SUR LE RHIN
cominençoit à donner un grand branle. Sur les avis que le maréchal de Choiseul en donna à la cour, il en reçut deux lettres fort singulières et en môme temps contradictoires. Par la première, Barbezieux lui faisoit écrire par le Roi de jeter huit de ses meilleurs bataillons dans Philisbourg et quatre dans Landau, et de se retirer après en pays de sûreté contre l'invasion du prince Louis. Il faut remarquer que le maréchal n'avoit dans son armée que douze bons bataillons, et que tout le reste de son infanterie étoient ^ de nouvelle levée, ou des bataillons de salade ramassés des garnisons. En suivant cet ordre, il n'avoit plus à compter sur ce qui lui seroit resté d'infanterie, et en abandonnant ces places au renfort qu'il y auroit jeté, l'exemple récent de Namur devoit persuader qu'elles n'en seroient pas moins perdues. Par l'autre lettre, en réponse au maréchal, le Roi lui marquoit qu'il n'étoit pas persuadé que le prince Louis pensât à passer le Rhin à Mayence, mais que s'il songeoit à l'entreprendre, il se persuadoit que le maréchal l'empêcheroit bien d'y déboucher, c'est-à-dire empêcher un ennemi de passer sur un pont à lui, dans une place à lui, et de déboucKer sur une contrescarpe à lui, dans une plaine.
Le maréchal haussa les épaules, et proposa au moins d'envoyer le marquis d'Harcourt le renforcer, qui demeuroit oisif où il étoit dans la situation présente . Harcourt, accoutumé à commander en chef, ami de Barbezieux et grand maître en souterrains à la cour, ne vouloit point tâter de cette jonction. Il proposa à la cour et au maréchal des partis téméraires, bien sûr qu'il ne les adopteroit pas, et que l'honneur de les avoir imaginés lui en feroit*. Le maréchal, aux ordres duquel il n'étoit point comme de ceux qui étoient en Flandres, ne pouvoit se commettre à lui en donner; et Harcourt, qui le sentoit, et qui le savoit mal de tout temps avec son ami Barbezieux, alloit à son fait de ne {toint joindre, et se moquoit de lui. Cette