FRÈRE DE M"' DE MAINTENON
commun dans une espèce de retraite et d'exercices de piélé, sous la direction de quelques prêtres de Saint-Sulpice. M"* d'Aubîgné, pour avoir la paix, et plus encore parce que M"* de Maintenon le voulut, se retira dans une communauté, et disoit U)ut bas à ses commères que cela étoit bien dur et qu'elle s'en seroit fort bien passée. M. d'Aubigné ne laissa ignorer à personne que sa sœur se moquoit de lui de lui faire accroire qu'il étoit dévot, qu'on Fassiégeoit de prêtres, et qu'on le feroit mourrir chez ce M. Doyen. Il n'y tint pas longtemps sans retourner aux filles, aux Tuileries et partout où il put; mais on le rattrappa, et on lui donna pour gardien un des plus plats prêtres de Saint-Sulpice, qui le suivoit partout comme son ombre et qui le désoloit. Quelqu'un de meilleur aloi n'eût pas pris un si sot emploi ; mais ce Madot n'avoit rien de meilleur à faire, et n'avoit pas l'esprit de s'occuper, ni même de s'ennuyer. 11 remboursoit force sottises, mais il étoit payé pour cela, et gagnoit très-bien son salaire par une assiduité dont il n'y avoit peut-être que lui qui pût être capable. M. d'Aubigné n'avoit qu'une fille unique, dont M"* de Maintenon avoit toujours pris soin, qui ne quittoit jamais son appartement partout, et qu'elle élevoit sous ses yeux comme sa propre fille.
J'arrivai à Paris avec la plupart de ce qui avoit servi en Flandres et en Allemagne, et j'allai tout aussitôt à Versailles, où la cour ne faisoit guère qu'arriver de Fontainebleau. M"* de Saint-Simon y avoit été tout le voyage fort agréablement, et le Roi me reçut avec toute sorte de bonté. Je trouvai une petite tracasserie domestique, que je ne dédaignerai pas de mettre ici, comme l'entrée à des choses plus considérables, dont on aime à se souvenir des échelons, et qui expliquera aussi la cour naissante de la princesse, sur qui tout le monde avoit les yeux, parce qu'elle faisoit déjà beaucoup l'amusement du Roi et de M"' de Maintenon. La cour ne la voyoit que deux fois la semaine, à sa toilette. Elle étoit donc renfermée avec ses dames, et le Roi y en joignit quelques autres, pour qu'elle ne vît pas Saint-Simon i. 31
482 COUR ET VIE PAniICULIÈRE [1697]
toujours les mêmes visages, et c'étoit une extrême faveur pour celles qui eurent cette privance. Les duègnes furent les duchesses de Chevreuse, de Beauvillier et de Roquelaure, la princesse d'Harcourt et M"* de Soubise ; quatre entre deux âges, dont trois comme nièces de la duchesse du Lude, qui furent les duchesses d'Uzès, de Sully, et M"* de Bouflflers, et M"* de Beringhen; et deux autres duègnes, qui sans être mandées avoient liberté d'y aller tant qu'il leur plaisoit; c'étoient aussi des favorites, M"" de Montchevreuil et d'Heudicourt ; les autres n'y venoient que mandées. Les jeunes étoient trois femmes de secrétaires d'État, M"" de Maurepas, de Barbezieux et de Torcy, et trois filles qui ne paroissoient en nul autre lieu qu'en ce particulier et chez leurs mères, M"* de Chevreuse. M"* d'Ayen et M"* d'Aubigné. Les vieilles étoient peu mandées et s'excusoient souvent, et c'étoit plutôt une distinction qu'une compagnie; les autres étoient pour l'amusement et surtout pour les promenades. Le Roi et M"' de Maintenon n'y vouloient rien que du plus trayé dans leur goût, et le dessein étoit d'accoutumer ainsi la princesse par un petit nombre de tous âges, et de la former par la conversation et les manières des vieilles, et de la divertir par la compagnie des jeunes. On en demeura à ce nombre. Plusieurs essayèrent d'être admises, qui furent refusées, entre autres la duchesse de Villoroy et les deux filles de Monsieur le Grand, dont la duchesse du Lude fut fort mortifiée.
La figure, la modestie, le maintien de M"* de Saint- Simon avoit plu au Roi à Fontainebleau; il s'en étoit expliqué plusieurs fois : cela donna lieu à la comtesse de Roucy, et ensuite à la maréchale de Rochefort, amie de M"* la maréchale de Lorges, de proposer à la duchesse du Lude de faire initier M"* de Saint-Simon chez la princesse. La duchesse du Lude, qui crut que la maréchale de Lorges les en avoit priées, vint chez elle; elle y apprit d'elle-même qu'elle n'y avoit point pensé, et n'en avoit jamais parlé à ces dames ; sur quoi la duchesse du Lude