‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 190 sur 352 · BRUS, ARCHEVEQUE DE GAMBRÂY · texte numérisé non relu

BRUS, ARCHEVEQUE DE GAMBRÂY

aax carosses même des évêques. — Harlay, archevêque de Paris; dégoûts de ses dernières années. — Sa mort. —Sa dépouille.— Coislin, évêque d'Orléans, nommé au cardinalat. — Noailles, évêque-comte de Châlons, archevêque de Paris, et son frère évêque-comte de Châ- Ions. — Régularisation de la Trappe. — Évêque-duc de Langres» Cordes ; sa mort. — Abbé de Tonnerre évêque-duc de Langres ; sa modestie. —M. le maréchal de Lorges ne sert plus. — Forte picoterie des princesses.

Avant de parler de ce qui se passa depuis mon retour de Farmée, il faut dire ce qui [se] passa à la cour pendant la campagne. M. de Brias, archevêque de Gambray, étoit mort, et le Roi avoit donné ce grand morceau à l'abbé de Fénelon, précepteur des enfants de France. Brias étoit ar~ chevêque lorsque le Roi prit Gambray. G'étoit un bon gentilhomme flamand, qui fit très-bien pour FEspagne pendant le siège, et aussi bien pour la France aussitôt après. Il le promit au Roi avec une franchise qui lui plut, et qui toujours depuis fut si bien soutenue de Feff'et, qu'il s'acquit une considération très-marquée de la part du Roi et de ses ministres, qui tous le regrettèrent et son diocèse infiniment. 11 n'en sortoit presque jamais, le visitoit en vrai pasteur, et en faisoit toutes les fonctions avec assiduité. Grand aumônier, libéral aux troupes, et prêt à servir tout le monde, il avoit une grande, bonne et fort longue table tous* les jours; il l'aimoitfort, et en faisoit grand usage, et en bonne compagnie, et à la flamande, mais sans excès, et s'en levoit souvent pour le moindre du peuple qui Tenvoyoit chercher pour se confesser à lui, ou pour recevoir sa bénédiction et mourir entre ses bras, dont il s'acquittoit en vrai apôtre.

' Fénelon étoit un homme de qualité qui n'avoit rien, et qui, se sentant beaucoup d'esprit, et de cette sorte d'esprit insinuant et enchanteur, avec beaucoup de talents, de grâces et du savoir, avoit aussi beaucoup d'ambition. Il avoit frappé longtemps à toutes les portes sans se les pouvoir faire ouvrir. Piqué contre les jésuites, où il s'étoit adressé d'abord comme aux maîtres des grâces de son état, et rebuté de ne pouvoir prendre avec eux, il se tourna

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aux jansénistes pour se dépiquer, par Fesprit et par la réputation qu'il se flattoit de tirer d'eux, des dons de la fortune, qui Favoit méprisé. Il fut un temps assez considérable à s'initier, et parvint après à être des repas particuliers, que quelc[ues importants d'entre eux faisoient alors, une ou deux fois la semaine, chez la duchesse de Brancas. Je ne sais s'il leur parut trop fin, ou s'il espéra mieux ailleurs qu'avec gens avec qui il n'y avoit rien à partager que des plaies, mais peu à peu sa liaison avec eux se .refroidit, et à force de tourner autour de Saint-Sulpice, il parvint à y en former une dont il espéra mieux. Cette société de prêtres commençoit à percer, et d'un séminaire d'une paroisse de Paris à s'étendre. L'ignorance, la petitesse des pratiques, le défaut de toute protection, et le manque de sujets de quelque distinction en aucun genre, leur inspira une obéissance aveugle pour Rome et pour toutes se? maximes, un grand éloignement de tout ce qui passoit pour jansénisme, et une dépendance des évêques qui les fit successivement désirer dans beaucoup de diocèses. Ils parurent un milieu très-utile aux prélats, qui craignoient également la cour sur les soupçons de doctrine, et la dépendance des jésuites, qui les mettoient sous leur joug dès qu'ils s'étoient insinués chez eux, ou les perdoient sans ressource, de manière que ces sulpiciens s'étendirent fort promptement. Personne parmi eux qui pût entrer en comparaison sur rien avec Fabbé de Fénelon ; de sorte qu'il trouva là de quoi primer à Faise et se faire des protecteurs qui eussent intérêt à Favancer pour en être protégés à leur tour.' Sa piété, qui se faisoit toute à tous, et sa doctrine, qu'il forma sur la leur en abjurant tout bas tout ce qu'il avoit pu contracter d'impur parmi ceux qu'il abandonnoit, les charmes, les grâces, la douceur, Finsinuation de son esprit le rendirent un ami cher à cette congrégation nouvelle, et' lui y trouva ce qu'il cherchoit depuis longtemps, des gens à qui se rallier, et qui pussent et voulussent le porter. En attendant les occasions, il les cultivoit avec grand soin, sans toutefois être tenté de quel-

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que chose d'aussi étroit pour ses rues que de se mettre parmi eux, et cherchoit toujours à faire des connoîssances et des amis. C'étoit un esprit coquet, qui, depuis les personnes les plus puissantes jusqu'à Touvrier et au laquais, cherchoit à être goûté, et vouloit plaire, et ses talents en ce genre secondoient parfaitement ses désirs.

Dans ces temps-là, obscur encore, il entendit parler de M"* Guyon, qui a fait depuis tant de bruit dans le monde qu'elle y est trop connue poUr que je m'arrête sur elle en particulier. Il la vit, leur esprit se plut l'un à l'autre, leur sublime s'amalgama. Je ne sais s'ils s'entendirent bien clairement dans ce système et cette langue nouvelle qu'on vit éclore d'eux dans les suites, mais ils se le persuadèrent, et la liaison se forma entre eux. Quoique plus connue que lui alors, elle ne l'étoit pas néanmoins encore beaucoup, et leur union ne fut point aperçue, parce que personne ne prenoit garde à eux, et Saint-Sulpice même l'ignora.

Le duc de Beauvillier devint gouverneur des enfants de France sans y avoir pensé, comme malgré lui. Il avoit été fait chef du conseil royal des finances, à la mort^du maréchal de ViUeroy, par l'estime et la confiance du Roi. Elle fut telle qu'excepté Moreau; que de premier valet de garde-robe il fit premier valet de chambre de M»' le duc de Bourgogne, il laissa au duc de Beauvillier la disposition enM|re des précepteurs, sous-gouverneurs, et de tous les autres domestiques de ce jeune prince, quelque résistance qu'il y fît. En peine de choisir un précepteur, il s'adressa à Saint-Sulpice, où il se confessoit depuis longtemps, et qu'il aimoitetprotégeoit fort. Il y avoit déjà ouï parler de l'abbé de Fénelon avec éloge ; ils lui vantèrent sa piété, son esprit, son savoir, ses talents : enfin ils le lui proposèrent ; il le vit, il en fut charmé, il le fit précepteur. Il le fut à peine qu'il comprit de quelle importance il étoit pour sa fortune de gagner entièrement celui qui venoit de le mettre en chemin de la faire, et le duc de Ghevreuse son beau frère, avec qui il nétoit qu'un, et qui tous deux étoient au plus haut point de la confiance du Roi et de M"^ de Maintenon. Ce fut là

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