que j'ai raconté p. 57 *, sur le projet manqué du siège de Barcelone, n'avoit pu se faire écouter de tout l'hiver sur la noirceur qui l'avoit accablé. Il comprit le danger d'une situation si forcée à la tête d'une arniée, si même il la pouvoit obtenir, et jugea sagement que, parvenu au bâton de maréchal de France, il n'y avoit de bon parti pour lui que de se raccommoder solidement avec le Roi par un sacrifice qui lui seroit agréable, et de demeurer à la cour avec une faveur renouvelée, et à l'abri d'un ennemi avec qui il n'auroit plus à compter. Trop rusé courtisan, quoique d'ailleurs fort lourd, pour ne pas sentir l'essor du goût du Roi pour les bâtards par tout ce qu'il venoit de faire pour eux, et son peu d'inclination à rien faire pour Monsieur le Duc et M. le prince de Conti, il avisa à se rétablir pleinement dans les bonnes grâces du Roi, en flattant son goût pour les uns et lui ouvrant une porte qui le tireroit d'embarras avec les autres.

1. C'est aux pages 58 et 59 de son manuscrit que Saint-Simon aurait dû renvoyer : voyez ci-dessus, p. 215-218.

Page 1