‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 192 sur 352 · HARLAY, ARCHEVÊQUE DE PARIS · texte numérisé non relu

HARLAY, ARCHEVÊQUE DE PARIS

à lui donner de toute concurrence en la distribution des bénéfices Favoit déjà éloigné du Roi; et M"* de Maintevum, à qui il avoit déplu d'une manière implacable en s*opposant à la déclaration du mariage dont il avoit été Fun des trois témoins, Favoit coulé à fond. Le mérite qu'il s'étoit acquis de tout le royaume, et qui Favoit de plus en plus ancré dans la faveur du Roi, dans Fassemblée fameuse de 1682, lui fut tourné à poison quand d'autres maximes prévalurent. Son profond savoir, Féloquence et la facilité de ses sermons, Fexcellent choix des sujets etFhabile conduite de son diocèse, jusqu'àsa capacité dans les affaires et l'autorité qu'il y avoit acquise dans le clergé, tout cela fut mis en opposition de sa conduite particulière, de ses moeurs galantes, de ses manières de courtisan du grand air. Quoique toutes ces choses eussent été inséparables de lui depuis son épiscopatet ne lui eussent jamais nui, elles devinrent des crimes entre les mains de M"* de Maintenon, quand sa haine depuis quelques années lui eut persuadé de le perdre, et elle ne cessa de lui procurer des déplaisirs. Cet esprit étendu, juste, solide, et toutefois fleuri, qui pour la partie du gouvernement en faisoit un grand évêque, et pour ceBe du monde un grand seigneur fort aimable et un courtisan parfait, quoique fort noblement, ne put s'accoutumer à cette décadence et au discrédit quiFaccompagna. Le clergé, qui s'en aperçut, et à qui Fenvie n'est pas étrangère, se phit à se venger de la domination, quoique douce et polie, qu'il en avoit éprouvée, et lui résista pour le plaisir de Foser et de le pouvoir. Le monde, qui n'eut plus besoin de lui pour des évêchés et des abbayes, Fabandonna. Toutes les grâces de son corps et de son esprit, qui étoient infinies et qui lui étoient parfaitement naturelles, se flétrirent. 11 ne se trouva de ressources qu'à se renfermer avec sa bonne amie la duchesse de Lesdiguières, qu'il voyoit tous les jours de sa vie, ou chez elle ou à Gonflans, dont il avoit fait jardin délicieux, et qu'il tenoit si propre, qu'à mesure qu'ils s'y promenoient tous deux , des jardiniers les suivoient à distance pour effacer leurs pas avec des râteaux.

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