‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 349 sur 352 · FORTUNE DES LA VIENNE · texte numérisé non relu

FORTUNE DES LA VIENNE

duchesse de Chartres, obtint la charge d'aumônier ordinaire. C'étoit un homme extrêmement aimable dans la société, que le Roi s'étoit caprice de ne point faire évêque, dont aussi il n'avoit pas trop pris le chemin. Il étoit fort honnête homme, et avoit beaucoup d'amis. Intimement lié avec son frère et sa belle-sœur, et logeant avec eux, il voulut ne les point quitter, demeurer honnêtement à la cour, et avoir un logement.

Cela me fait souvenir que j'ai oublié une bagatelle qui

ne Test rien moins chez ces princesses : c'est de parler de

la première femme de chambre de M™' la duchesse de

Bourgogne. Le Roi choisit M"' Cantin S bien faite, polie,

fort à sa place, douce, obligeante, et sachant fort le

monde. Elle étoit femme de Cantin et beUe-sœur de la

Vienne. Ce la Vienne, qui avoit fait plus d'un métier, étoit

devenu baigneur, et si à la mode, que le Roi, du temps de

ses amours, s'alloit baigner et parfumer chez lui, car jamais

homme n'aima tant les odeurs, et ne les craignit tant après,

à force d'en avoir abusé. On prétendoit que le Roi, qui

n'avoit pas de quoi fournir à tout ce qu'il desiroit, avoit

trouvé chez la Vienne des confortatifs qui l'avoient rendu

plus content de lui-même, et que cela, joint à la protection

de M"* de Montespan, le fit enfin premier valet de chambre.

11 conserva toute sa vie la confiance du Roi. On en a vu

un trait sur l'aventure de M. du Maine en Flandres et

de la gazette d'Hollande. La Vienne, qui avoit passé sa vie

avec les plus grands seigneurs, n'avoit jamais pu apprendre

le moins du monde à vivre. C'étoit un gros homme noir,

frais, de bonne mine, qui gardoit encore sa moustache

comme le vieux Villars, rustre, très-volontiers brutal, pair

et compagnon avec tout le monde, et ce qui est plaisant,

parce qu'il n'en savoit pas davantage, car il n'étoit point

glorieux et n'avoit d'impertinent que l'écorce, honnête

homme, ni méchant ni malfaisant, même bon homme et

serviable. Il avoit poussé son frère Canlin, qu'il avoit fait

1. D'après les actes çfficiels, la vraie ortographe de ce nom est Que:itin.

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