MORT DE PUSSORT
Pussort, conseiller d'État et doyen du conseil, mourut bientôt après; il étoit aussi Tun des deux conseillers au conseil royal des finances, et avoit quatre-vingt-sept ou huit ans. M. Golbert Tavoit fait ce qu'il étoit; son mérite Favoit bien soutenu. Il étoit frère de la mère de M. Golbert, et fut toute sa vie le dictateur et, pour ainsi dire, l'arbitre et le maître de toute cette famille si unie. Il n'avoit jamais été marié, étoit fort riche et fort avare, chagrin, difficile, glorieux, avec une mine de chat fâché qui annonçoit tout ce qu'il étoit, et dont l'austérité faisoit peur et souvent beaucoup de mal, avec une malignité qui lui étoit naturelle ; parmi tout cela, beaucoup de probité, une grande capacité, beaucoup de lumière, extrêmement laborieux, et toujours à la tête de toutes les grandes commissions du conseil et de toutes les affaires importantes du dedans du royaume. G'étoit un grand homme sec, d'aucune société, de dur et de difficile accès, un fagot d'épines, sans amusement et sans délassement aucun, qui vouloit être maître partout, et qui l'étoit parce qu'il se faisoit craindre, qui étoit dangereux et insolent, et qui fut fort peu regretté. Gourtin devint, par cette mort, doyen du conseil, et le Roi lui voulut donner la place du conseil des finances; mais les mêmes raisons et le même esprit de retraite qui lui av oient fait refuser de traiter la paix le firent remercier de cette place, que Pomereu eut à son refus. G'étoit un conseiller d'État fort distingué en capacité, en lumière et en esprit, vif, actif, très-intègre et laborieux, mais brusque, plus que vif, capricieux, et que sa femme et ses domestiques ne laissoient pas toujours voir, même à ses amis les plus intimes : il en avoit et savoit les mériter ; il l'étoit fort de mon père, et fut toujours des miens. G'est le premier intendant qui ait été en Bretagne avec cette qualité et ce pouvoir.
Le fils aîné du comte d'Auvergne acheva de se déshonorer de tous points par un combat qu'il fit contre le chevalier de Gaylus, au sortir duquel il courut, éperdu, par les rues, l'épée à la main, dont il s'étoit très-misérablement
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servi. La querelle étoit venue pour du cabaret et des gueuses. Gaylus, qui étoit fort jeune et qui s' étoit bien battu, se sauva hors du royaume ; et le comte d'Auvergne profita descette triste occasion pour que son fils n'y rentrât plus. C'étoit, de tous points, un misérable, fort déshonoré, qui, à force d'aventures honteuses, fut obligé de se laisser déshériter et de prendre la croix de Malte. 11 fut pendu en effigie à la Grève, de cette dernière-ci, avec un grand regret de sa famille, non pas du jugement, mais de sa forme, parce que le Parlement, qui ne connoît de princes que ceux du sang, y procéda comme pour le plus obscur gentilhomme, malgré toutes les tentatives de distinction, dont MM. de Bouillon ne purent obtenir aucune. Cet exil hors du royaume fit depuis la fortune de Gaylus. De cette même affaire. M"* de Soissons fut chassée de Paris.
La paix s'approchant, le Roi la prévint par un trait de vengeance contre Milord Galloway, dont il n'auroit plus été temps bientôt après. Il étoit fils de Ruvigny, et c'est ce qu'il faut expliquer. Ruvigny étoit un bon mais simple gentilhomme, plein d'esprit, de sagesse, d'honneur et de probité, fort huguenot, mais d'une grande conduite et d'une grande dextérité. Ges qualités, qui lui avoient acquis une grande réputation parmi ceux de sa religion, lui avoient donné beaucoup d'amis importants et une grande considération dans le monde. Les ministres et les principaux seigneurs le comptoient, et n'étoient pas indifférents à passer pour être de ses amis, et les magistrats du plus grand poids s'empressoient aussi à en être. Sous un extérieur fort simple, c'étoit un homme qui savoit allier la droiture avec la finesse de vues et les ressources, mais dont la fidélité étoit si connue, qu'il avoit les secrets elles dépôts des personnes les plus distinguées. Il fut un grand nombre d'années le député de sa religion à la cour, et le Roi se servit souvent des relations que sa religion lui donnoit en Hollande, en Suisse, en Angleterre et en Allemagne, pour y négocier secrètement , et il y servit trèsutilement. Le Roi l'aima et le distingua toujours, et il fut