Comme^ pour continent
sion. Dans ces moments critiques, Pompone supputa, et crut qu'il auroit le temps d'aller passer quelques jours à PomponCi M"* de Soubise étoit bien au fait de tout : c'étoit le* temps florissant de sa beauté et de sa faveur. Elle étoit amie de Pompone, mais elle n'osoit s'expliquer : elle se contenta de le conjurer de remettre ce petit voyage, et de l'avertir qu'elle voyoit des nuages qui ne dévoient pas lui permettre de s'absenter; elle le pressa autant qu'il lui fut possible. Les gens les plus parfaits ne sont pas sans défauts : il ne put comprendre tout ce que M** de Soubise vouloit qu'il entendit, ni avoir la complaisance de sacrifier ce petit voyage à son conseil et à son amitié; Pompone est à six lieues de Paris.. Pendant son absence, arriva le courrier de Bavière, et en même temps une lettre à M. de Louvois, qui avoit ses gens partout : c'étoit la conclusion, avec le détail de tous les articles, du traité et du mariage. Louvois va tout aussi[tôt] porter sa lettre au Roi, qui s'étonne de n'avoir point de nouvelles par ailleurs. Les dépêches de Pompone étoient en chiffre, et celui qui déchiffroit se trouva à l'Opéra, où il s'étoit allé divertir en l'absence de son maître. Tandis que le temps se passe à l'Opéra, puis à déchiffrer, et cependant à aller et à venir de Pompone, Colbert et Louvois ne perdirent pas de temps : ils mirent le Roi en impatience et en colère, et s'en surent si bien servir que Pompone, en arrivant à Paris, trouva un ordre du Roi de lui envoyer les dépèches et sa démission, et de s'en retourner à Pompone.
Ce grand coup frappé, Louvois, dont Colbert, qui avoit ses raisons, avoit exigé de ne pas dire un mot de toute cette menée à son père, se hâta de lui aller compter la menée et le succès : « Mais, lui répondit froidement rhabile le Tellior, avez-vous un homme tout prêt pour mettre en cette place? — Non, lui répondit son fils, on n'a songé qu'à se défaire de celui qui y étoit, et maintenant la place vide ne manquera pas, et il faut voir de qui la remplir. — Vous n'êtes qu'un sot, mon fils, avec tout
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votre esprit et vos vues, lui répliqua le Tellier; M. Colbert en sait plus que vous, et vous verrez qu'à Thenre qu'il est il sait le successeur, et il Fa proposé ; vous serez pis qu'avec Thomme que vous avez chassé, qui, avec toutes ses bonnes parties, n'étoit pas au moins plus à M. Colbert qu'à vous : je vous le répète, vous vous en repentirez. » En effet, Colbert s'étoit assuré de la place pour son frère Croissy, lors à Aix-la-Chapelle, comme je Fai dit en rapportant sa morts et ce fut un coup de foudre pour le Tellier et pour Louvois, qui les brouilla plus que jamais avec Colbert, et par une suite nécessaire, avec ce frère. Pompone sentit sa chute et *son vide, mais il les supporta en homme de bien et de courage, avec tranquillité. 11 eut peu après liberté de venir et de demeurer à Paris. Aucun de ses amis ne le délaissa; tout le monde prit part à sa disgrâce. Les étrangers, en regrettant sa personne, qu'ils aimoient, et lui continuant toujours des marques> de considération dans les occasions qui s'en pouvoient présenter, furent bien aises d'être soulagés de sa capacité.
Le Roi, après quelque temps, voulut voir Pompone par derrière dans ses cabinets. Il le traita en prince qui le regrettoit, et lui parla même de ses affaires. De temps en temps, mais rarement, cela se répétoit, et toujours sur le même pied de la part du Roi. A la fin, en une de ces audiences, le Roi lui témoigna la peine qu'il avoit ressentie en l'éloignant, et qu'il ressentoit encore, et Pompone y ayant répondu avec le respect et l'affection qu'il devoit, le Roi continua à lui parler avec beaucoup d'estime et d'amitié : il lui dit qu'il avoit toujours envie de le rapprocher de lui, qu'il ne le pou voit encore, mais qu'il lui demandoit sa parole de ne point s'excuser, et de revenir dans son conseil dès qu'il le manderoit, et en attendant de lui garder le secret de ce qu'il lui disoit ; Pompone le lui promit, et le Roi l'embrassa. L'événement a fait voir ce que le Roi pensoit alors : c'étoit de se défaire de M. de Louvois en l'envoyant à la Bastille. La parenthèse en se*
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roit déplacée îd ; je |K>iirrai aToîr lîea alBeiirs de raconter un fait si curieux. Dans le moment que ce ministre fut mort, le Roi écnrit de sa main à Pompone de reTenîr sur-le-champ prendre sa place dans ses conseils. Un gentilhomme ordinaire da Roi fat chargé en secret de ce message par le Roi même. 11 trouTa cet illustre disgracié i Pompone, qui s'afloit mettre au lit. Le lendemain matin il Tint à Versailles, et débarquer chez Bontemps, qui le mena par les derrières chez le Roi. On peut juger des grâces de cette audience : le Roi ne dédaigna pas de lui faire des excuses de FaToir éloigné et de TaToir rapproché si tard ; il ajouta qu'il craignoit qu'il n'eût peine à Toir Croissy faire les fonctions qu'il aToit si dignement remplies. Pompone , toujours modeste , doux , homme de bien, répondit au Roi que puisqu'il le Touloit rattacher à son service, et qu'il s'étoit engagé à lui d'y rentrer, il ne songeroit qu'à le bien servir, et que pour bien conmiencer, et ôter, en tant qu'en lui étoit, toutes les occasions de jalousie, il s'en alloil de ce pas chez Croissy, lui apprendre les bontés du Roi et lui demander son amitié. Le Roi, touché au dernier point d'une action si peu attendue, l'embrassa et le congédia. La surprise de Croissy fut sans pareille quand il s'entendit annoncer M. de Pompone; on peut juger qu'elle ne diminua pas quand il apprit ce qui l'amenoit. Celle de la cour, qui n'avoit pas songé à un retour après douze années de disgrâce, et qui n'en avoit pas eu le moindre vent, fut grande aussi, mais mêlée de beaucoup de joie. Il entra au premier conseil qui se tint, et M. de Beauviilier en même temps.
