‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 175 sur 333 · DU DUC ET DE LA DUCHESSE DE LORRAINE · texte numérisé non relu

DU DUC ET DE LA DUCHESSE DE LORRAINE

sieur, croyoit lui devoir faire faire la réflexion qu'ayant donné le rang de princes du sang à ses enfants naturels, il ne voudroit peut-être pas exiger pour eux les mêmes déférence? de Monsieur de Lorraine que pour les princes du sang; qu'il répugneroit à sa générosité, en étant le maître de Ty obliger, et que ne Ty obligeant pas, cela mettroit une difiTérence entre eux qui ne leur seroit pas avantageuse. Ce propos humble et flatteur, qui dans le fond n*avoit que la superficie, éblouit le Roi, et le toucha si bien qu'il consentit à l'incognito, moyennant lequel nulles visites actives ni passives pour Monsieur de Lorraine, et nuls honneurs dus ou prétendus. Tout alloit à la petitefille de France, son épouse, et se confondoit sous son nom; après quoi ils demeuroient sur leurs pieds, avec cet incognito, en liberté de l'expliquer avec tous les avantages qu'ils s'en étoient bien proposés. Ce grand point gagné, tout le reste leur fut facile.

Le vendredi 20 novembre. Monsieur et Madame allèrent à Bondy au-devant de Monsieur et de Madame de Lorraine, qui tous deux se mirent sur le devant de son carrosse. On remarqua avec scandale que M. le duc de Chartres étoit à la portière. On débita que le devant lui faisoit mal. Cela auroit pu s'éviter, mais ce n'étoit pas le compte de la maison de Lorraine, qui fit en sorte que M"* la duchesse de Chartres demeura à Versailles, avec laquelle il n'eût pas été si aisé de bricoler. Ils furent à l'Opéra dans la loge de Monsieur, qui retint à souper toutes les princesses de la maison de Lorraine, avec d'autres dames. Le lendemain samedi. Monsieur amena Monsieur de Lorraine à Versailles. Ils arrivèrent un moment avant midi dans le salon. Nyert, premier valet de chambre en quartier, avertit le Roi, qui étoit au conseil, et qui avoit la goutte. Il se fit aussitôt rouler par lui dans sa chaise. Il n'y avoit dans le salon qu'eux trois, et la porte du cabinet étoit demeurée ouverte, d'où les ministres les voyoient. Monsieur de Lorraine embrassa les genoux du Roi baissé fort bas, et fut reçu fort gracieusement, mais sans être embrassé. La conversation

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dura un bon quart d'heure, pendant laquelle Monsieur alla causer une fois ou deux à la porte du cabinet avec les ministres, pour laisser Monsieur de Lorraine seul avec le Roi. Monsieur lui demanda ensuite permission que le lord Carlîngford, et un ou deux hommes principaux de Monsieur de Lorraine, pussent entrer et lui faire la révérence. Alors le duc de Gesvres, premier gentilhomme de la chambre en année, M. le maréchal de Lorges, capitaine des gardes en quartier, et quelques principaux courtisans, entrèrent avec les gens de Monsieur de Lorraine, mais aucun de sa maison, et je n'ai pu en découvrir la raison. Monsieur demanda ensuite au Roi s'il trouvoit bon qu'il fît voir son petit appartement à Monsieur de Lorraine, à qui il nomma les ministres en passant dans le cabinet du conseiL Du petit appartement ils entrèrent dans la grande galerie, où ils furent assez longtemps, et où Monsieur de Lorraine vit M"* la duchesse de Bourgogne, qui revenoit de la messe, mais sans rapprocher. De là Monsieur le mena dîner à Saint-Gloud, où Madame de Lorraine ne put se trouver, parce que la fièvre l'avoit prise. Seignelay, maître delà garde-robe, alla le lendemain matin savoir de ses nouvelles de la part du Roi, qui rapporta que ce n'étoit rien, et qu'elle viendroit à Versailles le mardi suivant. M"* la duchesse de Chartres Favoit été voir de Versailles le jour de son arrivée, et MM. les ducs d'Anjou et de Berry l'allèrent voir le dimanche après dîner. Elle leur donna des fauteuils, où ils s'assirent, et elle prit un tabouret conmie de raison. M«' le duc de Bourgogne ni Monseigneur n'y furent point ; on laissa aller les cadets comme par galanterie. Le père et le fils étoient ce jour-là à Meudon, ce que je remarque pour la courte distance de Paris, d'où leur visite eût été plus aisée s'ils l'avoient voulu faire. Le mardi, Madame de Lorraine devoit venir à Versailles dîner chez M"* la duchesse de Chartres, puis aller chez le Roi, etc., et M"* la duchesse de Bourgogne, après l'avoir vue, c'està-dire reçue, aller à l'Opéra à Paris. Mais la petite vérole, qui parut, rompit les voyages. M* le duc de Chartres lu

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