‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 306 sur 352 · LE MARÉCHAL DE GHOISEUL · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL DE GHOISEUL

fourrages, où on fit la réjouissance de la prise d'Mh.

Pendant qu'on subsistoit ainsi tranquillement, tantôt dans un camp, tantôt dans un autre, suivant rabondance, le maréchal n'étoit pas sans inquiétude que le prince Louis de Baden n'en voulût à Fribourg. Ce soupçon et le remuement de leurs bateaux, qui l'empêcha de s'avancer davantage dans le Palatinat, quoique fort court de fourrage, le fit songer à passer le Rhin. H le proposa à la cour, et il en reçut la pet*mission, en même temps que Locmaria le joignit avec neuf escadrons et dix bataillons du Luxembourg. Le maréchal tint son dessein secret, partit dans sa chaise, suivi du duc de la Ferté, du comte du Bourg, de Mélac et de Praslin, d'une brigade de cavalerie et d'une de dragons, et s'en alla au fort Louis, où il arriva le dernier juin. 11 y fut joint par la cavalerie la plus à portée, puis par toute son infanterie, le marquis d'Huxelles resté avec presque rien à* Spire. Cependant il se hâta d'occuper les bois et les défilés de Stolhofen, pour pouvoir déboucher par là. Le marquis de Renti, avec toute la cavalerie, arriva le 3 juillet au fort Louis, où il passa le Rhin, et le même jour l'artillerie et les vivres joignirent aussi le maréchal de Choiseul assez près de la tête des chaussées. De toutes parts l'ordre et l'extrême diligence de l'exécution furent admirables. J'allai en arrivant voir le maréchal, qui ne m'en avoit dit qu'un mot léger à Ostoven, et qui m'en fit excuse sur ce qu'il n'avoit confié son projet qu'à ceux-là uniquement dont il ne pouvoit se passer pour l'exécuter, dans la crainte que le prince de Baden ne portât quelques troupes dans la plaine de Stolhofen, ce qui lui étoit bien aisé, et ce qui auroit empêché le passage du Rhin.

Pour tromper mieux M. de Baden, le marquis d'Huxelles, qui n'avoit à Spire que les troupes que Locmaria avoit amenées, et qu'il y avoit attendues absolument seul pendant vingt-quatre heures, fit passer le Rhin sur le pont de Philisbourg à quelques troupes et à force trompettes, cymbales et tambours, et persuada ainsi à l'ennemi que toute l'armée étoit là, ce qui le retint à trois lieues de là,

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