‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 113 sur 333 · NOIR ARTIFICE DES LORRAINS · texte numérisé non relu

NOIR ARTIFICE DES LORRAINS

j'en puis trouver le moyen, je parlerai à mon tour. » Cela me détermina.

Je remonte chez le Roi, et voulus m'avancer au duc de Noailles, qui sortoit de prendre Tordre. Il ne jugea pas devoir paroître avec moi, et me dit en passant de parler au coucher. Boufïlers, à qui Noailles avoit conté Taffaire, m'en dit autant, et qu'il ne s'avanceroit point pour prendre Tordre que je n'eusse parlé. Je m'approchai de la cheminée du saJon, et quand le Roi vint, je me contentai de le voir aller se déshabiller. Comme il eut donné le bonsoir, et qu'à son ordinaire il se fut retiré le dos au coin de la cheminée pour donner Tordre, tandis que tout ce qui u'avoit pas les entrées sortoit, je m'avançai à lui, et lui aussitôt se baissa pour m'écouter en me regardant fixement. Je lui dis que je venois d'apprendre tout à l'heure la plainte que Monsieur le Grand lui avoit faite de M"* de Saint-Simon, que rien au monde ne me touchoit tant que Thonneur de son estime et de son approbation, et que je le suppliois de me permettre de lui conter le fait; et tout de suite j'enfile ma narration telle que je l'ai faite ci-dessus, et sans en oublier une seule circonstance. Je m'en tins là, suivant le conseil de M. de la Rochefoucauld : je n'ajoutai aucune plainte ni des Lorrains ni de Monsieur Je Grand, et je me contentai de lui avoir donné, par le simple et véritable exposé du fait, un parfait démenti. Le Roi ne m'interrompit jamais d'un seul mot depuis que j'eus ouvert la bouche. Quand j'eus fini, il me répondit : u Cela est bien, Monsieur, » d'un air très-gracieux et content ; « il n'y a rien à cela, » en souriant avec un signe de tête comme je me retirois. Après quelques pas faits, je me rapprochai du Roi avec vivacité, je Tassurai de nouveau que tout ce que je lui avois avancé étoit vrai de point en point, et je reçus la même réponse.

L'heure de parler au Roi étoit tellement indue, les spectateurs avoicnt trouvé le discours si long et si actif de ma part, et si bien reçu à Tair du Roi, que leur curiosité étoit extrême de savoir ce qui m'avoit pu engager à une

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