JOYEUSE REPASSE LE RHIN
trouvé ce village, qui par le bout opposé à celui où nous étions touchoit au Necker, et qui après s'être désaltéré se mit à piller, violer, massacrer, et faire toutes les horreurs que la licence la plus effrénée inspire, couverte par une nuit fort noire. Incontinent le désordre vint jusqu'à nous, et nous eûmes peine à nous défendre dans notre maison. Il faut pourtant dire qu'au milieu de cette fureur, la livrée de M. le maréchal de Lorges, dont quelques-uns avoient suivi mes gens, parce que le gros de ses équipages étoit demeuré à l'armée, fut respectée de ces furieux, étroit à couvert les maisons auprès desquelles elle fut reconnue, tandis qu'en même temps un garde du maréchal de Joyeuse, et bien reconnu pour tel avec ses marques et en sauvegarde, fut battu, dépouillé et chassé. La Bretesche se sut bon gré de ne pas m'avoir cru, qui lui avois conseillé de défaire sa jambe de bois pour se reposer plus à son aise; il m'a souvent dit qu'il n'avoit jamais rien vu de semblable, quoiqu'il se fût plusieurs fois trouvé à des pillages et à des sacs. Nous achevâmes de passer la nuit du mieux que nous pûmes en ce malheureux endroit, qui ne fut abandonné que longtemps après qu'il n'y eut plus rien à y trouver. Dès qu'il fit grand jour, la Bretesche et moi allâmes au camp.
Nous trouvâmes l'armée qui commençoit à s'ébranler. Elle avoit passé la nuit comme eUe avoit pu, sans ordre, les troupes arrivant toujours, et les dernières ne faisant que de joindre. On alla camper sur sept ou huit lignes, à une grande demi-lieue, la droite et le quartier général au village de Neckerau, la gauche au Necker, le centre et le cul aux ruines de Manheim; on avoit réparé comme on avoit pu, avec des palissades, celles de la citadelle, et on y travailloit encore. On y jeta six brigades d'infanterie, avec Chamilly, premier lieutenant général de l'armée^ et Vaubecourt, maréchal de camp. L'embouchure du Necker dans le Rhin étoit tout à fait près de notre gauche. On demeura là deux jours, et tous sans exception réduits à la paille et à la gamelle des cavaliers, jusqu'à ce que le pont
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de bateaux fût achevé où Barbezières Favoit marqué ; et cependant on dressa une batterie de canon dans la pre> mière île. Enfin, le 24, toute Tarmée repassa le Rhin, sans que les ennemis eussent seulement fait mine de nous suivre, en sorte que tout se passa avec la plus grande tranquillité. Nous n'ouïmes plus parler d'eux de toute la campagne; et le lendemain de ce passage le maréchal de Joyeuse me permit d'aller à Landau, où je demeurai avec M. et M"* la maréchale de Lorges, jusqu'à ce que ce général s'alla remettre à la tête de l'armée.
M. de Vendôme promit de grandes choses, prit Ostalric, battit quelques miquelets, se présenta pour secourir Palamos, que les ennemis assiégeoient, se retira aussitôt sans rien entreprendre , et ce qu'il n'avoit pu , l'arrivée de la flotte du Roi sur ces côtes l'opéra, et Palamos par cela seul fut délivré du siège.
L'Italie ne fournit rien, non plus que le siège de Casai, qui fut long ; à la fin, Crenan , lieutenant général, qui en étoit gouverneur, capitula par ordre du Roi. Le traité fut que la place et le château seroient démolis, qu'il y demeureroit avec sa garnison jusqu'à la démolition entièrement achevée, qu'il seroit après conduit à Pignerol avec toutes ses troupes et leurs armes et bagages, qu'il emmèneroit avec lui toute l'artillerie de la place et du château qui se trouveroit marquée aux armes de France, et que Casai seroit remis au duc de Mantoue comme à son seigneur naturel.
Les flottes ennemies bombardèrent nos côtes de Bretagne et de Normandie. Saint-Malo s'en ressentit peu, Dieppe beaucoup davantage. Nos armateurs et nos escadres leur prirent force vaisseaux marchands, en battirent les convois, et valurent force millions à notre commerce, au Roi et à M. le comte de Toulouse.
Il se passa en Flandres des choses plus intéressantes. Ce fut d'abord un beau jeu d'échecs, et plusieurs marches du prince d'Orange et des corps détachés de son armée sous l'électeur de Bavière et sous le comte d'Âthlone. Le maréchal de Yilleroy avec la grande armée, le maréchal