Pompone, dès le même jour, eut un logement au château assez grand, et vécut avec toutes sortes de mesures et de prévenances avec Croissy, qui y répondit de son côté, et qui avoit bien compris qu'il falioit le faire. Leur alliance, que le Roi voulut, je l'ai racontée en son temps. Pompone et son gendre vécurent ensemble en vrai père et en véritable fils; il y trouva tout ce qu'il pouvoit désirer pour devenir un bon et sage ministre; il y ajouta du
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avec lui, qu'étant d'une de ses parties de paume autrefois, où il jouoit fort bien, il arriva une dispute sur sa balle : il étoit contre le Roi, qui dit qu'il n'y avoit qu'à demander à la Reine, qui les voyoit jouer de la galerie : « Par.,..! Sire, répondit Yillacerf, cela n'est pas mauvais; s'il ne tient qu'à faire juger nos femmes, je vais envoyer quérir la mienne. » Le Roi et tout ce qui étoit là rirent beaucoup de la saillie. Il étoit cousin germain, et dans la plus intime et totale confiance, de M. de Louvois, qui, du su du Roi, l'avoit fait entrer en beaucoup de choses secrètes, et le Roi avoit toujours conservé pour lui beaucoup d'estime, d'amitié et de distinction. C'étoit un homme brusque, mais franc, vrai, droit, serviable, et très-bon ami ; il en avoit beaucoup, et fut généralement plaint et regretté.
La comtesse de Ficsque, cousine germaine paternelle de la feue duchesse d'Arpajon, de feu Thury et du marquis de Beuvron, mourut pendant Fontainebleau, extrêmement âgée. Elle avoit passé sa vie dans le plus frivole du grand monde. Deux traits entre deux mille la caractériseront: elle n'avoit presque rien, parce qu'elle avoit tout fricassé ou laissé piller à ses gens d'affaires; tout au commencement de ces magnifiques glaces, alors fort rares et fort chères, elle en acheta un parfaitement beau miroir: « Hé! comtesse, lui dirent ses amis, où avez-vous pris cela? — J'avois, dit-elle, une méchante terré, et qui ne me rapportoit que du blé, je l'ai vendue, et j'en ai eu ce miroir ; est-ce que je n'ai pas fait merveilles? du blé ou ce beau miroir I » Une autre fois, elle harangua son fils, qui n'avoit presque rien, pour l'engager à se marier, et à se remplumer par un riche mariage; et la voilà à moraliser sur l'orgueil, qui meurt de faim plutôt que faire une mésalliance. Son fils, qui n'avoit aucune envie de se marier, la laissa dire, puis voulant voir où cela iroit, fit semblant de se rendre à ses raisons : la voilà ravie ; elle lui étale le parti, les richesses, l'aisance, une fille unique, les meilleures gens du monde, et qui seroient ravis, auprès de qui elle avoit des amis qui
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feroient immanquablement réussir Taffaire, une jolie figure, bien élevée, et d'un âge à souhait. Après une description si détaillée, le comte de Fiesque la pressa de nommer cette personne en qui tant de choses réparoient la naissance; la comtesse lui dit que-c^étoit la fille de Jacquier, qui étoit un homme connu de tout le monde» et qui s*étoit acquis Testime et Taffection de M. de Turenne, les armées duquel il avoit toujours fbumies de Tivres, et s*étoit enrichi. Voila le comte de Fiesque à rire de tout son cœur, et la comtesse à lui demander, en colère, do quoi il rioît, et si elle^ trouvoit ce parti si ridicule. Le fait étoit que Jacquier n'eut jamais d'enfanti^. La comtesse,bien surprise, pense un moment, avoue qu'il a raison, et ajoute en même temps que c'est le plus grand dommage du monde, parce que rien ne lui eût tant convenu. Elle étoit pleine de semblables disparates, qu'elle soutenoit avec colère, puis en rioit la première; on disoit d'dle qu'elle n'avoit jamais eu que dix-huit ans. Elle étoit veuve, dès 1640, de M. de Piennes Brouilly, tué à Ârras, dont elle n'eut qu'une fille, mère de Guerchy. Les Mémoires de Mademoiselle, avec qui elle passa toute sa vie, souvent en vraies querelles pour des riens, et sans toutefois pouvoir Be passer Tune de l'autre, la font très-bien connoître. Elle n*eut ni frère ni sœur, et son père étoit aîné de celui ée Beuvron.
Une autre mort fit plus de bruit, et laissa an grand vide pour le conseil et pour les honnêtes gens; ce Ait ceUe de Pompone, fils du célèbre Ârnauld d'Andilly et neveu du fameux M. Arnauld. Cette famille, illustre en science, en piété, et par beaucoup d'autres endroits, n'a pas besoin d*être expliquée ici : elle l'est par tant de beaux ouvrages que je m'en tiendrai ici à M. de Pompone. M. d'AndiÛy, par ses emplois, et par l'amitié dont la Reine mère l'honoroit, avant et niôine depuis sa retraite à Port-Royal des Champs, malgré les tempêtes du jansénisme, fit employer son fils dès sa première jeunesse en plusieurs affaires