‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 264 sur 352 · COURTIN, HARLAY · texte numérisé non relu

COURTIN, HARLAY

à celles de M. de Ghaulnes, et quitta Fintendance sans que le Roi Ty pût retenir. Le Roi avoit tant de confiance en lui pour les affaires de la paix, qu'il le pressa de demeurer plénipotentiaire, en consentant que M"* de Varangeville, sa fille, en eût le secret et écHvît tout sous lui; mais Une put se résoudre au voyage ni au travail. Avec ses yeux sa santé diminuoit. Il avoit été fort galant, et avoit passé toute sa vie dans les affaires et dans le plus grand monde, où il étoit fort goûté, et il voulut absolument mettre un intervaUe entre la vie et la mort : aussi ne parut-il guère depuis, et demeura fort retiré chez lui.

M. d'Harlay, avec une figure de squelette et de spectre, étoit galant aussi. Le chancelier Boucherat, son beau-père, étoit ami intime de M. de Ghaulnes, et M. de Ghaulnes, au temps de cette aventure, étoit aux couteaux tirés avec M. de Pontchartrain, premier président du parlement de Rennes : tous deux en Bretagne, et tous deux remuant l'un contre Tautre tout ce qu'ils pouvoient à la cour, à qui auroit le dessus dans leurs prétentions. Pontchartrain étoit aussi fort galant, et il avoit à Paris un commerce de lettres avec une femme avec qui il étoit fort bien, et qui avoit la confiance de tous ses ressorts contre M. de Ghaulnes. Le diable fit qu'Harlay devint amoureux de cette même femme, et qu'elle crut tout accommoder en ne se rendant pas cruelle au nouvel amant pour mieux servir l'autre. Le chancelier étoit instruit de tout par M. de Ghaulnes; il étoit déclaré pour lui contre Pontchartrain. Tout ce qui se tramoit pour l'un contre l'autre se passoit sous les yeux de Boucherat, et fort souvent par son ministère. Il aimoit passionnément M"* d'Harlay, sa fille, et ne cachoit rien à Harlay, qui logeoit avec lui. L'amour corrompit ce dernier jusqu'à hvrer son ami à sa maîtresse, et à lui rendre compte de tout ce qui se passoit de plus secret contre Pontchartrain.

Ge manège eut à peine duré deux ou trois mois, qu'il se présenta une question fort importante pour les deux ennemis, sur laquelle tous les ressorts furent mis en mouve-

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