‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 188 sur 352 · BOUFFLERS DUC VÉRIFIÉ · texte numérisé non relu

BOUFFLERS DUC VÉRIFIÉ

rouge; et le Roi manda par un courrier au maréchal de Boufflers qu'il le faisoit duc vérifié au Parlement. Ce courrier le trouva à Huy, gardé par l'Estang, mais avec toute sorte de liberté et tous les honneurs qu'il auroit sur notre propre frontière. Il lui envoya deux jours après pouvoir de rendre les garnisons de Deinse et de Dixmude, qui le trouva à Maestricht. Il envoya à Milord Portland, et l'affaire ne traîna pas. Le maréchal de BoufQers partit dès que tout fut convenu, et fut reçu à Fontainebleau avec des applaudissements extraordinaires. Il fit faire Mesgrigny lieutenant général, et avancer en grade to^t ce qui étoit avec lui dans Namur, ce qui lui fit beaucoup d'honneur. M. le duc de Chartres étoit revenu aussitôt après la capitulation. Le prince d'Orange, peu de jours après, s'en alla à Breda, laissant l'armée à l'électeur de Bavière ; et en même temps Monsieur le Duc, M. le prince de Conti, M. du Maine et M. le comte de Toulouse revinrent à la cour. Le prince d'Orange, quelque mesuré qu'il fût, ne put s'empêcher d'insulter à notre perte lorsqu'il apprit toutes les récompenses données au maréchal de Boufflers, à Guiscard et à tout ce qui avôit défendu Namur : il dit que sa condition étoit bien malheureuse d'avoir toujours à envier le sort du Roi, qui récompensoit plus libéralement la perte^ d'une place que lui ne pouvoit faire tant d'amis et dignes personnages qui lui en avoient fait la conquête. Les armées ne firent plus que subsister, et se séparèrent à la fin d'octobre, et tous les généraux d'armée revinrent à la cour.

J'ai laissé le maréchal de Joyeuse séparé par le Rhin du prince Louis de Baden, et M. et M"* la maréchale de Lorges à Landau, où, après que nous eûmes repassé, je les vins trouver. Pendant plus de six semaines que nous y demeurâmes, toute l'armée, qui n'étoit pas loin, les vint voir. La santé rétablie, M. le maréchal de Lorges eut impatience de retourner à la tête de son armée, et Madame la maréchale s'en alla à Paris. Il est impossible de décrire la joie et les acclaniatlons de toute l'armée à ce retour de son général : tout ce qui la put quitter vint deux lieues à sa ren-

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