‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 290 sur 352 · EMBARRAS DES JÉSUITES · texte numérisé non relu

EMBARRAS DES JÉSUITES

ne les ménageoit en rien, et qu'ils n'avoient jamais pu ni l'adoucir ni être soutenus contre lui en aucune occasion. Leur partialité avoit donc été aperçue : elle fut appréhendée ; on voulut les contenir ; on en parla au Roi. On lui montra l'approbation du P. de la Chaise, et du P. Valois, confesseur des princes, du livre de Monsieur de Cambray ; on mit le Roi en colère, et il s'en expliqua durement à ces deux jésuites. Les supérieurs, inquiets des suites que cela pourroit avoir pour le confessionnal du Roi et des princes, et par conséquent pour toute la société, en consultèrent les gros bonnets à quatre vœux; et le résultat fut qu'il falloit céder ici à l'orage, sans changer de projets pour Rome. G'étoitle carême; le P. la Rue prêchoit devant le Roi : on fut donc tout à coup surpris que, le jour de l'Annonciation, ses trois points finis, et au moment de donner la bénédiction et de sortir de chaire, il demanda permission au Roi de dire un mot contre des extravagants et des fanatiques qui décrioient les voies communes de la piété, autorisées par un usage constant et approuvées de FÉglise, pour leur en substituer d'erronées, nouvelles, etc.; et de là prit son thème sur la dévotion à la sainte Vierge, parla avec le zèle d'un jésuite commis par sa société pour lui parer un coup dangereux, et fit des peintures d'après nature par lesquelles on ne pouvoit méconnoître les principaux acteurs pour et contre. Ce supplément dura une demi-heure, avec fort peu de ménag^ement pour les expressions, et se montra tout à fait hors d'oeuvre. M. de Beauvillier, assis derrière les princes, l'entendit tout du long, et il essuya les regards indiscrets de toute la cour présente. Le même jour, le fameux Bourdaloue et le P. Gaillard firent retentir les chaires qu'ils remplissoient dans Paris des mêmes plaintes et des mêmes instructions, et jusqu'au jésuite qui prêchoit à la paroisse de Versailles en fit autant.

La vérité est que le P. Bourdaloue, aussi droit en luimême que pur dans ses sermons, n'avoit jamais pu goûter ce qu'alors on nommoit quiétisme. Car, que la doctrine

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