‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 51 sur 352 · MADAME DE SAINT-VALLERY. [1692J · texte numérisé non relu

MADAME DE SAINT-VALLERY. [1692J

>!'" de Saint-VaUery fut dame d'honneur, et Montchevreuil, qui avoit été gouverneur de M. du Maine, et qui conduisoit toute sa maison, continua dans cette dernière fonction et demeura gentilhomme.de sa chambre.

M"" de Saint-VaUery étoit fille de Montlouet, premier écuyer de la grande écurie, peiit-fils cadet de Bulhon. surintendant des finances, et elle étoit veuve depuis un an d'un fils cadet de Gamaches, chevalier de l'ordre en 1661, sans enfants, par conséquent belle-sœur de Gayeu, depuis Gamaches, duquel il y aura occasion de dire un mot ; et la mère de M""" de Saint-VaUery étoit Rouault, cousine germaine paterneUe de Gamaches, le chevalier de Tordre. G'étoit une femme grande, belle, agréable, très-bien faite, de fort peu d'esprit, à qui la douceur et une vertu jamais démentie, et une piété solide tenoit heu de tout le reste, et la rendit aimable et respectée de toute la cour, où elle ne vint que malgré elle. Aussi n'y demeura-t-elle que le moins qu'elle put. Elle s'aperçut qu'on avoit envie de sa place, où tout lui déplaisoit, et que M. du Maine se radoucissoit autour d'elle, ou natureUement, ou de dessein. 11 n'en fallut pas davantage pour lui faire demander à se retirer, avec la douleur de toute la cour, que sa beauté, sa vertu, sa modestie, et le grand air de toute sa personne avoit charmée. On mit en sa place M™" de ManneviUe, femme du gouverneur de Dieppe et [beUe-fille] de la dernière duchesse de Luynes, fiUe du chanceher Aligre. M"* de ManneviUe étoit tiUe de Montchevreuil ; et c'étoit teUementleur vrai baUot qu'on ne comprend pas comment eUe n'y avoit pas été mise d'abord.

Montchevreuil étoit Mornay de bonne maison, sans esprit aucun, et gueux comme un rat d'église. ViUarceaux, de même maison que lui, étoit un débauché fort riche, ainsi que l'abbé son frère, avec qui il vivoit. ViUarceaux entretint longtemps M"** Scarron, et la tenoit presque tout Tété à ViUarceaux. Sa femme, dont la vertu et la douceur donnoient une sorte de respect au mari, lui devint une peine de mener cette vie en sa présence. 11 proposa à son

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cousin Montchevreuil de le recevoir chez lui avec sa compagnie, et qu'il mettroit la nappe pour tous. Cela fut accepté avec joie, et ils vécurent de la sorte nombre d'étés à Montchevreuil. La Scarron devenue reine eut cela de bon qu'elle aima presque tous ses vieux amis dans tous les temps de sa vie. Elle attira Montchevreuil et sa femme à la cour, où les ViUarceaux, trop libertins, ne se pouvoient contraindre ; elle voulut Montchevreuil pour un des trois témoins dv. son mariage avec le Roi ; elle lui procura le gouvernement de Saint-Germain en Laye, l'attacha à M. du Maine, le fit chevalier de l'ordre avec le fils de ViUarceaux, au refus du père, en 1688, qui l'aima mieux pour son fils que pour luimême, et mit sous la conduite de M"* de Montchevreuil M"* de Blois jusqu'à son mariage avec M. le duc de Chartres, après avoir été gouvernante des filles d'honneur de Madame la Dauphine, emploi qu'elle prit par pauvreté.

Montchevreuil étoit un fort honnête homme, modeste, brave, mais des plus épais. Sa femme, qui étoit Boucher d'Orsay, étoit une grande créature maigre, jaune, qui rioit niais, et montroit de longues vilaines dents, dévote à outrance, d'un maintien composé, et à qui il ne manquoit que la baguette pour être une parfaite fée. Sans aucun esprit elle avbit tellement captivé M"* de Maintenon qu'elle ne voyoit que par ses yeux, et ses yeux ne voyoient jamais que des apparences et la laissoient la dupe de tout. EUe étoit pourtant la surveillante de toutes les femmes de lu cour, et de son témoignage dépendoient les distinctions ou les dégoûts, et souvent par enchaînement les fortunes. Tout jusqu'aux ministres, jusqu'aux filles du Roi trembloient devant elle ; on ne l'approchoit que difficilement ; un sourire d'elle étoit une faveur qui se comptoit pour beaucoup. Le Roi avoit pour eUe une considération la plus marquée. Elle étoit de tous les voyages, et toujours avec M"* de Maintenon.

Le mariage de M. du Maine causa une rupture entre Madame la Princesse et la duchesse d'Hanovre, sa sœur, qui avoit fort désiré M. du Maine pour une de ses filles,

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et qui prétendit que Monsieur le Prinee lui avoit coupé rkerbe sous le pied. Elle vivoit depuis longtemps en France avec ses deux filles, déjà fort grandes. Elles n'avoient aucun rajng^ n'alloient point à la cour, voyoient peu de monde, et jan^ais Madame la Princesse qu'en particulier. Elles ne laissoient pas d'avoir usurpé peu à peu de marcher avec deux carrosses, force livrée, et un faste qui ne leur convenoit point à Paris. Avec -ce cortège, elle rencontra M*"*" de BouiUon dans les rues, à qui les gens de TAllemande firent quitter son chemin, et la firent ranger avec une grande hauteur. Ce fut quelque temps après le mariage de M"* du Maine. M"* de Bouillon, fort ofifensée, n'entendit point parler de M"* d'Hanovre. Sa familleétoit nombreuse et lors en grande splendeur, elle-mén»e tenoitun grand état chez elle; les Bouillons, piqués à l'excès, résolurent de se venger et l'exécutèrent. Un jour qu'ils surent que M™* d'Hanovre devoit aller à la comédie, ils y aEèreht tous, avec M'"* de Bouilkm et une nombreuse livrée. Elle avoit ordre de prendre querelle avec celle de M'"* d'Hanovre , et l'exécution fut complète : les gens de la dernière battus à outrance, les harnois de ses chevaux coupés, son carrosse fort maltraité. L'Allemande fit les hauts cris, se plaignit au Roi, s'adressa à Monsieur le Prince, qui, mécontent de sa bouderie, n'en remua pas ; et le Roi, qui aimoit mieux les trois frères Bouillon qu'elle, qui avoit le premier tort et s'étoit attiré cette insulte, ne voulut point s'en mêler, en sorte qu'elle en fut pour ses plaintes et qu'elle apprit à se conduire plus modestement. Elle en demeura si outrée, que dès lors elle résolut de se retirer avec ses filles en Allemagne, et quelques mois après elle l'exécuta. Ce fut leur fortune : elle maria son aînée au duc de Modène, qui venoit de quitter le chapeau de cardinal pour succéder à son frère; et quelque temps après, le prince de Salm, veuf de sa sœur, gouverneur, puis grand maître de la maison du fils aîné de l'empereur Léopold, roi de Bohême, puis des Romains, fit le mariage de ce prince avec Amélie, son autre fille.

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