‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 76 sur 352 · CONTRE LE MARQUIS DE VARDES · texte numérisé non relu

CONTRE LE MARQUIS DE VARDES

des visites au Marais. Comme ils descendoi«nt ensemble le degré, mon père feignit d'avoir oublié quelque chose en haut, s'excuse et remonte, puis redescend, trouve la Roque Saint-Chamarant , très-brave gentilhomme qui lui étoit fort attaché et qui commandoit son régiment de cavalerie, qui lui devoit-eervir de second, monte avec lui en carrosse, Pt s'en vont à la porte Saint-Honoré. Vardes, qui attendoit au coin d'une rue, joint le carrosse de mon père, le frôle, le coupe : coups de fouet de son cocher, riposte de celui de mon père ; tète aux portières, arrêtent, et pied à terre. Ils mettent Fépée à la main. Le bonheur en voulut à mon père : Vardes tomba et fut désarmé. Mon père lui voulut faire demander la vie; il ne le voulut pas. Mon père lui dit qu'au moins il le balafreroit; Vîtrdes l'assura qu'il étoit trop généreux pour le faire, mais qu'il se confessoit vaincu. Alors mon père le releva et alla séparer les seconds. Le carrosse de mon père se trouvant par hasard le plus proche, Vardes parut pressé d'y monter. Mon père et la Roque Saint-Ghamarant y montèrent avec lui, et le remenèrent chez lui. Il se trouva mal en chemin, et blessé au bras. Us se séparèrent civilement en braves gens, et mon père s'en alla chez lui.

M"* de Châtillon, depuis de Meckelbourg, logeoit dans une des dernières maisons, près de la porte Saint-Honoré, qui, au bruit des carrosses et des cochers, mit la tète à la fenêtre, et vit froidement tout le combat. Il ne tarda pas à faire grand bruit. La Reine, Monsieur, Monsieur le Prince, Pt tout ce qu'il y avoit de plus distingué, envoyèrent chez 'non père, qui peu après alla au Palais-Royal, et trouva la Heine au cercle. On peut croire qu'il y essuya bien des questions, et que ses réponses étoient bien préparées. Pen- <iant qu'il recevoit tous ces compliments, Vardes avoit été conduit à la Bastille, par ordre de la Reine, et y fut dix ou douze jours. Mon père ne cessa de paroître à la cour et partout, et d'être bien reçu partout. Telle fut la fin de cette affaire, qui ne passa jamais que pour ce qu'elle parut, et Vardes pour l'agresseur. Il eut un grand chagrin de son triste

Page 1