‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 57 sur 352 · MORT DE MON PÈR · texte numérisé non relu

MORT DE MON PÈR

s'écria-t-on qu'il se trou voit mal : il n'y avoit plus d'huile à la lampe. *

tPen appria la triste nouvelle eu revenant c^u coucher du Roi, qui se purgeoit le lendemain. La nuit fut donnée aux justes sentiments de la nature. Le lendemain j'allai de bon matin trouver Bontenips, puis le duc de Beauvillier, qui étoit en année, et dont le père avoit été ami du mien. M. de Beauvillier me témoignoit mille bontés chez les princes dont il étoit gouverneur, et me promit de demander au Roi les gouvernements de mon père en ouvrant son rideau. Il les obtint sur-le-champ. Bontemps, fort attaché à mon père , accourut me le dire à la tribune où j'attende is ; puis M. dé Beauvillier lui-même, qui me dit de me trouver à trois heures dans la galerie, où il me feroit appeler et entrer par les cabinets, à l'issue du dîner du Roi.

Je trouvai la foule écoulée de sa chambre. Dès que Monsieur, qui étoit debout au chevet du lit du Roi, m'aperçut : « Ah! voilà, dit-il tout haut, M. le duc de Saint-Simon. » J'approchai du lit, et fis mon remerciement par une profonde révérence. Le Roi me demanda fort comment ce malheur étoit arrivé, avec beaucoup de bonté pour mon père et pour moi : il savoit assaisonner ses grâces. Il me parla des sacrements que mon père n' avoit pu recevoir; je lui dis qu'il y avoit fort peu qu'il avoit fait une retraite de plusieurs jours à Saint-Lazare, où il avoit son confesseur et où il avoit fait ses dévotions, et un mot de la piété de sa vie. Le colloque dura assez longtemps, et finit par des exhortations à continuer d'être sage et à bien faire, et qu'il auroit soin de moi.

Lors de la maladie de mon père à Blaye, plusieurs personnes demandèrent au Roi le gouvernement de Blaye, d'Aubigné entre autres , frère de M"* de Maintenon , à qui il répondit plus brusquement qu'il n'avoit accoutumé : « Est-ce qu'il n'a pas un fils? » En effet, le Roi, qui s'étoit fermé à n'accorder plus de survivances, s'étoit toujours fait entendre à mon père qu'il me destinoit son gou-

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vcrnement. Monsieur le Prince muguctoit fort celui de Senlis, qu'avoit mon oncle ; il l'avoit demandé à sa mort. Le Roi le donna à mon père, et je l'eus en même temps que celui de Blaye.

Tout ce qui avoisinoit Chantilly étoit envié par Monsieur le Prince. Il embla^ à mon oncle la capitainerie des chasses de Senlis et d'Hallastre en vrai Scapin. Mon oncle, aîné de huit ans de mon père, avoit eu ce gouvernement et cette capitainerie de son père, qui étoient depuis longtemps dans la maison , et depuis des siècles avec peu d'intervalle. Son grand âge et un trcmbement universel qui n'attaqua jamais sa tête ni sa santé Tavoient retiré depuis bien des années du monde. 11 passoit les hivers à Paris, où il en voyoit fort peu, et sept ou huit mois à sa campagne tout auprès de Senlis. Sa femme, dont il n'avoit point d'enfants, étoit aussi vieille que lui. Elle étoil sœur du père du duc d'Uzès, et avoit épousé en premières noces le marquis de Portes, de la maison de Budos, chevalier de l'ordre ainsi que mon oncle, et vice-amiral de France, tué au siège de Privas. Il étoit frère de la connétable de Montmorency, mère de Madame la Princesse, grand'mère de Monsieur le Prince et du dernier duc de Montmorency, décapité à Toulouse. Monsieur le Prince l'appeloit toujours sa tante, et les alloit voir assez souvent de Chantilly.

Un beau jojir il fut leur conter dans leur retraite que le Roi, importuné des plaintes de ceux qui se trouvoient enclavés dans les capitaineries royales, alloit rendre un édit pour les supprimer toutes, à l'exception de celles de ses maisons qu'il habitoit et des bois et plaines qui environnoient Paris; que les leurs alloient donc être supprimées; que cependant il espéroit cette considération du Roi que si elles étoient entre ses mains qu'il les lui conserveroit ; qu'eux-mêmes y trouveroient doublement leur compte, parce que ces capitaineries étant conservées, il(>

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