BELLE RETRAITE
ne vinssent le brûler de notre bord à l'île, ce qui en fil ôter les trois premiers bateaux toutes les nuits. Il servi! seulement à Fabondance du camp par le commerce avec les paysans d'Alsace; Qtla Bretesche, lieutenant général, fut chargé de tout ce côté-là. Chàmilly fit un grand fourrage du côté de la montagne ; au retour, il trouva force hussards, soutenus par Vaubonne avec des troupes; il y eut une petite action : Vaubonne fut chassé Fépée dans les reins jusqu'à un petit ruisseau, qui, avec les approches de la nuit, le délivra de la poursuite; Praslin s'y distingua fort ; il y eut assez de gens des ennemis tués, et fort peu des nôtres.
M. le maréchal de Choiseul demeura seize jours dans ce camp ; les fourrages vinrent à manquer tout à fait, il fallut songer à en sortir. On défit le pont de bateaux, et tout aussitôt le bruit se répandit qu'on alloit décamper. Pour l'apaiser, Saint-Frémont fut détaché, le 48, avec presque tous les caissons de l'armée, sous prétexte d'aller quérir un grand convoi au fort Louis. En effet, il revint le même jour avec beaucoup de ces mêmes caissons. Gela trompa, et fit croire qu'on séjourneroit encore quelque temps. Le maréchal m'avoit confié son dessein. Notre camp étoit disposé de manière que les ennemis le voyoient en entier, excepté quelques endroits interrompus par des avances de haies et de bois, et les deux brigades de cavalerie qui fermoient la gauche de la secîOnde ligne de dixneuf escadrons, ' Horn et Ligondez, dont j'étois, et deux régiments de dragons qui couvroient ce filanc; mais la gauche entière de la première ligne, qui étoit devant nous, étoit vue en plein. Le 19 juillet, sur les onze heures du matin, toute l'armée eut ordre de charger les gros bagages, une heure après, les menus, avec défenses de détendre et de rieji remuer; à deux heures après midi, nos deux brigades et les dragons nos voisins, que les ennemis ne voyoient pas, comme je viens de l'expliquer, reçurent ordre de détendre et de marcher sur-le-chainp sans bruit. La Bretesche, lieutenant général, et Montgo-
[1697] DU xMARÉCHAL DE CHOISEUL. 439
mery, maréchal de camp, officiers généraux de la seconde ligne de cette aile, vinrent la prendre et la menèrent au delà des bois par lesquels nous étions arrivés, passer la nuit dans la plaine de Stolhofen ; et cependant les gros et menus bagages, Tartillerie inutile et tous les caissons filèrent entre le Rhin et nous. La Bretesche avoit défenses expresses de branler, quelque combat qu'il entendît. La raison en étoit qu'il restoit assez de troupes pour combattre dans un lieu aussi étroit qu'étoit celui d'où on se retiroit, qu'il falloit une grosse escorte pour tous les bagages de l'armée, et qu'en cas de malheur, nos troupes se seroient trouvées toutes fraîches et en bon ordre dans la plaine, pour recevoir et soutenir tout ce quidéboucheroitles bois, venant de notre camp.
Sur les six heures du soir, le maréchal monta sur tette hauteur retranchée de sa droite, à laquelle il avoit fait travailler exprès tout le jour, et disposa toute son affaire avec tant de justesse, qu'avec le signal d'un bâton levé en l'air, avec du blanc au bout, de distance en distance, ce ne fut qu'une même chose que détendre, charger, monter à cheval, marcher, et quoiqu'ait petit pas, perdre les ennemis de vue. Comme il ne restoit nulle sorte d'équipage au camp, et que tout étoit sellé et bridé, cette grande armée disparut en un moment, en plein jour, aux yeux des ennemis. L'armée marcha sur deux colonnes. Le régiment colonel général de cavalerie fit l'arrièregarde de la gauche avec du canon, et le prince de Talr mont ensuite avec les gardes ordinaires , enfin un détachement de cavalerie, sous un lieutenant-colonel qui étoit commandé tous les jours à Rastadt. Le bonhomme la Freselière, lieutenant général, conduisoit cette arrièregarde. Le maréchal fit celle de la droite avec la gendarmerie et quelques détachements derrière elle, et Chamarande fit,, avec tous les grenadiers de l'armée, l'arrièregarde de tout. Montgon, qui par son poste devoit être avec nous, obtint du maréchal de demeurer auprès de lui. Avant la nuit noire, presque toute l'arguée avoit