LAUZUN SE BROUILLE AVEC LORGES
et des larmes de la mère et de la fille, qui écrivit fort inotilement : il fallut obéir. Elle fut reçue chez M. de Lauzun par les duchesses de Foix et du Lude, parentes et amies de M. de Lauzun, qui lui donna toute une maison nouvelle, renvoya le soir même tous ses domestiques, et lui présenta deux filles dont il connoissoit la vertu, et qu'il. avoit connues à M'^'^de Guise, pour ne la jamais perdre de vue. Il lui défendit tout commerce avec père et mère et tous ses parents, excepté M"* de Saint-Simon, avec qui même il fut rare dans les premiers temps, ki Tamusa de ce qu'il put de compagnies qui ne lui étoient point suspectes. Après les premiers jours d'affliction et d'étonnement, Tâge et la gaieté naturelle prirent le dessus, et servirent bien dans les suites à supporter des caprices continuels et peu éloignés de la folie. M. le maréchal de Lorges prit mieux patience que Madame sa femme : c'étoit son cœur qui lui étoit arraché, une fille pour qui elle n'avoit pu cacher ses continuelles préférences. Le Roi fut instruit de cet édat assez modérément par M. le maréchal de Lorges, beaucoup plus fortement appuyé de M. de Duras; mais le Roi, qui n'avoit jamais approuvé ce mariage, non plus que le public, et qui n'entroit jamais dans les affaires de famille, ne voulut point se mêler de celle-ci. Le monde tomba fort sur M. de Lauzun, et plaignit fort sa femme et le père et la mère ; mais personne n'en fut surpris.
Chacun partit pour se rendre aux différentes armées. Le duc de la Feuillade passa par Metz pour aller à celle d'Aile* ma^e, et s'y arrêta chez l'évêque, frère de feu son père, qui étoit tombé en enfance et qui étoit fort riche. Il jugea k propos de se nantir, et demanda la clef de son cabinet et de ses coffres, et sur le refus que les domestiques lai en firent, il les enfonça bravement, et prit trente mille écus en or, beaucoup de pierreries, et laissa l'argent blanc. Le ELoi, d'ailleurs, de longue main fort mal content des débauches et de la négligence de la Feuillade dans le service, sfexpliqua fort durement et fort publiquement de cet étrange avancement d'hoirie, et fut si près de le casser
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que Pontchartrain eut toutes les peines du monde à Fempêcher. Ce n'est |)as que la FeuiUade ne vécût trèsnnal avec Châteauneuf, secrétaire d'État, et avec sa fille, qu'il a?oit épousée dès 1693; mais un coup de cet éclat leur parut à tous mériter tous les efforts de leur crédit pour le parer.
J avoifi vu le maréchal de Ghoîseul avant partir, chez lui, et chez moi, et j'en avois reçu toutes sortes d'offres et de civi^tés. 11 étoit assez de la eonnoissance de mon père, et comme il étoit plein d'honneur et de sentiments, il se piqua de faire merveilles à tout ce qui dans son armée tenoitàM. le maréchal de Lorges. Je trouvai à Philisbourg VilJiers, mestre de camp de cavalerie, qui y étoit venu avec un assez gros détachement, et qui s'en retournoit le lendemain à l'armée, laquelle venoit, d'entrée de campagne, dépasser le Rhin. En traversant les bois de Bruchsall, nous trouvâmes les débris de l'escorte qui avoit conduit Montgon la veille, et qui avoit été bien battue, assez de gens tués et pris ; et Montgon gagna le camp seul et de vitesse comme il put. J'avois fait tout ce que j'avois pu pour le joindre en arrivant un jour plus tôt à PhiKshourg, et je ne me repentis pas de n'avoir pu y réussir. TaBai mettre pied à terre chez le maréchal de Ghoiseul. H me pressa extrêmement de loger au quartier général, mais je le suppliai de me permettre de camper, à la queue de mon régiment, et je l'obtins avec peine. Il demanda au marquis d'Huxelles comment M. le maréchal de Lorges en usoit avec moi et avec ses neveux, pour que nous ne nous aperçussions ie la différence que le moins qu'il lui seroit possible, et en effet il ne se lassa point de nous prévenir en tout, tant que la campagne dura, et de nous combler d'attentions et de toutes les distinctions qu'il put. De jiiin, qui commençoit, jusqu'en septembre, le maréchal et le prince Louis de Baden, la plupart du temps dans ses lignes d'Ëppingen, ne firent que s'observer et subsister ; après quoi nous repassâmes le Rhin à Philisbourg, où l'arrièregarde fut tâtée plutôt qu'inquiétée, sans le plus léger
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inconvénient. La campagne mérita depuis plus d'attention. Je me servirai de ce loisir jusqu'en septembre, pour faire des courses ailleurs.
La Flandre ne fournit rien du tout cette année : il ne fut question de part et d'autre que de subsistances et que de s'épier. Le prince d'Orange laissa^ de fort bonne heure l'armée à l'électeur de' Bavière, avec lequel il ne se passa rien non plus. Pendant la campagne, le bonhomme du Montai mourut à Dunkerque. Il avoit un corps séparé vers la mer. C'étoit un très-galant homme, et qui se montra tel jusqu'au bout, à plus de quatre-vingts ans. Il vaqua par sa mort le gouvernement de Mont-Royal et un collier de l'ordre ; et le public et les troupes, qui lui rendirent justice, trouvèrent honteux qu'il n'eût pas été fait maréchal de France : j'ai parlé de lui lorsqu'on les fit. Le marquis de Noailles, qui servoit en Flandres, y mourut de la petite vérole, et ne laissa que deux filles. Le duc son frère eut pour un de ses fils enfant la lieutenance générale d'Auvergne, qu'il avoit.
Il ne faut pas omettre la mort de deux hommes célèbres en genre fort différent, qui arriva en ce même temps : de Yarillas, si connu par les histoires qu'il a écrites ou traduites, et du Plessis, écuyer de la grande écurie, et le premier homme de cheval de son siècle, quoique déjà fort vieux.
Une autre mort fit plus de bruit dans le monde, et y eut de grandes suites; c'est ceJle du fameux roi de Pologne Jacques * Sobieski, qui arriva subitement : ce grand homme est si connu que je ne m'y étendrai pas.
En Catalogne, M. de Vendôme battit la cavalerie d'Espagne; elle étoit de quatre mille hommes, à la tête desquels étoit le prince de Darmstadt. Ils en ont eu le quart tué ou pris, et le comte de Tilly, commissaire général, neveu de Serelaes, est des derniers; et il n'en a coûté qu'une centaine de carabiniers et autant de dragons. Longue val, lieutenant général, fut reconnoître après l'action