‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 315 sur 352 · LE ROI DÉCLARE L'ÉLECTION · texte numérisé non relu

LE ROI DÉCLARE L'ÉLECTION

jour. L'évoque, le grand général Jablonowski, le petit général Potoski et leurs partisans, appuyés des palatinats de Cracovie, Gujavie, Siradie et Masovie, s'élevèrent contre, et révoque de Cracovie montra l'acte d'abjuration de l'électeur de Saxe, signé de l'évêque de Javarin, que le nonce Davia aiïirma être sa véritable signature : [ils] élurent ce prince, et contre toutes les formes, les lois et le droit du primat, l'évêque de Gujavie proclama l'électeur de Saxe roi de Pologne et grand-duc de Lithuanie dans le champ de l'élection , et y entonna le Te Deum, que les siens chantèrent tout de suite. Le primat, de son côté, à la tête des siens et des vingt-huit autres palatinats, proclama le prince de Conti ; et le prince Radziv^il, voyant ce désordre, crut pouvoir ramener le palatinat de Masovie, où il avoit quantité de vassaux, et marcha droit à lyi. On lui cria qu'on le tueroit s'il s'avançoit davantage ; mais au lieu de s'intimider, il se hâta, et saisissant l'enseigne plantée à leur tète, leur cria qu'il falloit donc le tuer ou le suivre, et tous le suivirent. Il marcha donc avec cette foule de sénateurs et de nonces à Varsovie, avec le primat, qui entra dans la cathédrale de Saint-Jean (car Varsovie est du diocèse de Posnanie), chanta le TeDeiim, et Attirer le canon dans l'arsenal, suivant les règles, les lois et les formes.

Galleran, secrétaire de l'abbé de Polignac, arriva le jeudi H juillet, de bonne heure, à Marly, avec cette bonne nouvelle. Le Roi la tint secrète, et envoya à Monseigneur et à M. le prince de Gonti, que le courrier du Roi trouva revenant de Meudon à Marly. Après la promenade, où M. le prince de Gonti l'alla trouver, et qui s'acheva sans parler de Pologne, le Roi, rentré chez M"** de Maintenon, y fit appeler Torcy, et envoya chercher le prince de Gonti, qui se jeta à ses genoux. Il y avoit par le courrier de l'abbé de Polignac une lettre de lui et une de l'abbé de Châteauneuf, toutes deux fort courtes, qui le traitoient de roi. avec le dessus à Sa Majesté polonoise. Le Roi, après avoir félicité le prince de Gonti et reçu ses remerciements, vou-

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lut aussi le traiter en roi de Pologne; mais ce prince le supplia d'attendre que son élection fût plus certaine et hors de toute crainte de revers, pour n'être point embarrassé de lui, si, contre toute espérance, il arrivoit quelque révolution en faveur de l'électeur de Saxe. Cette modestie, qui venoit de désir, fut fort louée; le Roi y consentit, et ne laissa pas de vouloir rendre la nouvelle publique : il sortit donc de la chambre de M"* de Maintenon dans le grand cabinet, où il y avgit beaucoup de dames de celles quiavoient la privance d'y entrer, à qui le Roi dit,'en leur montrant le prince de Conti : « Je vous amène un roi. » Aussitôt la nouvelle se répandit partout; le prince de Conti fut étouffé de compliments, et il alla à Saint-Germain la dire au roi et à la reine d'Angleterre, à qui le Roi le manda aussi par le duc de la Trémoille, et l'envoya en même temps dire aussi à Monsieur à Saint-Gloud.

L'électrice de Brandebourg S zélée protestante, ne sut des desseins et des démarches de l'électeur que ce qu'il ne put cacher. Elle l'y traversa dans tout ce qu'elle en put apprendre ; et lorsqu'elle sut qu'il s'étoit fait catholique, le jour de la Trinité, elle en fut outrée au point qu'[elle] s'en blessa et en accoucha. Elle dépêcha au marquis de Brandebourg Gulbach, son père, de venir en Saxe pour en prendre l'administration, ce qu'il eut la sagesse de ne pas faire. L'électeur l'avoit donnée, en son absence, au mari de la princesse de Furstemberg, que nous avons ici, et qui est catholique. 11 en prit donc le gouvernement; mais l'électrice ne voulut jamais souffrir qu'il fît célébrer la messe à Dresde. Pendant ce contraste domestique, l'électeur s'étoit avancé tout auprès de Gracovie, avec cinq ou six mille hommes de ses troupes et force Polonois de son parti.

Malgré cela, celui du prince de Gonti tenoit bon, et il en arriva, le 30 août, un courrier, avec des nouvelles qui

1- Tel est bien le texte du manuscrit; il faut lire : « L'électrice de Saxe. » On verra quelques lignes plus bas qu'elle était fille du marquis de Brandebourg Gulbach.

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